Maroc

Royaume du Maroc

(ar) المملكة المغربية

(ber) ⵜⴰⴳⵍⴷⵉⵜ ⵏ ⵍⵎⵖⵔⵉⴱ[1]

Drapeau
Drapeau du Maroc.
Blason
Armoiries du Maroc.
Devise Arabe : الله، الوطن، الملك
Berbère : ⴰⴽⵓⵛ, ⴰⵎⵓⵔ, ⴰⴳⵍⵍⵉⴷ
Français : Dieu, la Patrie, le Roi
Hymne « Hymne national »
Fête nationale 18 novembre : Fête de l'indépendance (1955)
30 juillet : Fête du Trône (1933)
Description de cette image, également commentée ci-après
La zone en vert clair désigne le Sahara occidental (ex-« Sahara espagnol »), considéré comme un territoire non autonome par l'ONU[2] et majoritairement administré de facto par le Maroc, qui le revendique dans son intégralité, tout comme le Front Polisario.
Administration
Forme de l'État Monarchie constitutionnelle parlementaire unitaire régionalisée[3]
Roi Mohammed VI
Chef du gouvernement Saad Dine El Otmani
Parlement Chambre des représentants
Chambre des conseillers
Langues officielles Arabe et amazighe standard marocain
Capitale Rabat

34° 2′ Nord 6° 51′ Ouest

Géographie
Plus grande ville Casablanca
Superficie totale 446 550 km2 (hors Sahara occidental)[4],[5]
710 850 km2 (Sahara occidental inclus) km2
(classé 58 ou 40e)
Superficie en eau 0,05 %
Fuseau horaire UTC + 1
Histoire
Fondation de l'État
Idrissides -
Almoravides -
Almohades -
Mérinides -
Idrissides (branche des Joutey) -
Wattassides -
Saadiens -
Alaouites Depuis
Traité de Fès
Fin du Protectorat
Démographie
Gentilé Marocain, Marocaine
Population totale (2019 [9]) 36 471 769 hab.
(classé 40e)
Densité 76,84 hab/km2 (hors Sahara occidental)
48,27 hab/km2 (Sahara occidental inclus) hab./km2
Économie
PIB nominal (2019) en augmentation 118,73 milliards de $ [10] (62e)
PIB (PPA) (2019) en augmentation 278,45 milliards de $ (56e)
PIB nominal par hab. (2019) en augmentation 3,396,1 $ (125e)
PIB (PPA) par hab. (2019) en augmentation 7,826,17 $ (115e)
Taux de chômage (2017) Increase Negative.svg 10,2 % de la pop.active
Dette publique brute (2017) Relative :
Decrease Positive.svg 64,4 % du PIB
IDH (2018) en augmentation 0.667[11] (moyen ; 123e)
Monnaie Dirham marocain (MAD​)
Divers
Code ISO 3166-1 MAR, MA​
Domaine Internet .ma
Indicatif téléphonique +212
Organisations internationales Drapeau des Nations unies ONU (12 novembre 1956[12])
Drapeau de l'Union africaine UA (30 janvier 2017[13])
UMA
Ligue arabe (1958)
BAD
CEN-SAD
CD

Le Maroc (en arabe : « المغرب », al-Maġrib ; en berbère : « ⵍⵎⵖⵔⵉⴱ »[14], l-Meġrib), ou depuis 1957, en forme longue le royaume du Maroc, autrefois l'Empire chérifien, est un État unitaire régionalisé situé en Afrique du Nord. Son régime politique est une monarchie constitutionnelle. Sa capitale est Rabat et sa plus grande ville Casablanca.

Géographiquement, il est notamment caractérisé par des zones montagneuses ou désertiques et est l'un des seuls pays — avec l'Espagne et la France — à comporter des rives sur la mer Méditerranée d'un côté et l'océan Atlantique de l'autre. Sa population est de près de 34 millions d'habitants (recensement de 2014) et sa superficie de 446 550 km2[15] (47,51 hab./km2), ou de 710 850 km2 en incluant le Sahara occidental[16],[17] — ex-« Sahara espagnol », considéré comme un territoire non autonome par l'Organisation des Nations unies[2] — dont il administre de facto environ 80 % et qu'il revendique dans sa totalité, tout comme le Front Polisario. Sa culture est berbéro-arabe depuis plusieurs siècles, et s'est étendue principalement au Maghreb et dans le Sud de l'Espagne. Les Marocains sont essentiellement de confession musulmane.

Avec une présence d'hominidés datant d'environ 700 000 ans et habité dès la préhistoire par des populations berbères, l'État marocain, en tant qu'entité distincte, est fondé en 789 par Idris Ier.

Par ailleurs, il fait partie de l'Organisation des Nations unies, de la Ligue arabe, de l'Union africaine[18], de l'Union du Maghreb arabe, de l'Organisation de la coopération islamique, de l'Organisation internationale de la francophonie, du Groupe des 77, de l'Union pour la Méditerranée et candidat à l’adhésion à la CEDEAO.

La constitution marocaine définit l'islam, l'arabité et l'amazighité comme « composantes fondamentales » de l'identité du peuple marocain. L'islam y est défini comme religion d'État, État qui garantit à tous le libre exercice des cultes.

Toponymie

Caravane saharienne au sud du Maroc.

Le mot « Maroc » est issu du berbère Ameṛṛuk, en tifinagh : « ⴰⵎⵕⵕⵓⴽ », étant le diminutif de « Amurakuc », nom originel de « Marrakech », et lui-même issu du berbère « ⴰⵎⵓⵔ ⵏ ⵡⴰⴽⵓⵛ » (amour n wakouch) qui signifie en berbère « terre/partie de Dieu », ou « terre sacrée »[19],[20]. Le nom arabe al-Maghrib (en arabe : المغرب) signifie « le couchant ». Pour les références historiques, les historiens et les géographes arabes médiévaux ont évoqué le Maroc sous le terme al-Maghrib al-Aqsa (en arabe : المغرب الأقصى, qui signifie « l'Occident le plus lointain ») pour le distinguer de régions historiques voisines appelées al-Maghrib al-Awsat (en arabe : المغرب الأوسط, ce qui signifie « le Moyen-Ouest ») et al-Maghrib al-Adna (en arabe : المغرب الأدنى, qui signifie « l'Occident le plus proche »). Le nom anglais Morocco provient des noms espagnol et portugais Marruecos et Marrocos. Ces derniers dérivent de « Marrakech », dénomination latine pour l'ancienne capitale almoravide et almohade ; le nom « Marrakech » est encore directement employé par les Iraniens pour désigner le Maroc (en persan : مراکش). En Turquie, le Maroc est en revanche appelé Fas, un nom dérivé de son autre capitale historique : Fès.

Village typique du Haut Atlas.
Tamraght Plage.
Carte de la Maurétanie et de la Numidie.

Le nom français Maroc dérive, quant à lui, du nom portugais de Marrakech, Marrocos, prononcé avec l'accent du Portugal Marrocosh (maʁɔkɔʃ), ville du centre du pays, fondée en 1062 et qui fut la capitale de trois dynasties (celle des Almoravides, des Almohades et des Saadiens). De cette prononciation dérivent également Marruecos (en espagnol), Marocko (en suédois), Morocco (en anglais), et Marokko (en allemand, norvégien et néerlandais), les Persans l’appelant eux Marakech. Les Turcs l’appellent Fas, qui vient du nom de l’ancienne capitale du Maroc sous les dynasties mérinide, wattasside et alaouite (avant 1912), Fès. Dans l’Antiquité, les Grecs appelaient les habitants de la région les Maurusiens. À partir de cette appellation, la région composée du Maroc et de l'Algérie occidentale fut connue sous le nom de Maurétanie (à ne pas confondre avec la Mauritanie). La région fut par la suite divisée en deux provinces par les Romains : la Maurétanie tingitane, avec Volubilis pour capitale (ancienne cité berbère d'Oulil), et la Maurétanie césarienne, avec Cesarea (Tipaza) pour capitale (centre et ouest de l'Algérie). Le Maroc était le pays où les Grecs anciens situaient le mythique jardin des Hespérides.

Le Maroc était connu sous le nom de royaume de Marrakech, sous les trois dynasties qui avaient cette ville comme capitale. Puis, sous le nom de royaume de Fès, sous les dynasties qui résidaient à Fès. Au XIXe siècle, les cartographes européens mentionnaient toujours un « royaume de Maroc », en indiquant l'ancienne capitale « Maroc » (pour Marrakech). Sous la dynastie des Alaouites, toujours au pouvoir, le pays est passé de l'appellation d'« Empire chérifien » à celle de « royaume du Maroc » en 1957[21], le sultan Sidi Mohammed ben Youssef en devenant le roi, en tant que Mohammed V. Il peut être aussi surnommé « Royaume chérifien », en référence au souverain alaouite, descendant du prophète de l'islam Mahomet, qualifié de « chérif ».

Histoire

Préhistoire et protohistoire

Les premières traces d'une présence d'hominidés sur le territoire marocain datent d'environ 700 000 ans. De cette période dite acheuléenne, on a retrouvé un certain nombre d'outils, notamment dans la plaine de la Chaouïa et plus précisément à proximité immédiate de l'actuelle agglomération casablancaise. Outre l'outillage, on a découvert un certain nombre de fragments humains notamment dans les carrières Thomas, près de Casablanca (mandibules, maxillaires et fragments crâniens d'Homo erectus)[22].

De l'époque moustérienne (120 000 à 40 000 ans BP), le site le plus explicite est celui de Jbel Irhoud situé à mi-chemin entre les villes de Marrakech et de Safi et où ont été découverts deux crânes d'hominidés, des outils associés à l'industrie levalloiso-moustérienne ainsi que d'importants restes d'animaux aujourd'hui disparus.

Extension de la culture ibéromaurisienne.

L'époque atérienne (60 à 40 000 ans BP[23]) a apporté son lot d'outils pédonculés retrouvés dans de nombreuses grottes situées sur le littoral atlantique (Dar Soltane 2)[24]. Néanmoins cette période a surtout été marquée par de profonds bouleversements climatiques ayant entraîné une désertification sans précédent du territoire marocain ainsi que la raréfaction voire la disparition d'un grand nombre d'espèces animales et végétales. Cette dynamique a cependant été contrecarrée par le rempart naturel que constituent les chaînes de l'Atlas et du Rif, que ce soit au Maroc ou dans le reste du Maghreb.

L'arrivée d'Homo sapiens au Maghreb avant l'Épipaléolithique a été démontrée puisque les industries atériennes ne sont pas l'œuvre de l'homme de Néandertal, dont l'aire de répartition est exclusivement eurasiatique, mais bel et bien d'Homo sapiens présentant des caractéristiques archaïques. Les plus anciens restes d'Homo sapiens au monde ont été découverts au Maroc à Djebel Irhoud en juin 2017 et datent de plus de 300 000 ans[25].

Il y a environ 21 000 ans, la civilisation ibéromaurusienne voit le jour. Elle se caractérise par des rites funéraires plutôt évolués et par un raffinement de l'outillage utilisé. Néanmoins, il n'est pas encore question d'agriculture. La grotte de Taforalt dans la région d'Oujda correspond au plus grand gisement de l'époque. Cette civilisation se maintient et se répand sur l'ensemble du Maghreb avant de se métisser progressivement vers le neuvième millénaire avant notre ère avec les populations capsiennes, ancêtres des Berbères modernes. Les premiers éléments découverts correspondant à cette période (Néolithique) datent d'environ 6 000 ans. Ceux-ci témoignent d'une sédentarisation déjà avancée ainsi que d'une maîtrise relative des techniques agricoles.

Maroc antique

Carte de la province romaine de Maurétanie tingitane avec ses routes et cités principales.
Ruines de Lixus.
Menhir du cromlech de M'zora, monument mégalithique unique en Afrique du Nord, dont le tumulus aurait abrité selon la légende le corps du géant Antée vaincu par Hercule. Il s'agirait probablement du mausolée d'un chef berbère de l'époque de l'âge du cuivre.
Buste de Juba II roi de Maurétanie.
Mosaïque romaine de Volubilis représentant Cupidon entre Bacchus et Ariane.
Papposilène endormi, sculpture de marbre de style gréco-romain de Volubilis.
Temple du Capitole à Volubilis.

À partir du IIIe millénaire av. J.-C., se développe au Maroc la culture campaniforme. Dès lors, le pays entre dans l'âge du bronze et on assiste à la diffusion d'une céramique noire spécifique dont la présence est attestée dans un certain nombre de sépultures de la région rifaine. Au XIe siècle av. J.-C., les hardis commerçants phéniciens, venus du Liban actuel, atteignent les côtes marocaines et notamment le littoral atlantique. Ils fondent de nombreux comptoirs qui serviront de bases à de nombreuses cités romaines puis arabes (dont les principaux furent Tingis et Lixus, actuelles Tanger et Larache), ainsi que Thymiatéria (Mehdia), Chellah, près de Rabat, Azama et Rusibis, et Cerné, localisée à Essaouira ou plus au sud à Dakhla. C'est à cette période déjà que l'on date les toutes premières installations de populations juives au Maroc.

L'autonomie progressive de Carthage profite aux comptoirs fondés sur les côtes marocaines dans la mesure où ils seront davantage mis en valeur du fait de la proximité relative avec la nouvelle capitale africaine de la thalassocratie phénicienne originaire de Tyr. L'influence de la civilisation carthaginoise se fait grandement sentir auprès des populations indigènes, dont l'organisation se structure parallèlement. Ainsi, les tribus berbères se fédèrent progressivement, fondant des États comme le royaume de Maurétanie (sous le règne de Baga), d'abord confiné au nord de l'actuel Maroc, et dont les souverains portent le titre d'aguellid, à l'instar des rois du royaume de Numidie. Le sud du pays est peuplé par les Gétules et les Éthiopiens occidentaux, l'ouest par les Atlantes et l'est par les Numides du peuple des Massæsyles. Les Maures sont les héritiers d'une culture très ancienne, atlanto-méditerranéenne, comme en témoigne le cromlech de M'zora qui peut être mis en relation avec les monuments mégalithiques comparables comme ceux de Ħaġar Qim à Malte et de Stonehenge en Grande-Bretagne. La Maurétanie n'est pas inconnue de la mythologie grecque, qui y situe le fabuleux jardin des Hespérides.

Du fait du soutien apporté par la Maurétanie à l'Empire romain lors de la destruction de Carthage, il se nouera une étroite amitié entre les deux États (d'où l'éviction du roi numide Jugurtha, ennemi des Romains). Le roi Bocchus se voit même décerner le titre d'Ami de Rome par le Sénat romain et gagne l'estime du consul Caius Marius. Sous le règne de Juba II, la Maurétanie devient un royaume vassal, réputé pour ses exportations de pourpre, de bois de cèdre et de produits maritimes, assez riche pour produire sa propre monnaie d'or. Une brillante civilisation urbaine se développe, influencée à la fois par l'héritage carthaginois et par les courants artistiques provenant de la Grèce hellénistique et de l'Égypte lagide. Ces influences du bassin oriental méditerranéen sont sans doute dues au mécénat de la propre épouse de Juba II, la reine Cléopâtre Séléné, qui est la fille de Marc Antoine et de Cléopâtre VII. Juba, roi érudit, fait explorer le Haut Atlas ainsi que Madère et les îles Canaries (nommées alors îles Fortunées), et une partie du Sahara. Il n'hésite pas également à faire remonter sa généalogie jusqu'au demi-dieu Hercule. L'opulence de la Maurétanie attise toutefois les convoitises de Rome, ce dont Ptolémée, fils et successeur de Juba II, va tragiquement subir les conséquences.

Au cours d'un déplacement à Lyon en Gaule romaine, le dernier roi maurétanien est en effet assassiné sur ordre de l'empereur Caligula. Ce meurtre entraîne deux années de troubles (résistance menée contre les légions romaines par Aedemon, un esclave affranchi de Ptolémée), puis une annexion de la Maurétanie (42 ap. J.-C.) à l'Empire romain que l'on désigne dès lors sous le nom de Maurétanie tingitane pour la partie à l'ouest de la Moulouya, décrétée officiellement province impériale de rang militaire par Claude Ier successeur de Caligula. Seul le nord-ouest du Maroc actuel est effectivement sous domination romaine, le reste du territoire étant contrôlé par des tribus indépendantes, notamment gétules comme celle des Autololes. Les Romains fondent des colonies prospères à Volubilis (non loin de l'actuelle Meknès), ainsi qu'à Banasa et à Thamusida dans la plaine du Gharb. Néanmoins la capitale administrative demeure Tingis (future Tanger), siège du procurateur, le gouverneur de la province qui a le statut de chevalier romain. Une grande autonomie est accordée aux tribus les plus loyales, notamment aux Baquates (comme en témoignent les fameuses tables de Banasa), mais la constante pression des peuplades méridionales puis les crises internes à l'Empire auront progressivement raison de la Maurétanie tingitane. À la fin du IIIe siècle sous le règne de Dioclétien la province est réduite à la région de Tingis et de Ceuta, à Sala (actuelle Salé) et aux Îles Purpuraires de Mogador, puis rattachée au diocèse d'Hispanie et donc incluse dans la préfecture des Gaules.

Au cours de la période romaine, les cités, colonies et municipes de droit romain ou latin, se dotent de monuments civiques et utilitaires (temples, forums, basiliques, arcs de triomphe, thermes, et même théâtres à Lixus et à Zilil), et de résidences privées ornées d'œuvres d'art (sculptures, mosaïques) qui appartiennent à l'élite romano-africaine. Les plaines cultivées sont partagées par l'aristocratie locale, qui s'enrichit notamment de l'exploitation de l'olivier dont l'huile extraite est exportée dans les provinces voisines et fait la richesse de la Maurétanie Tingitane. Les terrains de parcours plus lointains sont laissés aux tribus nomades ou semi-nomades. Les ports de Tingis et de Sala connaissent une intense activité commerciale.

Les autorités impériales recrutent des auxiliaires militaires parmi les Maures, destinés à servir notamment dans la cavalerie. Le plus célèbre d'entre eux, Lusius Quietus, fils d'un amghar (chef tribal amazigh), réalise une brillante carrière sous le règne de Trajan. Au nom de l'Empire, il combat les Daces et les Parthes, et conquiert l'Arménie, la Médie et la Babylonie, puis pacifie la Judée en proie aux révoltes anti-romaines. Le prestige de Lusius Quietus devient tel qu'il envisage de briguer la succession de Trajan avec l'appui d'une partie du Sénat impérial, avant d'être éliminé par Hadrien. Son assassinat entraîne un soulèvement de la Maurétanie Tingitane, sa province d'origine où sa popularité était grande parmi les tribus locales.

En 429, près de 80 000 Vandales venus de Germanie traversent le détroit de Gibraltar et débarquent à Tingis, mais dans leur course vers Carthage et vers l'Afrique proconsulaire, ces envahisseurs ne contrôlent que le littoral méditerranéen de la Maurétanie. Un siècle plus tard les Byzantins, commandés par le général Bélisaire, anéantissent le Royaume vandale et s'emparent d'une partie de l'ancienne province de Tingitane, se heurtant toutefois aux Maures du roi Garmul, dont le pouvoir s'étend d'Altava jusqu'à Volubilis. Le gouvernement de Constantinople, sous Justinien Ier, crée dans le Nord marocain la province de Maurétanie Seconde, qui englobe les cités de Tanger, Ceuta, Lixus, ainsi que l'Espagne byzantine, et dépend directement de l'Exarchat de Carthage. Cette occupation byzantine, perpétuellement menacée par les Wisigoths d'Espagne et par les Maures, va cependant subsister jusqu'à la conquête musulmane du Maghreb au début du VIIIe siècle.

De la conquête arabo-musulmane aux troubles anarchiques

En 649, débute la conquête du Maghreb par les troupes arabes. 35 ans plus tard ces troupes pénètrent véritablement dans le territoire marocain. Les tribus berbères installées aussi bien dans les contreforts montagneux de l'Atlas et du Rif que dans les fertiles plaines atlantiques soutiendront dans un premier temps les Byzantins installés sur les côtes méditerranéennes qu'ils préféreront aux Arabes notamment à cause d'erreurs diplomatiques. La destruction des installations byzantines aux alentours de l'an 700 aura finalement raison de la résistance berbère qui se convertira dès lors à l'islam apporté par les conquérants arabes.

Dès les débuts de la conquête musulmane du Maghreb, les Kharijites originellement basés en Irak envoient des représentants au Maghreb pour tenter de rallier les populations berbères. Les Berbères accoutumés au système de communauté égalitaire et supportant mal la domination arabe, finissent par trouver dans le kharijisme un redoutable moyen de contestation politique. En 739, Maysara, mandaté par les populations du Maghreb Al Aqsa, conduit à Damas une délégation auprès du calife Hicham pour présenter les doléances des Berbères : égalité dans le partage du butin et arrêt de la pratique qui consiste à éventrer les brebis pour obtenir la fourrure des fœtus (le mouton étant un élément essentiel de l'économie pastorale des tribus berbères)[26].

Les plaintes parviennent au calife omeyyade qui ne donne pas suite, ce qui déclenche une insurrection à Tanger. Maysara s’empare de la ville, tue le gouverneur Omar Ibn Abdallah et se proclame calife. Il réussit à empêcher le débarquement d’une armée arabe envoyée d’Espagne. Le gouverneur d'Espagne Uqba ibn al-Hajjaj intervient en personne mais ne parvient pas à reprendre Tanger, tandis que Maysara s'empare du Souss dont il tue le gouverneur. Puis Maysara, se conduisant comme un tyran, est déposé et tué par les siens, et remplacé par Khalid ibn Hamid al-Zanati. Sous son commandement, les Berbères sont victorieux d’une armée arabe sur les bords du Chelif, au début de 740[27].

Les troupes arabes ayant été battues, Hichām envoie des troupes de Syrie dirigées par le général Kulthum ibn Iyad. Elles sont battues par les Berbères sur les rives du Sebou en octobre 741[27]. Le gouverneur égyptien Handhala Ibn Safwan intervient à son tour et arrête les deux armées kharidjites au cours de deux batailles à Al-Qarn et à El-Asnam (actuelle Algérie) alors qu'elles menaçaient Kairouan (actuelle Tunisie) (printemps 742)[28]. Quand survient la chute des Omeyyades de Syrie (750), l'ouest de l'Empire échappe totalement au pouvoir central damascène. L'Espagne revient aux émirs omeyyades de Cordoue et le Maghreb se morcelle en plusieurs petits États indépendants (de 745 à 755).

Hâroun ar-Rachîd calife abbasside de Bagdad, instigateur de l'assassinat d'Idris Ier.

L'histoire des Idrissides est indissociable de la personne d'Idris Ier, descendant d'Ali et de Fatima, gendre et fille du prophète de l'islam Mahomet, qui fuyant les massacres dont était victime son entourage et sa famille vint se réfugier dans le Moyen Atlas, à Volubilis, ancienne cité romaine déchue. Obtenant l'aval des tribus locales, il fonda en 789 la ville de Fès dans la plaine du Saïss dont il fit la capitale de son nouveau royaume proclamé en 791. Après son assassinat par un envoyé du calife Hâroun ar-Rachîd, son fils Idris II lui succède après une régence. Il étend sa capitale ainsi que son royaume et avance au-delà de Tlemcen, pris par son père dès 789 et assujettit de nombreuses tribus Zenata. Son successeur Mohammed fera construire la prestigieuse mosquée Quaraouiyine, qui abrite la plus ancienne université encore en activité dans le monde. À cette période, Fès devient un des principaux centres intellectuels du monde arabe et attire d'éminents scientifiques et théologiens. Le royaume idrisside étend régulièrement ses frontières mais se retrouve menacé par la puissante dynastie des Fatimides à l'est. Indiqués califes de Cordoue au début du Xe siècle, les Idrissides subiront également au nord la pression des Omeyyades. En 985, les Fatimides et leurs vassaux d'Algérie poussent les Idrissides à se réfugier en Al-Andalus.

Dès le milieu du Xe siècle, l'affaiblissement des Idrissides du fait non seulement des pressions externes mais surtout des dissensions internes entraîne un regain d'activité des grandes tribus berbères qui fondent et conquièrent de nombreuses cités. Les États de Sijilmassa dans le sud et de Nekor dans le nord se maintiennent et gagnent de l'ampleur durant cette période.

Royaume des Berghouata (entre les VIIIe et Xe siècles)

Les Barghawata (ou encore Barghwata ou Berghouata) forment un émirat berbère, appartenant au groupe de l'ethnie des Masmoudas. Après que les kharijites ont échoué dans leur rébellion au Maroc contre les califes de Damas, ils établissent (7441058) un royaume dans la région de Tamesna sur les côtes de l’Atlantique entre Safi et Salé sous l’égide de Tarif al-Matghari[29]. La particularité de cet État est de créer une religion purement berbère, s'appuyant sur un livre saint inspiré du Coran, et dirigé par un gouvernement théocratique fixant les rituels d'un nouveau culte empruntant à la fois à l'islam, au judaïsme et aux antiques croyances locales. Les Barghwata maintiennent leur suprématie dans la région des plaines atlantiques durant quatre siècles, et entretiennent des relations diplomatiques et commerciales avec le califat omeyyade de Cordoue qui voit probablement en eux des alliés potentiels contre les Fatimides et leurs alliés zénètes. Il semble que sur les vingt-neuf tribus constitutives de ce royaume, douze aient adopté réellement la religion barghwata, les dix-sept autres étant restées fidèles au kharijisme[30],[29].

Royaume de Sijilmassa (758-1055)

Un émirat fondé par les Zénètes émerge dans la région du Tafilalet à partir de 758. Dirigé par la dynastie des Midrarides (dont le fondateur est Semgou Ibn Ouassoul), il prend pour capitale la cité de Sijilmassa. Ce royaume professe officiellement le kharidjisme de rite sufrite mais finit par reconnaître à partir de 883 la suprématie religieuse du califat sunnite des Abbassides. Les Midrarides se consacrent cependant à maintenir une alliance avec les autres États kharidjites, comme le royaume des Rostémides de Tahert, et à établir un fructueux commerce caravanier de l'or avec le royaume du Ghana, à l'époque maître des plus importants gisements aurifères de l'Afrique de l'Ouest. L'émirat de Sijilmassa atteint ainsi son apogée au IXe siècle grâce à son rôle de plaque tournante du trafic des métaux précieux, et sa renommée s'étend ainsi jusqu'aux pays méditerranéens et au Moyen-Orient. C'est précisément cette position de débouché de l'or africain qui excite les convoitises des Omeyyades et des Fatimides qui s'affrontent pour sa domination. Ce sont finalement les Almoravides qui s'emparent du royaume midraride en 1055. Par la suite, la fondation de Marrakech éclipse définitivement le prestige de Sijilmassa.

Dynastie idrisside (789-985)

Carte du royaume idrisside.
Mosquée de l'Université Al Quaraouiyine à Fès fondée sous le règne des Idrissides.

L'histoire des Idrissides commence lorsqu'un prince arabe chiite de la famille d'Ali (quatrième calife de l'islam) et son affranchi Rachid Ben Morched El Koreichi se réfugient dans le Moyen-Atlas. Fuyant la menace des Abbassides (qui avaient massacré des Alides et leurs partisans chiites lors de la bataille de Fakh près de la Mecque), ils séjournent en Égypte avant de s'installer à Walilah (Volubilis), sous la protection de la tribu berbère des Awerbas. Parvenant à rallier les tribus à sa cause, Idriss est investi Imam et fonde la ville de Fès en 789 sous le nom d'Idris Ier. C'est le début de la dynastie des Idrissides.

Idris Ier est assassiné par un émissaire du calife abbasside Hâroun ar-Rachîd, un certain Sulayman Ibn Jarir Achammakh, qui avait été en fait avisé par le puissant vizir barmécide Yahya ben Khalid[31]. Ne se doutant point que la femme d'Idris Ier (Kenza al-Awrabiya) est enceinte, les maîtres de Bagdad pensent que la menace est vaincue. Mais, quelques mois plus tard, naît Idris II. Son éducation a été confiée à l'affranchi de son père, Rachid.

Après onze années sous la tutelle de Rachid, Idriss II est proclamé Imam des croyants. Au fil des années son sens pour la politique s'affirme nettement et il réussit à fédérer un plus grand nombre de populations. La puissance du corps militaire (qui se professionnalise et dans lequel s'engagent notamment des Qaysites issus des tribus du nord de la péninsule Arabique) lui permet de développer et d'étendre le noyau de principauté dont il avait hérité. Le royaume idrisside englobe ainsi toute la portion de territoire s'étendant de Tlemcen à l'est jusqu'au Souss au sud. Il semble que la dynastie idrisside, du moins à ses débuts, ait professé le chiisme et plus précisément le zaïdisme, réputé être le plus modéré des rites chiites[32].

Sanctuaire et mausolée d'Idriss Ier dans la cité sainte de Moulay Driss Zerhoun.

Se considérant à l'étroit à Walilah, Idriss II quitte l'antique cité romaine pour Fès, où il fonde le quartier des Kairouanais (également appelé Al-Alya) sur la rive gauche de l'oued Fès (Idris Ier s'était établi sur la rive droite, le quartier des Andalous). Les Kairouanais sont issus de familles arabes orientales et arabo-persanes (originaires du Khorassan) établies en Ifriqiya depuis l'époque abbasside. Elles sont expulsées de Kairouan en raison des persécutions politiques que leur infligent les Aghlabides et notamment l'émir Ibrahim Ier. Les Andalous qui s'installent à Fès sont quant à eux des opposants aux Omeyyades, originaires des faubourgs cordouans qui s'étaient révoltés contre l'émir omeyyade d'Al-Andalus Al-Hakam Ier (notamment du faubourg de Rabed, d'où le nom de Rabedis attribué aux éléments de cette première vague d'immigration andalouse au Maroc)[33].

Sanctuaire abritant le mausolée d'Idriss II à Fès.

Le royaume idrisside connaît une importante phase d'urbanisation, illustrée par la création de villes nouvelles comme Salé, Wazzequr, Tamdoult et Basra, cette dernière inspirée de la Basra irakienne. Ces nouveaux centres sont des foyers de diffusion de culture arabe et des vecteurs d'islamisation en pays profondément berbère[34]. La fondation de la mosquée Al Quaraouiyine en 859, qui abrite également une université homonyme, assure à Fès un rayonnement qui fera participer la cité idrisside à l'Âge d'or de l'Islam des sciences, des arts et des lettres, aux côtés de métropoles aussi prestigieuses que Cordoue, Le Caire et Bagdad.

À cette même époque, les Vikings venus de la lointaine Scandinavie et menés par Hasting et le prince suédois Björn Ironside, attirés par les ressources potentielles de l'Afrique du Nord, se signalent par leurs incursions dévastatrices sur les côtes du Maroc (notamment dans les régions d'Assilah et de Nador)[35]. L'historien et géographe andalou Al-Bakri désignera les envahisseurs vikings par le terme de Majus et relatera particulièrement leurs exactions contre le royaume des Banu Salih de Nekor dans le Rif[36].

En 985, les Idrissides perdent tout pouvoir politique au Maroc et sont massivement exilés en Al-Andalus. Installés à Malaga, ils récupèrent peu à peu leur puissance, au point d'engendrer une dynastie pendant l'époque des taïfas, les Hammudites. Ces derniers vont jusqu'à revendiquer la fonction califale à Cordoue en remplacement des Omeyyades déchus en 1016[37].

Les soulèvements zénètes (954-1059)

Oujda est fondée par les Zénètes de la tribu des Maghraouas.

Vers 954 et selon Ibn Khaldoun, trois grandes confédérations tribales zénètes[38] se soulèvent et s'emparent de plusieurs villes et régions du Maghreb el Aksa (appellation arabe du Maroc), à savoir Fès, Oujda (fondée en 994 par le Maghraoui Ziri Ibn Attia), Salé (fondée au cours du Xe siècle par les Banou Ifrens, Sijilmassa), ou encore les régions du Souss et du Haouz, et ce consécutivement à l'affaiblissement de la dynastie arabe chérifienne des Idrissides.

Pendant la conquête, ces trois confédérations zénètes, les Maghraouas, les Banou Ifrens et les Meknassas, fondèrent chacune un royaume autour de leur zone d'influence mais assez rapidement, leurs points de vue divergèrent, provoquant une instabilité sur l'ensemble du territoire. Les diverses tribus maghraouas étaient tantôt alliées aux Omeyyades tantôt aux Fatimides. Les Banou Ifrens demeurèrent réfractaires à toute alliance avec les puissances arabes.

Les Fatimides profitent de ces divisions entre les trois confédérations zénètes et envoient les Zirides de l'Ifriqiya pour conquérir le Maghreb el Aksa (le Maroc actuel). Le Ziride nommé Ziri ibn Menad réussit à conquérir une partie du Maroc actuel. En 971, son fils Bologhine ibn Ziri affirme sa souveraineté sur la majorité des villes importantes. Durant cette période, les Berghouatas (confédération tribale masmouda et sanhadja) seront donc attaqués par les Zirides. Les Maghraouas demandent l'aide des Omeyyades. Ces derniers acceptent enfin d'aider les Zénètes à reconquérir les territoires, en particulier ceux des Maghraouas de l'ouest du Maghreb. Bologhine ibn Ziri est contraint de reculer devant l'armée omeyyade venue d'Al-Andalus par voie maritime et qui s'installe à Ceuta[38]. Par la suite, Ziri Ibn Attia des Maghraouas entre en conflit avec les chefs des Banou Ifrens et des Meknassas. Une lutte au pouvoir sera acharnée entre les fractions zénètes. Les Banou Ifrens attaquent les Berghouata et prennent plusieurs fois Fès, place forte maghraoua. Ces derniers rétabliront finalement l'équilibre du Maghreb el Aksa[38]. Le règne des trois confédérations zénètes s'achèvera par l'arrivée des Hilaliens et des Almoravides vers le XIe siècle en 1059. Les Zénètes seront évincés par les Almoravides du Maghreb el Aksa[38].

De tout temps, les Zénètes étaient seuls maîtres des routes et du commerce dans la région. Cette période est caractérisée par une certaine prépondérance des pratiques démocratiques tribales, comme ce fut déjà le cas deux siècles auparavant lors des révoltes kharijites[39]. Les Zénètes ont démontré par leur histoire qu'ils pouvaient négocier avec toutes les tribus au Maghreb. Plusieurs alliances et traités ont été élaborés pendant cette période. La construction s'est développée et plusieurs villes ont connu un véritable essor (construction de mosquée[40], de kalaâ, ksours, etc.). En 1068, les trois « dynasties » chutent tant à cause du zèle manifeste de certains chefs que du fait de leur détermination à se lancer dans des guerres saintes[38].

Dynastie almoravide (1055-1147)

"Empire almoravide"
Conquêtes almoravides (XIe siècle).
Coupole almoravide de Marrakech.
Carte du monde connu réalisée par le géographe Al Idrissi sous le règne des Almoravides.

Les Almoravides sont issus des tribus berbères sanhadjas des Lamtounas et des Guzzalas qui nomadisaient dans le désert saharien entre l'Adrar mauritanien et le Tafilalet. Ces tribus guerrières se structurent au sein d'un puissant mouvement religieux, sous l'impulsion du prédicateur Abdellah ben Yassin. Leur but est d'instaurer l'islam sunnite de rite malékite dans toute l'étendue de l'Occident musulman (Al-Andalus et Afrique du Nord). Ainsi leur vient leur nom d'al-Murabitoun, c'est-à-dire les combattants du ribat, une forteresse de la guerre sainte dressée contre leurs ennemis animistes. Les Almoravides sont victorieux dans leur guerre contre les royaumes noirs du Tekrour et l'empire du Ghana. Ils s'emparent ainsi du Ghana et de sa capitale Aoudaghost, à la tête d'une grande région productrice et exportatrice d'or, et parviennent à remonter les pistes caravanières sahariennes jusqu'au Tafilalet dans les années 1050, où ils mettent fin à l'existence de l'émirat de Sijilmassa sous domination zénète. Les chefs des Almoravides sont successivement Abou Bakr ben Omar puis Youssef ben Tachfine.

Alors que le « Maroc utile » est en proie aux convoitises des entités politiques voisines ainsi qu'aux déchirements internes, trois grandes tribus berbères se partagent les régions sahariennes. Les Lemtouna, Massoufa et Goddala (ou Gadala, lointains descendants des antiques Gétules), tous trois membres de la confédération Sanhadja et islamisés deux siècles et demi plus tôt, guerroient et vagabondent régulièrement en direction du sud où ils menacent l'empire du Ghana et d'autres États soudano-sahéliens animistes. De la tribu Lemtouna, l'émir Yahya ben Ibrahim part, vers 1035, accomplir le pèlerinage à La Mecque. Là-bas, il prend conscience de la nécessité de parfaire l'islam de ses congénères des régions de l'Adrar. En halte à Kairouan, il tente pour cela d'obtenir un appui logistique de la part d'éminences religieuses locales, mais sans résultat.

Tombeau du célèbre prince et poète Al Mutamid ibn Abbad de Séville, condamné à finir sa vie dans une prison d'Aghmat au sud de Marrakech.
Un chrétien et un musulman disputant une partie de jeu d'échecs en Al-Andalus.

La guerre éclate entre les Almoravides et les Zénètes. Les Banou Ifren et les Maghraouas perdent alors tout pouvoir après la victoire finale des Almoravides. C'est Youssef ben Tachfine qui fonde Marrakech en 1062, au départ simple campement nomade destiné à devenir la capitale d'un empire. Les Almoravides font disparaître dans les régions qu'ils contrôlent toutes les doctrines qu'ils suspectent d'hérésie. C'est ainsi qu'ils suppriment le chiisme de Taroudant[41], dernier legs fatimide dans le Souss, et qu'ils détruisent le royaume berghouata qui prospérait dans les plaines centrales de la Tamesna (correspondant aux actuelles régions de Doukkala et de Chaouia) et du Tadla. Partout les Almoravides imposent le sunnisme malékite le plus strict, tel qu'enseigné par les écoles théologiques de Médine et de Kairouan. Cette unification religieuse se double d'une unification politique. Les Almoravides étendent ainsi leurs conquêtes jusqu'au Maghreb central, à la limite du royaume hammadide.

En 1086, Youssef Ibn Tachfin, appelé par les rois des taïfas d'Al-Andalus, franchit le détroit de Gibraltar à la tête de ses forces sahariennes composées de nomades Sanhadjas et de guerriers africains du Bilad as-Sûdan, et parvient ainsi à briser l'offensive du roi de Castille Alphonse VI à Zallaqa (bataille de Sagrajas). Les Almoravides mettent fin au règne des roitelets, exilent l'émir de Séville Al Mutamid ibn Abbad et celui de Grenade, Abdallah ben Bologhin, à Aghmat près de Marrakech. Ils unifient ainsi Al-Andalus, qui est incorporée à leur empire à partir de 1090. Ils ne parviennent cependant à récupérer Tolède tombée aux mains des Castillans en 1085. Youssef Ibn Tachfin, qui a pris le titre d’Émir des Musulmans (et non celui de calife, considérant ce privilège comme dévolu aux seuls Abbassides dont les Almoravides reconnaissent d'ailleurs la prééminence religieuse)[42], règne sur un ensemble géopolitique s'étendant du Sénégal jusqu'aux abords des Pyrénées et des côtes atlantiques marocaines jusqu'à Alger.

Cette domination almoravide se manifeste par une symbiose des identités andalouse, ouest-maghrébine et saharienne, préparant la voie à l'émergence d'une civilisation hispano-mauresque à cheval sur la péninsule ibérique et le Maghreb occidental. Les édifices subsistant à Marrakech, Tlemcen et Alger montrent ainsi une forte influence de l'école artistique cordouane adaptée aux canons esthétiques nord-africains. Dans le domaine économique, l'État almoravide se distingue par sa maîtrise des flux de l'or, dont il contrôle les zones de production et les voies d'acheminement, du Ghana jusqu'au bassin méditerranéen. Le dinar d'or almoravide, appelé marabotin, circule sur tous les grands marchés commerciaux comme devise de référence.

Après la mort de Youssef Ibn Tachfin en 1106, son fils Ali ben Youssef lui succède, mais la dynastie est déjà contestée aussi bien en Espagne qu'en Afrique. La famille régnante prend en effet goût aux plaisirs et aux délices d'une vie de cour raffinée héritée des califes de Cordoue et des émirs taïfas d'Al Andalus. Dans le même temps, les populations subissent la dictature rigoriste des cadis malékites et les exactions locales des chefs militaires d'origine sanhadja qui s'appuient parfois sur des milices de mercenaires chrétiens comme celle du chevalier catalan Reverter. Une telle conjoncture politique favorise un mécontentement généralisé dans l'ensemble de l'empire almoravide gravement affaibli.

Dynastie almohade (1147-1269)

Empire almohade entre 1147 et 1269.
Drapeau almohade.

Mohammad Ibn Toumert est le futur Mahdi autoproclamé du mouvement almohade ancien empire marocain et le fils d'un amghar, chef de village de la tribu des Harga, dans le Haut-Atlas. Très précocement animé par un zèle religieux, il entreprit dès sa jeunesse de multiples voyages l’amenant à visiter Bagdad, Le Caire et peut-être même Damas où il découvre toute l'ampleur de la tradition musulmane, et notamment le soufisme. Rapidement, il entretient une profonde aversion pour l'étroitesse du malikisme régnant en maître en sa patrie. C'est en 1117 qu'il regagne le Maghreb, via Tripoli, puis Tunis et enfin Béjaïa où ses pieux prêches galvanisent les foules. À Melalla, il se lie d’amitié avec le Zénète Abd El Moumen. C'est en compagnie de ce dernier qu'Ibn Toumert d'Almohades (d'« Al-Muwahidûn », الموحدون), les Unitaires.

C'est à Tinmel, au cœur de la très isolée vallée du N'fis, qu’il établit sa « capitale ».

Ses prêches rencontrent un écho considérable et il clame ouvertement son intention de liguer toutes les tribus insoumises des montagnes contre les Almoravides. Son aura grandissante suscite de jour en jour davantage d'inquiétudes de la part des Almoravides qui lancent contre lui en 1121 une expédition militaire commandée par le gouverneur du Souss, Abou Bakr Ben Mohammed El-Lamtouni. L'expédition est littéralement écrasée. À la suite de cette déconvenue, ses désirs s'estompèrent un temps mais en 1127 (ou 1129), une nouvelle expédition parvint dans les contreforts du Haut Atlas aux environs d’Aghmat dans l'espoir de frapper un grand coup en pays Hintata, fief de la doctrine « Unitaire ». Mais Abd El Moumen et El Béchir contrarièrent ce plan et profitant de l'effet de surprise, ils parvinrent même à assiéger ponctuellement Marrakech, capitale almoravide. Cependant, leurs faiblesses en combat de plaine les poussèrent à se retrancher en toute hâte. El Béchir mourut suivi quelques mois plus tard, en septembre 1130, par Ibn Toumert.

Intérieur de la mosquée de Tinmel, fief originel de la doctrine almohade.

Abd El Moumen succéda d'abord secrètement au fondateur de la secte et privilégia une politique d'alliance avec les tribus de l'Atlas. Pour ce faire, il joua non seulement de ses origines zénètes mais aussi de ce qui restait de cercles d'initiés qu'avait fondé son prédécesseur. Dès 1140, une intense campagne permet aux Almohades de s'attirer les faveurs des oasis du sud. Taza puis Tétouan sont les premières grandes cités à tomber. À la faveur du décès d’Ali ben Youssef en 1143, il s'empare de Melilla et d'Al Hoceïma, faisant ainsi du nord du Maroc sa véritable base logistique. La mort du redoutable Reverter en 1145, suivie la même année de celle de Tachfine ben Ali, permet aux Almohades les prises respectives d’Oran, de Tlemcen, d'Oujda et de Guercif. S'ensuit ensuite le long et éprouvant siège de Fès qui durera neuf mois durant lesquels Abd El Moumen se charge personnellement de prendre Meknès, Salé et Sebta. La conquête du Maroc s'achèvera finalement en mars 1147 par la prise de Marrakech, capitale du désormais déchu empire almoravide et dont le dernier roi Ishaq ben Ali sera ce jour-là impitoyablement tué. Pour fêter cette victoire, Abd El Moumen fit bâtir la très célèbre mosquée Koutoubia sur les ruines de l'ancien Dar El Hajar.

Minaret de la mosquée almohade de la Koutoubia à Marrakech.

De manière assez inédite, les premiers efforts militaires d'Abd El Moumen désormais intronisé comme calife de l'Occident musulman (pour marquer son indépendance religieuse par rapport aux Abbassides d'Orient) se tournent vers l'est du Maghreb, sous le double péril des Normands de Sicile menés par Roger II (qui ont pris le contrôle de Djerba et Mahdia et menacent la prospère Béjaïa) et des tribus bédouines (Banu Hilal) envoyées depuis la Haute-Égypte par les souverains fatimides du Caire, furieux de voir Zirides et Hammadides échapper à leur contrôle. Les opérations lancées s'avèrent largement fructueuses puisque les Bédouins sont complètement écrasés à Béjaïa puis Sétif en 1152. En 1159, une puissante armée terrestre est levée depuis Salé, secondée par une flotte de soixante-dix navires, obligeant les Normands à se retrancher sur Sfax et Tripoli. Ainsi l'Empire almohade s'étendait-il à la fin des années 1150 des rivages de l'océan Atlantique jusqu'au Golfe de Syrte, englobant toute l'Afrique musulmane à l'ouest de l'Égypte.

En Andalousie la fin de la période almoravide a permis la résurgence des reinos de taifas et un regain de vigueur des Chrétiens. En 1144 les Castillans s'emparent temporairement de Cordoue. À l'ouest, Lisbonne et Santarem sont prises par les Portugais. Almería est également prise par les Aragonais pour une décennie entière. Dos au mur, les taifas se voient obligés de faire de nouvel appel aux maîtres du Maghreb. Ainsi, avant même la prise de Marrakech par les Almohades, Jerez et Cadix s'offrent à ces derniers. Dans le sillage de la prise de Marrakech, des corps expéditionnaires permettent la conquête de tout le sud de la péninsule (Grenade, Séville, Cordoue…) puis de Badajoz. En 1157, Almería est reprise. Abd El Moumen décédera finalement en 1163 à Salé. Son fils Abu Yaqub Yusuf lui succède, d'abord reconnu à Séville puis à Marrakech. Il s'efforcera jusqu'à son décès en 1184 de régner en véritable « despote éclairé », soucieux de desserrer l'étau d'orthodoxie religieuse pesant sur le Maghreb.

Sous son impulsion fleurissent des arts autrement plus épanouis que sous la dynastie précédente. L’architecture en particulier atteint son apogée, se traduisant par la construction de la Giralda à Séville, fraîchement honorée du statut de capitale andalouse, ainsi que de la tour Hassan à Rabat (dont le minaret ne fut jamais achevé) et de la Koutoubia à Marrakech, toutes trois bâties sur un modèle sensiblement équivalent. Dans d’autres registres, le palais de l’Alhambra est érigé sur les hauteurs de Grenade par les Nasrides, et les Jardins de l'Agdal sont plantés à Marrakech qui se dote également d'une Casbah califale abritant les palais du souverain almohade (cf. l'article Art almoravide et almohade). C’est également sous les Almohades que vécut le brillant philosophe Averroès (de son vrai nom Ibn Rûshd ابن رشد) ainsi que Moïse Maïmonide qui ira néanmoins s’exiler au Caire afin de pouvoir pratiquer librement sa religion (il était de confession juive). Les intellectuels du califat almohade mettent à l'honneur la philosophie antique comme partout ailleurs dans le monde musulman, et plus particulièrement celle d'Aristote dont le rationalisme séduit notamment Averroès.

À la mort d’Abu Yaqub Yusuf, les Almoravides demeurés maîtres des Îles Baléares s’en vont porter le glaive là où jadis sévissaient les Normands. Ils arrachent Alger, Miliana, Gafsa et Tripoli aux Almohades et subventionnent des tribus bédouines d’Ifriqiya ainsi que les mercenaires turkmènes Ghuzz[43], qui s’en iront mener des razzias dans tout le Maghreb médian et descendront même jusque dans les oasis du Drâa. Matées par les vigilantes milices d’un certain gouverneur Abu Yusf, les tribus bédouines seront par la suite sédentarisées dans l’Ouest marocain, dans l’ancien pays berghouata où elles contribueront à l’effort d’arabisation des plaines du Gharb et de la Chaouia. Quant aux Ghuzz, ils sont incorporés dans l'armée almohade pour former des unités d'archers d'élite. Après la victoire d’Alarcos durant laquelle Alphonse VIII de Castille est battu par le souverain Abu Yusuf Yaqub al-Mansur, les derniers fauteurs de troubles almoravides sont écrasés dans le Sud tunisien. C’est l’âge d’or almohade.

Tour Hassan construite par le calife almohade Yacoub El Mansour à Rabat.
Miniature maroco-andalouse d'époque almohade illustrant le conte de Bayad et Riyad.
Averroès (Ibn Rushd), philosophe, cadi, mathématicien, médecin andalou de la Cour almohade, mort à Marrakech en 1198.

Muhammad an-Nasir succède à son père en 1199. Le 16 juillet 1212, son armée de 30 000[44],[45], hommes est mise en déroute par une coalition de près de 62 000 chrétiens venus de France, d’Aragon, de Catalogne, du Comté de Portugal, de León et de Castille. C’est la Bataille de Las Navas de Tolosa que l’histoire retiendra comme l’évènement charnière de la Reconquista. Dans le même temps, an-Nasir reçoit une étrange proposition d'allégeance de Jean sans Terre, alors en froid avec les souverains chrétiens du continent européen, de faire du lointain royaume d'Angleterre un vassal du califat almohade de Marrakech[46].

L’autorité des Almohades sur leur empire sera durablement affaiblie par cette débâcle, au point que le Muhammad an-Nasir renoncera à son trône l’année suivante, le cédant à son fils. À 16 ans, Yusuf al-Mustansir accède donc au trône. Dépourvu d’autorité, il voit rapidement le Maghreb médian lui échapper. Il en va de même en Andalousie où le gouverneur almohade de Murcie réclame une régence et franchit le détroit pour le faire savoir. À Séville, Al-Mamoun fait sensiblement de même. Les taïfas renaissent de leurs cendres et imposent le malikisme. À Marrakech même les cheikhs souhaitent procéder à l’élection d’un nouveau calife, ne laissant d’autre choix au jeune souverain que la fuite pour un temps. Son fils, Abd al-Wahid al-Makhlu lui succède en 1223. Il mourra étranglé l’année même.

Les cheikhs de Marrakech procéderont alors à l’élection d’Abu Muhammad al-Adil. Les Hafsides, du nom d’Abû Muhammad ben ach-Chaykh Abî Hafs, autrefois vizir de Muhammad an-Nasir déclarent leur indépendance en 1226, sous l’impulsion de Abû Zakariyâ Yahyâ. La mort d’Abu Muhammad al-Adil marquera le début de l’ingérence du royaume de Castille dans les affaires marocaines. Ferdinand III de Castille soutiendra Abu al-Ala Idris al-Mamun tandis que les cheikhs soutiendront le fils de Muhammad an-Nasir, Yahya al-Mutasim. C’est le premier qui prit pour un temps l’ascendant, parvenant à prendre Marrakech et à massacrer les cheikhs. Il renia la doctrine religieuse almohade au profit du malikisme et consentit en paiement de sa dette à construire l’église Notre-Dame de Marrakech en 1230. L’édifice fut détruit deux ans plus tard.

En 1233, son fils Abd al-Wahid ar-Rachid reprit Marrakech et chassa de Fès les Bani Marin, futurs Mérinides (ces derniers faisaient payer à la ville et à sa voisine Taza un tribut depuis 1216), permettant de réunifier le Maroc. En Andalousie, Cordoue tombe aux mains de Ferdinand III de Castille dès 1236. Valence lui emboîtera le pas deux ans plus tard, puis ce sera au tour de Séville en 1248. Entre-temps, Abu al-Hasan as-Saïd al-Mutadid parviendra à rétablir un semblant d’unité sur le Maroc mais accumulera les échecs face aux Mérinides dont l’avancée est irrésistible sur le Maroc septentrional. Pour une trentaine d’années, les Almohades survivront, retranchés sur la plaine du Haouz et payant un tribut à leurs voisins septentrionaux. En 1269, Marrakech tombe. En 1276, c’est au tour de Tinmel. Un siècle et demi plus tard, la boucle almohade est bouclée et la dynastie à l'origine du puissant califat de l'ouest disparaît définitivement.

Au cours des croisades

L'Empire almohade, sous le règne d'Abu Yusuf Yaqub al-Mansur, établit un partenariat stratégique avec l'Égypte du sultan Saladin. Le point d'orgue de cette relation est l'ambassade d'Abu Al Harith Abderrahman Ibn Moukid envoyé par Saladin auprès de la Cour califale de Marrakech, qui concrétise l'alliance entre Almohades et Ayyoubides. Cette mission débouche sur la participation de la flotte almohade aux opérations maritimes contre les Croisés (sur les côtes du Proche-Orient ainsi qu'en mer Rouge). Après la prise de Jérusalem par Saladin en 1187, une partie de la ville sainte est repeuplée de populations provenant de l'Empire almohade[47] qui fonderont et habiteront un quartier spécifique[48],[49], dont l'un des vestiges les plus connus est la Porte des Maghrébins[50].

Dynastie des Mérinides (1269-1465)

Évolution territoriale de l'empire mérinide.

Contrairement aux deux dynasties précédentes, la montée en puissance des Mérinides n’est pas à mettre sur le compte d’une démarche personnelle associable à un individu mais plutôt à l’affirmation collective d’une tribu. L’autre rupture que marque l’accession au pouvoir des Mérinides est l’abandon du leitmotiv de la purification religieuse au profit d’une conception de la conquête du pouvoir plus classique, plus conforme à l’identité tribale des protagonistes.

Une des portes de Fès Jdid, la capitale des Mérinides à partir de 1276.

La tribu en question est une tribu zénète dont les origines sont issues des Wassin[51]. Toujours est-il que les Beni Merin (ou Bani Marin) constituent tout au long du XIIe siècle l’archétype d’une tribu berbère quelconque, nomadisant entre le bassin de la Haute-Moulouya à l’ouest (entre Guercif et Missour) et le Tell algérien, au sud de Sidi Bel Abbès à l’est. La première occurrence de la tribu des Beni Merin dans l'historiographie marocaine coïncide avec leur participation en tant que groupe à la bataille d'Alarcos (1196), bataille finalement remportée par le camp almohade. C’est à cette occasion que s’illustre Abd al-Haqq considéré comme le véritable fondateur de la dynastie mérinide. De retour au pays, la tribu retombe dans un anonymat relatif jusqu’à la cinglante défaite almohade de Las Navas de Tolosa à l’issue de laquelle les troupes Mérinides iront défaire 10 000 soldats almohades. À la suite de ce succès, les Mérinides s’installent temporairement dans le Rif, soutenus par des Meknassas sédentarisés au nord de Taza.

Dès 1216, ils se faisaient payer tribut par les cités de Fès et Taza. Les Almohades soucieux de restaurer leur autorité sur tout leur territoire lancent de nombreuses contre-offensives, le plus souvent vaines. C’est au cours d’une de ces manœuvres que décède Abd al-Haqq. Son fils Uthman ben Abd al-Haqq lui succède. Dès 1227, toutes les tribus entre le Bouregreg et la Moulouya ont fait allégeance aux Mérinides. En 1240, Uthman ben Abd al-Haqq décède, assassiné par son esclave chrétien. C’est son frère Muhammad ben Abd al-Haqq qui lui succède, assiégeant avec un succès relatif Meknès. Il décède en 1244, tué par des milices chrétiennes au service des Almohades. Au milieu de la décennie 1240, les troupes almohades sont mises en déroutes à Guercif. Les Mérinides s’engouffrent alors dans la très stratégique Trouée de Taza, tremplin qui leur permit d’entreprendre le siège de Fès en août 1248 et d’envisager la prise de toute la moitié nord du Maroc. Mais la moitié sud n’est pas en reste. Abu Yahya ben Abd al-Haqq ayant précédemment succédé joue des amitiés traditionnelles des Beni Merin avec les Béni-Ouaraïn du Moyen Atlas et d’autres tribus du Tafilalet pour contrôler les oasis et détourner les revenus du commerce transsaharien de Marrakech vers Fès, désignée comme capitale mérinide.

Drapeau des Mérinides, empire islamique.

En 1258, Abu Yusuf Yaqub ben Abd al-Haqq succède à son frère enterré dans l’antique nécropole de Chellah qu’il avait commencé à réhabiliter[52]. Le début de son règne est marqué par une lutte avec son neveu qui réclamait la succession. Ce dernier parvient à prendre Salé. La situation à l’embouchure du Bouregreg profite à la Castille qui occupera la ville pendant deux semaines en 1260, sur l'ordre d'Alphonse X. L’ouest du Rif fut également en proie à de nombreuses insurrections Ghomaras tandis que Ceuta et Tanger étaient alors aux mains d’un sultan indépendant, un dénommé El Asefi. Rapidement le nouveau souverain exprima son désir d’en découdre rapidement avec les Almohades retranchés dans le Haouz, l’est des Doukkala et une partie du Souss. Une première tentative en ce sens se solda par un échec en 1262. Les Almohades pressèrent alors les Abdalwadides d’attaquer leurs rivaux Mérinides par surprise. Yaghmoracen Ibn Ziane, célèbre souverain abdalwadide fut défait en 1268. L’année suivante, Marrakech fut définitivement prise[53].

Médersa Attarine de Fès construite sous le règne du sultan Abû Saïd Uthmân ben Yaqub (1310-1331).

Durant les années qui suivirent, il bouta les Espagnols hors de tous leurs établissements atlantiques jusqu’à Tanger. En 1276, Fès, la capitale du royaume, se voit augmentée d’un nouveau quartier, à l’écart de l’ancienne ville, où se côtoient notamment le palais royal et le Mellah (Fès El Jedid). Globalement la ville connaîtra sous l’ère mérinide un second âge d’or, après celui connu sous les Idrissides. Après la pacification totale du territoire et la prise de Sijilmassa aux Abdalwadides, le sultan franchit le détroit et tente de reconstituer la grande Al-Andalus musulmane des Almohades. Les entreprises espagnoles des Mérinides furent complexes mais n’accouchèrent que de peu de résultats concrets. À la suite du siège de Xérès, un traité de paix stipulant le retour de nombreux documents et ouvrages d’art andalous (tombés aux mains des Chrétiens lors des prises de Séville et Cordoue) vers Fès. En 1286, Abu Yusuf Yaqub ben Abd al-Haqq décède à Algésiras. Il est inhumé à Chellah. Son fils Abu Yaqub Yusuf[52], plus tard dit an-nāsr, lui succède et se voit confronté dès son intronisation à un durcissement des révoltes dans le Drâa et à Marrakech et à un désaveu de certains membres de sa famille, s’alliant tantôt avec les Abdalwadides ou les révoltés. Il rendit Cadix aux Nasrides de Grenade en guise de bonne volonté mais six ans plus tard, en 1291, ces derniers, alliés aux Castillans dont ils sont les vassaux, entreprennent de bouter définitivement les Mérinides de la péninsule Ibérique. Après quatre mois de siège, Tarifa est prise par les Castillans. Mais les yeux d’Abu Yaqub Yusuf an-Nasr sont plutôt rivés sur Tlemcen, capitale des éternels rivaux des Beni Merin que sont les Abdalwadides. Il se dirige vers Tlemcen à la tête d’une armée cosmopolite puisqu'essentiellement composée de mercenaires chrétiens (Castillans et Aragonais principalement), de Turkmènes et de Kurdes. Le siège durera huit ans et se poursuivra jusqu’à l’assassinat du souverain, des mains d’un des eunuques de son harem, en 1307.

Jusqu’à l’avènement d’Abu al-Hasan ben Uthman en 1331, la dynastie est marquée par une forme de décadence dont les signes principaux sont la multiplication des querelles de succession, des révoltes populaires et des soulèvements militaires. En 1331 donc, Abu al-Hasan ben Uthman (surnommé le Sultan noir) succède à son père, quelques mois seulement après avoir obtenu son pardon. Rapidement, l’obsession de ses aînés pour Tlemcen le rattrape. Il entame un nouveau siège sur la ville qui s’avèrera vain. Il évince ceux qui dans son entourage familial le jalousent mais sait faire preuve d’une grande dextérité dans sa gestion des ambitions tribales. Tlemcen tombe enfin en 1337. Abu al-Hasan ben Uthman est auréolé de gloire. Cette victoire lui ouvre la voie du Maghreb médian mais avant de s’engouffrer dans cette brèche ouverte en direction d’Ifriqiya, le souverain tient à venger la mort de son fils Abu Malik, surpris par les Castillans après son succès à Gibraltar en 1333. La bataille de Tarifa, le 30 octobre 1340 se solde par une lourde défaite qui signera la fin définitive des ambitions marocaines en terre espagnole.

Sept années plus tard, le sultan et ses armées parviennent à soumettre l’Ifriqiya. L’année suivante pourtant, les Mérinides essuient une cuisante défaite à Kairouan. L’écho de la déconvenue est grand, au point que naît et se répand une folle rumeur selon laquelle le Sultan noir serait mort au combat. À Tlemcen, Abu Inan Faris est alors intronisé. C’est de sa volonté qu’émanera la construction de la médersa Bou Inania de Fès.

Il a d’ailleurs également parachevé la construction de la Medersa Bou Inania de Meknès, entamé par son aîné. Ce dernier tentera un vain retour via Alger puis Sijilmassa. Il est finalement défait et tué par les armées de son fils sur les rives de Oum Errabiâ. Abu Inan Faris, profondément chagriné par ce décès, tentera alors de faire asseoir son autorité sur l’ensemble du royaume, de nouveau fragilisé par la recrudescence des volontés insurrectionnelles. Il s’entoure à ces fins d’Ibn Khaldoun, penseur de génie et véritable précurseur de la sociologie moderne. Son neveu, maître de Fès, est exécuté, mais à l’occasion de ce déplacement au Maroc, c’est Tlemcen qui se soulève. Une intense campagne permet un certain regain de vigueur des Mérinides mais Abu Inan est étranglé des mains d’un de ses vizirs, un certain al-Foudoudi, le 3 décembre 1358, neuf ans seulement après son accession au pouvoir.

Bab el-Mrissa porte de l'arsenal maritime militaire de Salé construit par les Mérinides à la suite de l'attaque de la flotte du roi Alphonse X de Castille en 1260.
Medersa Bou Inania de Meknès achevée sous le règne du sultan Abu Inan Faris.

L’anarchie est alors à son paroxysme. C’est le premier grand déclin de la dynastie. Chaque vizir tente de porter sur le trône le prétendant le plus faible et manipulable. Les richesses patiemment accumulées par les souverains précédents sont pillées. Un premier prétendant venu de Castille parvient à se soustraire pour un temps à ce diktat des vizirs. Il s’appelle Abû Ziyân Muhammad ben Ya`qûb plus simplement appelé Muhammad ben Yaqub. Reconnu et acclamé dans le nord du Maroc, il règne à partir de 1362 sur un royaume dont seule la moitié nord (de la Tadla aux contreforts méridionaux du Rif) est demeurée loyale à l’autorité mérinide. Tout au long de son bref règne, il tentera de faire évincer un à un les vizirs jugés encombrants mais ce sont des mains d’un de ces derniers, le grand vizir Omar, qu’il périra en 1366. Omar désincarcère alors le fils d’Abu l’Hasan, Abu Faris Abd al-Aziz ben Ali ou plus simplement Abd al Aziz. Après avoir réussi le tour de force d’évincer bon nombre de vizirs dont celui qui l’a porté au pouvoir, il parvient à mater le pouvoir parallèle en place à Marrakech (pouvoir dit d’Abou l'Fadel, vaincu en 1368). Il parvient à asseoir son autorité en pays Hintata, puis dans le Souss et à Sijilmassa. En 1370, Tlemcen, où s’était reconstitué le pouvoir abdalwadide, retombe aux mains des Mérinides. Mais deux ans plus tard seulement, il s’éteint. Le royaume est à nouveau scindé en deux, les zaouïas prenant le pouvoir à Marrakech. La peste noire provoque de graves ravages.

S’ensuivent 21 années de déclin durant lesquelles se multiplient les intrigues dynastiques, les coups politiques des différents vizirs, les ingérences nasrides et de vaines tentatives de coups d’éclat militaires face à Tlemcen. Durant les deux périodes de déclin, la pratique de la piraterie se développe, tant dans le Nord, dans les environs de Tanger et Ceuta, que sur la côte atlantique (à Anfa notamment, qui sera d'ailleurs détruite en représailles par les Portugais en 1468). En 1399, alors que le Maroc est en proie à une anarchie des plus totales, le roi Henri III de Castille arme une expédition navale destinée à annihiler la pratique de la course depuis Tétouan. En fait, la ville est non seulement mise à sac mais également totalement vidée de sa population (la moitié est déportée en Castille). En 1415, c’est au tour de Ceuta de tomber aux mains des troupes de Jean Ier, roi du Portugal, lui aussi en croisade contre la course maritime des cités côtières marocaines.

La dynastie mérinide connait un tragique déclin[54]. Abû Saïd Uthmân III dit Abu Said succède à Abu Amir Abd Allah dans des circonstances troubles. Prince taciturne, il se tourne à nouveau vers Tlemcen. Mais le vent a tourné et Abou Malek, souverain abdalwadide, pétri de haine à l’encontre des maîtres de Fès, parvient à prendre la ville et impose un souverain fantoche. Les documents concernant cette période sont très flous et se contredisent. Toujours est-il que Abu Muhammad Abd al-Haqq succède à Abu Said alors qu’il n’a qu’un an (1421). Cette accession au trône appela bien sûr une régence. Les vizirs wattassides s’avéreront incontournables.

Dynastie idrisside, branche des Joutey (1465-1471)

Mohammed ibn Ali al-Idrissi al-Amrani al-Joutey (arabe : محمد بن علي العمراني الجوطي الإدريسي) est le 20e descendant en ligne directe d'Idris Ier. Leader des chorfas de Fès au milieu du XVe siècle, il est proclamé sultan du Maroc à la suite de la révolte de 1465 qui aboutit à l'assassinat du sultan mérinide Abd al-Haqq II, mort sans laisser d'héritier[55]. Il ne réussit cependant pas à imposer son autorité bien au-delà de Fès et de sa région.

Le règne de Mohammed ibn Ali dure jusqu'en 1471, date à laquelle il est renversé par Mohammed ach-Chaykh, qui fonde la dynastie des Wattassides[55].

Wattassides (1472-1554)

Le Maroc au début du XVIe siècle : en rouge, le domaine des Wattasides ; en rose, les vassaux des Wattassides.

Les Wattassides, Ouattassides ou Banû Watâs, sont une tribu de Berbères zénètes comme les Mérinides. Cette tribu, qui serait initialement originaire de l'actuelle Libye, était établie dans le Rif, au bord de la Méditerranée. De leur forteresse de Tazouta, entre Melilla et la Moulouya, les Beni Wattas ont peu à peu étendu leur puissance aux dépens de la famille régnante mérinide (voir l'article détaillé sur les Wattassides).

Ces deux familles étant apparentées, les Mérinides ont recruté de nombreux vizirs chez les Wattassides. Les vizirs wattassides s'imposent peu à peu au pouvoir. Le dernier sultan mérinide est détrôné en 1465. Il s'ensuit une période de confusion qui dure jusqu'en 1472. Le Maroc se trouve coupé en deux, avec à Marrakech les émirs Hintata auxquels succède la dynastie arabe émergente des Saadiens, et à Fès le sultanat wattasside déclinant. Plus au nord, à Tétouan et à Chaouen, apparaît une principauté à dominante andalouse peuplée par les réfugiés du royaume de Grenade (conquis par les Espagnols catholiques en 1492) et dirigée par une femme nommée Sayyida al-Hurra[56]. Sayyida al-Hurra (ou Sitt al-Hurra) mène une lutte implacable contre les Portugais qui occupent Ceuta depuis 1415, et contracte une alliance matrimoniale avec les Wattassides en épousant le sultan Abu al-Abbas Ahmad ben Muhammad. Sur le plan stratégique elle joint ses forces à celles de l'amiral turc Arudj Barberousse qui lutte contre les Espagnols en Méditerranée occidentale.

En 1472, les sultans wattassides ont perdu tous leurs territoires d'importance et ne contrôlent plus la rive marocaine du détroit de Gibraltar. Les Portugais prennent possession de Tanger en 1471 puis cèdent la ville à l'Angleterre en 1661 comme dot apportée par Catherine de Bragance à son époux Charles II d'Angleterre. Durant la domination portugaise (1471-1661, avec un intermède espagnol entre 1580 et 1640), Tanger constitue la capitale de l'Algarve d'Afrique, car il existe alors deux Algarves, celle d'Europe et celle d'Afrique, toutes deux considérées comme territoires relevant personnellement de la dynastie d'Aviz puis de la dynastie de Bragance (le roi du Portugal porte aussi le titre de roi des Algarves). Durant la domination anglaise, Tanger est une place forte stratégique, dotée d'un statut spécial et élisant des représentants à la Chambre des communes à Londres, mais l'entretien d'une garnison importante se relève trop coûteux aux yeux de l'opinion anglaise[57]. Cela pousse Charles II à faire évacuer la place, qui est prise par les troupes marocaines du sultan Moulay Ismail en 1684.

Citerne aux voûtes gothiques, construite par les Portugais à El Jadida (Mazagan) en 1514.
Vue de Safi au XVIe siècle.

Sous les règnes successifs d'Alphonse V, Jean II et Manuel Ier (période marquant l'apogée de l'expansion portugaise) l'Algarve africaine englobe presque tout le littoral atlantique marocain, à l'exception de Rabat et de Salé. Les Portugais contrôlent la portion côtière s'étendant de Ceuta à Agadir et à Boujdour, avec pour points de jalon les places fortes de Tanger, Assilah, Larache, Azemmour, Mazagan, Safi et Castelo Real de Mogador. Ces possessions forment des fronteiras, équivalent portugais des presidios espagnols, et sont utilisées comme escales sur les routes maritimes du Brésil et de l'Inde portugaise. Néanmoins la plus grande partie du Maroc portugais est reconquise par les Saadiens en 1541. La dernière fronteira de la Couronne lusitane est Mazagan, récupérée par les Marocains en 1769. Les Espagnols pour leur part s'attribuent la côte méditerranéenne avec les présides de Melilla et le rocher de Vélez de la Gomera, ainsi que la région de Tarfaya faisant face aux îles Canaries. Ils prennent également le contrôle de Ceuta à l'issue de la débâcle portugaise à la Bataille des Trois Rois qui se solde par l'Union ibérique (1580).

De cette époque émerge la figure étonnante de Mustapha Zemmouri, plus connu sous le nom d'Estevanico (ou Esteban le Maure), Marocain natif d'Azemmour revendu par les Portugais comme esclave à Andrés Dorantes de Carranza, et qui s'illustre par son exploration de l'Amérique du Nord dans les rangs des conquistadors espagnols au début du XVIe siècle[58].

Les Wattassides affaiblis donnent finalement le pouvoir à une dynastie se réclamant d'une origine arabe chérifienne (les Saadiens) en 1554.

Liens avec Al-Andalus

« Cour des Lions » de l'Alhambra à Grenade, le palais des sultans nasrides qui eurent d'étroites relations avec les Mérinides.
La ville de Chefchaouen dans le nord du Maroc fut peuplée par des populations andalouses fuyant la disparition du royaume de Grenade en 1492.

En 1492, sept siècles après la conquête musulmane de la péninsule Ibérique, le dernier royaume musulman en Espagne, Grenade, est reconquis par les rois catholiques.

Dès le début des succès de la Reconquista au XIIe siècle, certains Andalous avaient commencé à se replier vers le Maroc ; mais la majorité d'entre eux a été contrainte de quitter l'Espagne principalement en deux temps : à la chute de Grenade en 1492, et en 1609 avec l'expulsion des Morisques. Par ailleurs les ultimes descendants de la dynastie nasride menés par Boabdil se réfugièrent à Fès après la chute du dernier royaume musulman andalou de Grenade.

L'exode de ce peuple, que le pays devra intégrer dans ses tissus sociaux et économiques, va marquer un nouveau tournant dans la culture, la philosophie, les arts et la politique. L'immigration andalouse sera plus délicate dans certaines villes marocaines. Les Andalous vont soit habiter dans d'anciennes cités, soit en construire de nouvelles ; néanmoins, ils s'installeront surtout dans le nord du pays, notamment à Tanger, Tétouan, Oujda, Chefchaouen, mais aussi à Rabat, Salé et Fès.

Les Morisques installés à Rabat (dite Salé-le-Neuf) et Salé (aussi dite Salé-le-Vieil) formèrent une république corsaire inspirée des Régences barbaresques d'Alger et de Tunis, vivant de courses commerciales fructueuses qui les emmenèrent à négocier avec de nombreux États (Espagne, Portugal, France, Angleterre, Hollande).

Dynastie des Saadiens (1554-1659)

L'Empire saadien à son extension maximale (fin du XVIe siècle).
Tombeau des sultans saadiens à Marrakech.
Pavillon saadien des jardins de la Ménara à Marrakech.

Les Saadiens, appelés parfois Zaydanides[59], constituent une dynastie arabe chérifienne originaire de la vallée du Drâa. Elle arrive au pouvoir en 1511 avec le sultan Muhammad al-Mahdi al-Qaim bi-Amr Allah et choisit Marrakech pour capitale définitive après Taroudant. À partir de 1554 elle contrôle entièrement le Maroc, alors que le Maghreb central et oriental est sous la domination des Ottomans. Mohammed ech-Cheikh est un adversaire résolu du sultan-calife ottoman Soliman le Magnifique. Pour conjurer la menace exercée par les gouverneurs turcs d’Alger, le sultan saadien n’hésite pas à chercher l’alliance des Espagnols qui occupent Oran et lui permettent de s’emparer de la région de Tlemcen.

Cependant en 1554 les troupes turques de Salah Raïs bousculent le dispositif saadien établi autour de Tlemcen, et poussent l'offensive jusqu'à Fès avec l'intention d'occuper la moitié nord du Maroc et de l'incorporer à l'Empire ottoman[60]. Alors que l'armée commandée par le pacha d'Alger s'apprête à pénétrer dans la vallée du Sebou, une sortie des forces espagnoles du comte d'Alcaudete, gouverneur d'Oran, oblige les Ottomans à évacuer précipitamment leur éphémère conquête marocaine et à revenir défendre l'Ouest algérien menacé par les Espagnols. Ce retrait turc est profitable aux Saadiens qui récupèrent ainsi Fès et les marches orientales du nord-est marocain. Charles Quint a également évité de voir les Ottomans atteindre la rive sud du détroit de Gibraltar et devenir ainsi des voisins directs de l'Espagne[61].

L'alliance stratégique hispano-saadienne a montré ainsi son efficacité. Mais la diplomatie pro-espagnole de Mohammed ech-Cheikh lui vaut l’inimitié tenace de la Sublime Porte. En effet, en 1557 des assassins à la solde du beylerbey d’Alger Hassan Pacha décapitent le sultan marocain et envoient sa tête en trophée à Constantinople, où Soliman la fera accrocher aux remparts de la forteresse d'Europe sur les bords du Bosphore. Ce meurtre n’a cependant pas d’incidence sur le front militaire et consolide même les assises de la dynastie saadienne.

Le sultan Ahmed al-Mansour, dont le règne (1578-1603) marque l’apogée de la dynastie saadienne.
Le sultan ottoman Mourad III, qui aida les princes saadiens Abd al-Malik et Ahmed (futur al-Mansour) à reconquérir le trône du Maroc contre Muhammad al-Mutawakkil en 1576 (miniature ottomane extraite du Livre du Bonheur, 1582).
La mosquée Djingareyber à Tombouctou, grande cité des Songhaï conquise par les Saadiens, capitale du pachalik du Soudan marocain à partir de 1591.

L’influence ottomane qui caractérise pourtant ensuite l'évolution de l'État saadien[62] s’explique par l’exil des princes Abu Marwan Abd al-Malik et Ahmed (futur Ahmed al-Mansour) à Alger et à Constantinople durant le règne de leur demi-frère Abdallah el-Ghalib qui avait voulu les éliminer afin d’être l’unique représentant de la dynastie. Le soutien du sultan ottoman Mourad III aux prétentions des deux princes saadiens peut paraître paradoxal en raison des conflits permanents entre Marocains et Turcs, mais Abd al-Malik puis son frère savent exploiter intelligemment cet appui pour récupérer le trône, prendre Fès avec l'aide des forces ottomanes commandées par Caïd Ramdan, et éliminer leur neveu Muhammad al-Mutawakkil (fils d’al-Ghalib) qui de son côté s’était allié au Portugal. La mort de Murad III en 1595 met fin par ailleurs aux appétits hégémoniques de la Sublime Porte et renforce ainsi l’indépendance marocaine[63].

Si les Turcs sont surtout présents dans l’état-major et dans l’artillerie, l’essentiel de l’armée saadienne est composé de renégats d'origine européenne et de tribus militaires arabes Cheragas ainsi que de contingents du Souss (les Ehl el-Souss, constituant l’ossature militaire de la dynastie)[64]. Cette force considérable, estimée à 40 000 hommes par l’historien Henri Terrasse[65], fait du sultan Ahmed al-Mansur le plus puissant chef politique et militaire de cette partie de l’Afrique. Il le prouve en lançant un de ses plus brillants officiers, le général Djoudar Pacha, à la conquête de l’Empire songhaï du Mali qui devient après la bataille de Tondibi et la défaite des Songhaï, le pachalik marocain de Tombouctou et du Bilad as-Sûdan (le Soudan occidental situé autour du fleuve Niger, par opposition au Soudan oriental où coule le Nil), incluant les prestigieuses cités de Gao et de Djenné. Sur le plan religieux, la primauté du califat saadien est reconnue jusqu’au Tchad par Idrīs Alaoma, roi du Kanem et du Bornou[66]. Cette allégeance spirituelle marque une victoire indéniable pour le sultan al-Mansur sur la scène africaine au détriment de l’Empire ottoman qui entendait user également de son statut de puissance religieuse califale auprès des royaumes musulmans du Sahel.

Marrakech retrouve une partie de sa gloire de l'époque almohade. Les sultans font bâtir des médersas (la célèbre médersa Ben Youssef), des mosquées, réaménagent les jardins (comme celui de la Ménara), mais c'est surtout le fabuleux palais El Badi, réalisé en matériaux précieux, qui contribue au rayonnement de la capitale saadienne et à la réputation fastueuse de la dynastie. L'attrait culturel pour le Maroc s'exprime jusqu'en Europe avec les écrits de Théodore Agrippa d'Aubigné et ceux de Michel de Montaigne[67], mais aussi avec William Shakespeare et son Othello. Ahmed al-Mansur, qui maîtrise parfaitement l'italien (appris au cours de son exil de jeunesse à Alger), entretient une correspondance avec Élisabeth Ire d'Angleterre, Henri III et Henri IV, et se montre fort intéressé par les avancées techniques de la Renaissance occidentale, ainsi que par la découverte du Nouveau Monde (il proposera même aux Anglais une offensive conjointe anglo-marocaine contre les colonies espagnoles d'Amérique)[68]. Le prestige des Saadiens auprès des chancelleries européennes remonte à la Bataille des Trois Rois à Ksar El Kébir le , au cours de laquelle l'armée du sultan Abdelmalik met en déroute la croisade du roi Sébastien Ier du Portugal, marquant ainsi la fin définitive de l'hégémonie portugaise sur la façade atlantique du Maghreb. La dynastie s'achève avec le règne du dernier sultan El Abbas tué en 1659 dans une lutte de pouvoir au sein de son propre entourage mené par Kerroum al-Hajj de la tribu Chebânat qui s'empare alors de Marrakech.

Dynastie des Alaouites (1666-présent)

Empire chérifien alaouite vers 1700.
Entrée de Dar el-makhzen, palais royal de Meknès construit sous le règne de Moulay Ismail.
Le sultan Moulay Ismail (1672-1727) représenté sur une gravure française du XVIIe siècle.
Abdellah Benaïcha ambassadeur du Maroc auprès de Louis XIV, à Paris en 1699.

Les Alaouites (al-Alaouiyoune, à ne pas confondre avec les Alaouites de Syrie), sont au pouvoir au Maroc depuis le XVIIe siècle. D'après la légende les Alaouites descendent de Mohamed Nefs Zakiya (« Âme Pure »), lui-même fils de Abdallah El-Kamil, fils de Hassan El-Mouthanna, fils de Hassan Sibt, fils aîné d'Ali ibn Abi Talib, gendre et cousin du prophète de l'islam, Muhammad. Mohamed Nefs Zakya fut proclamé Mahdi en 737 et tué au combat en 762. Théologien éminent, il a laissé la réputation d'un saint homme et vécut sous le règne du calife Al-Mansour.

Les Chérifs alaouites se disent originaires de Yanboâ an-Nakhil, une oasis située dans la péninsule Arabique, appelés à venir au Maroc par de nobles pèlerins berbères du Tafilalet au XIIIe siècle : Hassan Dakhil, se réclamant 21e descendant du prophète Mahomet, 17e descendant de Nefs Zakya, se serait installé alors en 1266 à Sijilmassa. Son 5e descendant, Moulay Mohamed ben Cherif, est le père du premier sultan de la dynastie alaouite, Moulay Rachid ben Chérif.

Lointains descendants d’Ali, gendre du Prophète, les Alaouites gouvernent aujourd’hui encore le royaume du Maroc. Originaire du Tafilalet, le fondateur de leur dynastie n’est autre que Moulay Ali Cherif qui, en 1631 règne comme émir indépendant sur sa région natale. Après sa mort prématurée en 1636, son successeur Moulay Mohammed Ier décide de reprendre les rênes et continue ce que son père avait commencé. Organisateur méticuleux et fin stratège, il va prendre graduellement le pouvoir aux Saadiens en plein déclin depuis la mort d'al-Mansur en 1603. Son frère, Moulay Rachid, va l’aider dans cette tâche en s’emparant du Rif, de Taza et de Fès, puis de la république des corsaires de Salé. Les rivaux potentiels, comme la puissante zaouïa de Dila dans le Tadla, et le royaume soufi du Tazeroualt dirigé par les Semlalides, États locaux à base théocratique et tribale, sont vaincus et soumis. Moulay Rachid devient sultan du Maroc en 1666 et écrase les révoltes qui sévissent encore à Marrakech. Une chute de cheval qui lui est fatale projette son successeur, Moulay Ismail, à la tête du sultanat en 1672.

Cette date rime avec autorité, le nouveau sultan purge à coups de sévères répressions toute forme d’opposition à son régime. Ce qui permettra enfin à l'Empire chérifien d'accéder à la puissance, à la sécurité et à la crédibilité auprès de ses partenaires et de ses adversaires étrangers. Moulay Ismaïl forme une grande armée composée essentiellement d'esclaves-soldats noirs originaires d'Afrique de l'Ouest, (les Abid al-Bukhari ou Bouakhers, équivalent marocain des janissaires et des mamelouks de l'Empire ottoman) et de soldats issus de tribus militaires arabes (tribus guich) comme les Oudayas. Des unités sont également levées parmi les Rifains, réputés pour leurs qualités guerrières, pour former le Jaysh al-Rifi[69].Grâce à cette force dont l'effectif atteint 150 000 hommes[70] Ismaïl mène une guerre continuelle contre les tribus rebelles du Moyen et du Haut-Atlas (qu'il finit par soumettre) mais aussi contre les ennemis extérieurs : les Espagnols qui occupent Larache et Assilah, les Anglais de la colonie britannique de Tanger jusqu'en 1684, et les Turcs de l'Algérie ottomane voisine qui convoitent incessamment Oujda et les provinces orientales. Le sultan étend l'autorité chérifienne sur la Mauritanie jusqu'au fleuve Sénégal grâce au concours des émirs maures et hassanis de l'Adrar, du Trarza, du Tagant et du Brakna, réaffirmant la souveraineté du makhzen sur le pays de Bilad Chenguitt. À l'est, les oasis du Touat reconnaissent l'autorité du pouvoir central de Meknès. Durant les années 1700, Ismaïl livre également des campagnes militaires contre quelques-uns de ses propres fils désireux de se tailler des principautés dans le Souss, à Marrakech et dans l'Oriental.

De 1727 à 1757 le Maroc connaît une grave crise dynastique au cours de laquelle les Bouakhers font et défont les sultans, tandis que les tribus guich se soulèvent et razzient les villes impériales. Les autres tribus profitent de l'anarchie pour entrer en dissidence (siba). De cette période troublée émerge la personnalité du sultan Abdallah ben Ismaïl, renversé et rétabli à plusieurs reprises entre 1729 et 1745. Sa mère la sultane douairière Khnata bent Bakkar, veuve de Moulay Ismail issue de l'une des plus prestigieuses tribus des provinces sahariennes, joue alors un rôle prédominant de régente et tente de préserver les institutions fondamentales de l'Empire chérifien[71]. Abdallah doit subir les sécessions de ses demi-frères qui fondent des quasi-royaumes dans chacune des provinces qu'ils contrôlent (Gharb, Fès, Marrakech, Tafilalt), avec l'appui des différentes factions armées des Bouakhers ou des guich. Les habitants de Salé et de Rabat renouent avec l'autonomisme corsaire, tandis que dans le Nord les pachas de la famille Rifi établissent une véritable dynastie qui contrôle Tanger et Tétouan. Les puissantes confédérations tribales berbères naguère soumises au makhzen ismailien, comme les Aït Idrassen et les Guerrouanes, participent à la dissidence politique et s'emparent du trafic caravanier qui relie les centres commerciaux au nord de l'Atlas aux oasis sahariennes et au Soudan marocain. Les gouverneurs de Tombouctou se comportent également en princes indépendants, et font reculer l'autorité marocaine dans la région de la boucle du Niger en traitant séparément avec les Touaregs et les Peuls.

Traité de paix et de commerce franco-marocain de 1767.
Lettre de George Washington adressée à Mohammed III à l'occasion du traité de paix et d'amitié maroco-américain signé à Marrakech en 1787.
Mosquée de Sidi Ahmed Tijani construite à Fès sous le règne du sultan Moulay Slimane (1792-1822).

L'ordre est rétabli par Mohammed III (1757-1790) qui restaure l'unité du sultanat et l'autorité du makhzen. La politique de Mohammed III se caractérise par l'ouverture diplomatique et commerciale de l'État marocain qui entend percevoir les taxes douanières afin d'alléger la pression fiscale intérieure[72]. Des traités sont conclus avec les principales puissances européennes (royaume de France, royaume de Grande-Bretagne, royaume d'Espagne, royaume de Naples, république de Venise, Suède, Autriche), qui entretiennent des consulats et des compagnies de commerce dans les ports marocains fondés par Mohammed III. L'exemple le plus connu des nouvelles places économiques est Mogador (Essaouira), entièrement crée et conçue par l'ingénieur français Théodore Cornut pour le compte du souverain chérifien. Les ports d'Anfa (Casablanca) et de Fédala (Mohammédia) sont également aménagés et symbolisent le développement du littoral atlantique, libéré de toute occupation étrangère après la reconquête de Mazagan qui marque la fin définitive du Maroc portugais en 1769. Mohammed III est également le premier chef d'État à reconnaître l'indépendance des États-Unis en 1777. Le sultan établit une amitié épistolaire avec George Washington[73], ce qui vaut aux États-Unis, en vertu de la « politique de la porte ouverte », de conclure avec le Maroc un traité de paix, d'amitié et de commerce le (pour une durée de cinquante ans, renouvelé par le traité de Meknès de 1836)[74].

Moulay Slimane (1792-1822) mène une politique isolationniste, à l'inverse de Mohammed III. Le sultan ferme le pays au commerce étranger, notamment européen, et supprime les postes de douane créés par son père. Sur le plan interne ses dahirs d'inspiration ouvertement salafiste provoquent des révoltes tribales et urbaines, liées à sa décision d'interdire les moussems et le soufisme militant des zaouïas très influentes dans certaines régions. Les Berbères du Moyen Atlas, notamment les Aït Oumalou, se regroupent sous la direction du chef de guerre Boubker Amhaouch et forment une grande coalition tribale à laquelle se joignent même les Rifains et la puissante zaouïa d'Ouezzane[75]. Durant les années 1810, l'armée makhzen essuie ainsi de lourdes défaites entraînant la chute de Fès et le repli du sultan sur les provinces de l'ouest qui lui sont restées loyales. Les tribus insurgées et la ville de Fès vont jusqu'à essayer d'imposer les princes Moulay Ibrahim et Moulay Saïd, fils de l'ancien sultan Yazid et neveux de Sulayman sur le trône chérifien, mais finissent par échouer dans leur tentative de changement du pouvoir[76].

Sur le plan extérieur, le sultan parvient à écarter les velléités de pression exercées par Napoléon Ier et par son frère Joseph Bonaparte intronisé roi d'Espagne à Madrid, proches voisins de l'Empire chérifien depuis l'occupation de la péninsule Ibérique par les troupes françaises en 1808, et affiche une neutralité bienveillante à l'égard des Britanniques qui occupent les présides espagnols du Maroc depuis 1808. Sulayman noue des relations diplomatiques avec Saoud ben Abdelaziz, prince de l'Émirat saoudien du Najd en Arabie, manifestant un intérêt certain pour le salafisme wahhabite en pleine progression[77]. Ce rapprochement stratégique s'explique par les affinités anti-ottomanes que partagent le sultan alaouite et l'émir saoudien, ainsi que par les sensibilités salafistes du chérif[78]. Profitant de sa campagne militaire contre les Turcs d'Algérie, Moulay Sulayman parvient à expulser définitivement les troupes ottomanes du bey d'Oran qui occupaient le Maroc oriental et à rétablir ainsi son pouvoir sur le Touat et les autres oasis du Sahara central, en y nommant des caïds représentants du makhzen.

Abderrahmane ben Hicham, sultan de l'Empire chérifien, devant son palais de Meknès par Eugène Delacroix (1845).

Le sultan finit néanmoins par abdiquer en 1822 au profit de son neveu Abderrahmane ben Hicham, après la lourde défaite infligée à l'armée makhzen par la zaouia Cherradia près de Marrakech[79]. Moulay Abd ar-Rahman (1822-1859) essaie de sortir l'Empire chérifien de son isolement extérieur, mais ses volontés sont contrecarrées par les premières agressions du colonialisme européen moderne. Le règne de ce sultan correspond en effet à la conquête de l'Algérie par la France, dans laquelle le Maroc se trouve impliqué en apportant son soutien à l'émir Abdelkader ibn Muhieddine mais se retrouve défait à la bataille d'Isly (campagne militaire française du Maroc de 1844). La fin du règne est également assombrie par la guerre hispano-marocaine de 1859-1860, suscitée par des incidents entre la garnison de Ceuta et la tribu des Anjra, et qui s'achève par l'occupation espagnole de Tétouan jusqu'en 1862.

Caftan marocain du XIXe siècle.

À la suite de ce conflit catastrophique pour le makhzen, qui doit payer aux Espagnols une indemnité de guerre de plusieurs millions de livres sterling empruntés auprès des banques britanniques, Mohammed IV (1859-1873) successeur de Moulay Abd al-Rahman amorce une politique de modernisation de l'Empire chérifien. L'armée est le premier champ de ces réformes structurelles. Le système des tribus guich est aboli et remplacé par un recrutement au sein de toutes les tribus nouaïbs (soumises à l'impôt régulier) qui sont tenues de fournir des tabors (unités) d'askars (soldats). Leur formation est confiée à des conseillers militaires turcs puis européens, à l'instar de l’Écossais Harry Mac-Lean (nommé caïd pour avoir créé un régiment d'élite sur le modèle britannique[80]), et l'armement est acheté auprès d'entreprises étrangères telles que la firme Krupp[81](ce qui marque le début de l'ingérence allemande dans les affaires marocaines), quand il n'est pas fabriqué localement. En 1871 le sultan envisage de demander la protection politique et militaire des États-Unis du président Ulysses S. Grant sortis de leur guerre de Sécession, afin de se soustraire aux pressions anglo-espagnoles[82].

Combats entre cavaliers espagnols et marocains durant la guerre de 1860.

Parallèlement à cette modernisation de l'armée, des industries sont créées, comme l'arsenal de Dar al-Makina fondé à Fès par des Italiens[83], des progrès techniques sont enregistrés comme l'installation de la première imprimerie arabe du Maroc, également à Fès depuis 1865. Mais cette politique entraîne de considérables dépenses qui nécessitent d'importants financements. Le makhzen, ruiné par les conséquences de la guerre de 1860 contre l'Espagne et par les emprunts bancaires contractés auprès des Anglais, se voit donc contraint de lever des taxes supplémentaires non conformes à la Loi islamique, rapidement impopulaires et désapprouvées par les oulémas et l'ensemble des corps sociaux et professionnels. Les tensions liées à cette décision éclatent au lendemain de la mort de Mohammed IV et à l'avènement de son successeur Hassan ben Mohammed en 1873. Elles prennent dans les villes la forme d'émeutes sociales violemment réprimées, dont la révolte des tanneurs de Fès est un exemple illustratif[84]. Le règne de Hassan Ier correspond à la volonté du sultan de concilier les exigences d'une modernisation de l'État aux complexités sociales et politiques du Maroc. Ce règne s'inscrit de plus dans la perspective des rivalités impérialistes européennes qui deviennent plus pressantes encore à la suite de la Conférence de Madrid de 1880, qui préfigure le futur partage de l'Empire chérifien sur l'échiquier international. À l'instar de la Turquie, de l'Iran ou de la Chine de cette époque, le Maroc devient un homme malade selon l'expression consacrée dans les milieux colonialistes et expansionnistes européens du XIXe siècle[85].

Par le biais des concessions économiques et du système des emprunts bancaires, chacune des puissances européennes intéressées, notamment la France, l'Espagne, le Royaume-Uni puis l'Allemagne, espère préparer la voie à une conquête totale du pays. L'habileté du makhzen est de savoir tenir à distance les convoitises conjuguées de l'impérialisme européen et de jouer des rivalités entre les puissances. Mais le décès de Hassan Ier, survenu au cours d'une expédition dans le Tadla en 1894, laisse le pouvoir au très jeune Abdelaziz ben Hassan, fils d'une favorite circassienne du harem sultanien du nom de Reqiya et originaire de Constantinople[86], qui par ses intrigues et son influence favorise l'ascension du grand vizir Ahmed ben Moussa dit Bahmad[87].

Une ambassade marocaine en partance à Berlin, vers 1890 ou 1900.
Abdelaziz, sultan de 1894 à 1908.

Une véritable régence est alors exercée jusqu'en 1900 par le grand vizir Bahmad ben Moussa, issu de l'ancienne corporation des Abid al-Bukhari du Palais impérial. Le grand-vizir sait continuer intelligemment la politique pragmatique de Hassan Ier, mais sa disparition entraîne une aggravation de l'anarchie et des pressions étrangères, de même qu'une rivalité entre Moulay Abdelaziz et son frère Moulay Abdelhafid, khalifa du sultan à Marrakech, rivalité qui finit par générer une guerre de course au pouvoir. Après la victoire d'Abdelhafid sur Abdelaziz (qui est exilé sous la protection des troupes françaises qui occupent Casablanca et sa région depuis 1907), des intellectuels réformateurs influencés par la révolution des Jeunes-Turcs dans l'Empire ottoman et par la Nahda venue d'Égypte et du Levant, et dont les idées sont exprimées par le journal tangérois Lisan Al-Maghrib, tentent de soumettre au nouveau sultan un projet de Constitution chérifienne le [88]. Cependant la crise profonde des institutions du sultanat et la pression de l'impérialisme européen rendent impossible l'aboutissement du projet constitutionnel.

La faiblesse du makhzen permet en outre à un aventurier du nom de Jilali Ben Driss plus connu comme étant le rogui Bou Hmara de se faire passer pour un fils de Hassan Ier, de se faire reconnaître comme sultan dans l'ensemble du nord-est du pays et de mettre en déroute l'armée chérifienne pendant quelques années avant d'être finalement capturé et exécuté à Fès en 1909. Un autre rebelle, el-Raisuni, établit son fief dans la région des Jebalas et provoque par ses enlèvements de ressortissants américains l'intervention du président des États-Unis Theodore Roosevelt, qui menace le makhzen d'envoyer des navires de l'US Navy débarquer des troupes pour occuper Tanger[89]. La libération des otages évite une invasion américaine, dans un contexte international tendu marqué par la rivalité entre la France et l'Allemagne au sujet de l'avenir du Maroc.

Protectorat franco-espagnol (1912-1956)

Abdication du sultan Abdelhafid qui avait signé le traité de protectorat avec la France en 1912.

En 1906, la Conférence d'Algésiras place le Maroc sous contrôle international et accorde à la France des droits spéciaux[90]. Ces droits sont néanmoins contestés par l'Allemagne de Guillaume II, qui convoite l'Empire chérifien et se heurte aux appétits français : affaires marocaines de la crise de Tanger et du coup d'Agadir en 1905 et 1911 : à Tanger le Kaiser vient prononcer un discours orienté contre la France, tandis qu'à Agadir la marine impériale allemande est sur le point de débarquer des troupes, ce qui provoque l'émoi dans toute l'Europe[91].

Carte du Maroc après le Traité de Fès de 1912, l'Empire chérifien est divisé en plusieurs zones de domination, française, espagnole et internationale.

À la suite du traité conclu entre la France et le Maroc le 30 mars 1912, pour l'organisation du Protectorat français dans l'Empire chérifien, le Nord et le Río de Oro sont attribués à l'Espagne, tandis que les régions centrales avec leurs villes principales et la côte atlantique où se situent les grands ports reviennent à la France. Dans le système de protectorat, le sultan et le makhzen traditionnel sont maintenus, mais le pouvoir appartient en réalité au résident général et au haut-commissaire, qui représentent respectivement la puissance de tutelle française à Rabat et espagnole à Tétouan. La ville de Tanger constitue une zone internationale gouvernée par une commission où siègent les États-Unis et les pays européens possédant des intérêts dans l'Empire chérifien. Ce système est contesté par le mouvement national marocain à partir des années 1930, et surtout à l'issue de la Seconde Guerre mondiale. Par ailleurs, l'ensemble du territoire marocain n'est soumis aux puissances coloniales qu'à l'issue d'une longue guerre de conquête, dite pacification du Maroc, qui s'échelonne de 1907 à 1934. De 1921 à 1926 la guerre du Rif menée par Abdelkrim el-Khattabi contre l'Espagne et la France connaît un retentissement planétaire.

Immeuble de la période du protectorat français à Casablanca.

En 1943, après le débarquement des forces américaines en Afrique du Nord, Casablanca abrite une grande conférence alliée qui décide d'obtenir la reddition inconditionnelle de l'Axe Rome-Berlin-Tokyo et d'ouvrir de nouveaux fronts en Europe occidentale pour soulager l'Union soviétique de la pression militaire nazie.

Le Maroc accède officiellement à l'indépendance en 1956, après les sursauts d'une lutte de plus en plus rude entre les autorités coloniales et le mouvement national. Ce contexte de rapport de force culmine avec la déposition et l'exil du sultan Mohammed Ben Youssef par la résidence générale française en 1953, avant son retour qui met fin au cycle de violences et prépare l'indépendance du pays à travers les accords d'Aix-les-Bains en 1955[92].

Le Maroc indépendant (depuis 1956)

Le Maroc accède à son indépendance le 2 mars 1956 et se trouve confronté dès lors à de nombreux enjeux d'ordre politique, économique et social (parachèvement de l'intégrité territoriale et stabilisation de la situation intérieure). En 1961, le décès de Mohammed V, qui a été le dernier sultan de l'Empire chérifien et le premier roi du Maroc moderne (le titre de roi remplace celui de sultan en 1957), laisse le trône à son fils Hassan II qui doit relever dès lors un ensemble de défis, consolider son pouvoir et assurer la place du Maroc dans le contexte mondial de la guerre froide et de la décolonisation.

Le roi Hassan II à Marrakech en 1967.

En 1963, lors de la Guerre des Sables, le Maroc et l'Algérie nouvellement indépendante s'opposent pour le contrôle des régions des confins situées entre Figuig et Tindouf. Le pays est marqué en 1965 par les émeutes de Casablanca, et par la disparition du leader de l'opposition de gauche et chef de file du tiers-mondisme Mehdi Ben Barka (enlevé à Paris en collaboration entre le pouvoir monarchique marocain et les services secrets français), ce qui conduit à la proclamation de l’état d’exception jusqu’en 1970. Les deux ans qui suivent connaissent deux coups d’État militaires avortés — dits « de Skhirat » (1971) et « des aviateurs » (1972) —, entre lesquels la Constitution a été modifiée. En novembre 1975, l’ensemble des partis politiques joignent leurs efforts avec le souverain dans son projet de la Marche verte pour la récupération des Provinces du Sud dans l'ancien Sahara espagnol. Au fil du temps, le royaume retrouve sa stabilité politique. Durant les deux dernières décennies du XXe siècle, une succession d'années de sécheresses ainsi que le plan d'ajustement structurel imposé par le Fonds monétaire international entraînent une crise économique et sociale très profonde.

À partir des années 1990, une opération de grande envergure pour la privatisation des entreprises publiques est menée par le roi et André Azoulay, le conseiller économique de la monarchie. Le groupe français Accor a ainsi pu acquérir six hôtels de la chaîne marocaine Moussafir et la gestion du palais Jamaï de Fès. Cette opération de privatisation permet d’une part aux notables marocains proches du pouvoir de contrôler les entreprises publiques les plus en vue, et, d’autre part, aux sociétés françaises d’opérer un retour en force dans l'économie du pays. La famille royale acquiert notamment le groupe minier Monagem[93].

Un gouvernement d'alternance, dominé par la Koutla et mené par Abderrahman Youssoufi de l'USFP, est formé à la suite des élections législatives de 1997. Après le décès de Hassan II en juillet 1999, Mohammed VI accède au trône.

En 2011, douze années après le début du règne, le Maroc est touché par les remous du Printemps arabe et connaît une série de manifestations populaires. Le roi fait alors approuver une nouvelle Constitution par référendum. Les élections législatives qui s'ensuivent sont remportées par les islamistes modérés du PJD, qui forment un gouvernement de coalition avec d'autres partis politiques, mené par Abdel-Ilah Benkiran. Le PJD remporte à nouveau les élections législatives en 2016. Cette année-là, le Maroc opère un virage stratégique en direction de la Russie[94] et de la Chine[95]. En outre le royaume réintègre l'Union africaine en 2017[96], et a fait une demande d'adhésion à la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest[97].

Géographie

Le Maroc est un pays avec une grande diversité de paysages : montagnes, désert, plaines, plateaux, oasis...

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Carte topographique du pays.

Le Maroc fait partie des pays avec le plus long littoral atlantique. Sa longue côte atlantique se termine au cap Spartel, limite occidentale du détroit de Gibraltar et où débute le littoral méditerranéen. Au sud-ouest du Maroc se trouve le territoire contesté du Sahara occidental, revendiqué et contrôlé en grande partie par le Maroc. Le royaume est frontalier de l'Algérie à l'est-nord-est et au sud-est.

La capitale administrative est Rabat. Parmi les grandes villes remarquables, on trouve Casablanca, Agadir, Fès, Marrakech, Meknès, Tétouan, Tanger, Oujda, Ouarzazate et Laâyoune (au Sahara occidental).

Relief

Le Maroc est un pays méditerranéen par excellence, le botaniste français Louis Emberger en parle dans la citation suivante : « Réunissant sur son territoire toutes les formes du climat méditerranéen, le Maroc peut être considéré comme le type phylogéographique méditerranéen au sens systématique du mot. La végétation des autres pays groupés autour de la Méditerranée pourra être examinée et appréciée en fonction de celle de l’Empire Chérifien. Le Maroc, est, à lui seul, une synthèse méditerranéenne. » Louis Emberger (1934)

Montagnes

Le massif du Toubkal.

Les montagnes occupent plus des deux tiers du territoire marocain. Plusieurs sommets franchissent la barre des 4 000 m. Le djebel Toubkal, le plus haut sommet du pays, culmine à 4 167 m. Le Maroc renferme quatre principales chaînes de montagnes : le Rif au Nord, le Moyen Atlas à l'Est, le Haut Atlas et l'Anti-Atlas.

D'abord au nord du pays, les montagnes du Rif bordent la mer Méditerranée. Le plus haut sommet du Rif atteint 2 456 m et il a pour nom djebel Tidirhine. Le Rif propose des surfaces variées selon les altitudes de ses régions. De fait, dans l'ouest, nous retrouvons surtout une végétation de type épineuse (des sapins, des pins et des cèdres). Alors que dans l'Est, il y pousse des steppes arides et des maquis et encore plus à l'est, on y retrouve le chanvre, qui n'est cependant pas récolté[réf. nécessaire]. Plus loin des rivages méditerranéens et plus à l'intérieur du pays, il est possible de remarquer trois autres immenses chaînes : le Moyen Atlas, le Haut Atlas et l'Anti-Atlas, où nous retrouvons encore une fois une diversité de paysages.

Le Moyen Atlas, qui est le « château d'eau » du Maroc est séparé du Rif par les plaines arides de l'est et fertiles de l'ouest. Les deux chaines sont séparées par la fameuse trouée de Taza. Le Moyen Atlas se compose de deux parties aux paysages très différents. À l'est, on retrouve les massifs escarpés avec des sommets à plus de 3 100 m comme les djebel Bou Naceur ou Bouiblane. Ces sommets connaissent des chutes de neige importantes. Vers l'ouest, la chaîne s'adoucit pour laisser place à des reliefs plus abordables et quelques petits plateaux. La chaîne du Moyen Atlas est bordée au sud par le Haut Atlas.

C'est dans le Haut Atlas, chaîne qui ceinture le pays d'est en ouest, que le Toubkal culmine à près de 4 167 m.

Plaines

Plaine des Doukkala.

Ces plaines ont souvent de très grandes étendues, s'étirant des montagnes du Rif jusqu'au Moyen Atlas. Le bassin de Sebou (36 000 km2) se compose de bas plateaux, de cours d'eau, quelques collines et des plaines fertiles qui permettent la culture de plusieurs aliments. Dans la plaine du Gharb, on trouve des champs de betteraves sucrières, de riz, de cannes à sucre et de tabac. Cette plaine se distingue des autres par la présence de la forêt de Maâmora où on fait l'exploitation de chênes-lièges et d'eucalyptus.

De vastes plaines apparaissent aussitôt qu'on dépasse le pays de Zaïr et le plateau des phosphates. On retrouve la Chaouia, Doukkala et plus à l'est au pied du Moyen Atlas Tadla. Plus au sud, on retrouve la plaine du Haouz dans la région de Marrakech et celle du Souss qui fait le triangle entre océan, Haut Atlas et Anti-Atlas.

D'autres plaines et vallées fertiles de moindres tailles sont localisées surtout au nord : Lukos, Nekkor, Trifa, vallée des oueds Ouergha, Baht, Inaouen…

Désert

Erg Chebbi.

Dans le sud du pays, l'Erg Chebbi, est la deuxième plus vaste étendue de pierres et de sable à l'intérieur du Maroc après l'Erg Chegaga. Certaines dunes peuvent atteindre 200 m de hauteur.

Littoral

Pêcheurs marocains revenant de l'Océan.

Le littoral marocain est diversifié par sa nature car composé à la fois de la mer Méditerranée au nord et de l'océan Atlantique à l'Ouest. Comptabilisant un total de 2 390 km[réf. nécessaire] de côtes, le Maroc est le pays au plus grand littoral du continent africain : il comprend 500 km de côtes en Méditerranée et 1 890 km[réf. nécessaire] sur l'océan Atlantique. Les eaux marocaines sont réputées pour être parmi les plus poissonneuses au monde.

Climat

Le climat marocain est principalement de type méditerranéen avec aux niveaux des plaines une influence de courants atlantiques, avec une saison sèche et chaude doublée d'une saison froide et humide, la fin de la période chaude étant marquée par les pluies d'octobre.

La présence de la mer atténue les écarts de température, tempère les saisons et accroît l'humidité de l'air (400 à 1000 mm de pluies sur le littoral). Dans l'intérieur, le climat varie en fonction de l'altitude. Les étés sont chauds et secs, surtout lorsque souffle le sirocco brûlant ou le chergui, vent d'été venant du Sahara. À cette saison, les températures moyennes sont de 22 °C à 24 °C. Les hivers sont froids et pluvieux avec gel et neige. La température moyenne évolue alors de - 2 °C à 14 °C et peut descendre jusqu'à - 26 °C. Dans les régions montagneuses, les précipitations sont très importantes (plus de 2 000 mm de précipitations au Rif ou encore 1 800 mm au Moyen-Atlas). Le Maroc pré-saharien et saharien a un climat désertique sec.

Le climat au Maroc peut être divisé en sept sous-zones, déterminées par les différentes influences que subit le pays : influences océaniques, méditerranéennes, montagnardes, continentales et sahariennes.


Écosystème au Maroc

Hydrographie

Vue sur les cascades d'Ouzoud, à 150 km de Marrakech.

Le Maroc possède beaucoup de cours d'eau (fleuves et oueds) tels que :

Les grands fleuves tels que le Bouregreg, l'Oum Errabiâ, la Moulouya et le Sebou ont des débits très variables entre les saisons, et aussi d'année en année. De nombreux cours d'eau moins importants (les oueds) peuvent même être à sec une partie de l'année (ou même plusieurs années de suite dans les zones pré-désertiques). Le manque d'eau, mais aussi la grande variabilité des débits, représentent un grand problème pour le Maroc, notamment pour l'agriculture (irriguée ou non).

Faune

La diversité de la faune est en principe un véritable trésor. Parmi quelques espèces exceptionnelles, on peut citer :

L’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN) indique que « près de la moitié des espèces d’oiseaux est menacée » au Maroc[98].

Le lion de l'Atlas a disparu (exterminé) à l'état sauvage, le dernier abattu en 1943. Il en existe encore toutefois, bien que potentiellement mélangés avec des lions d'Afrique subsaharienne (environ 90 dans différents zoos du monde, dont 35 au zoo de Rabat)[99]. Des gravures récemment découvertes dans des grottes près de Ouarzazate indiquent que des crocodiles, des léopards et des éléphants vivaient dans ces lieux avant leur extinction naturelle ou leur extermination par l'homme. Les derniers spécimens vivants de crocodiles du Maroc, qui étaient localisés dans des gueltas de Tizgui Remz et de Taffagount, auraient disparu dans les années 1950[100]. Quant à l'ours de l'Atlas, jadis très présent dans les montagnes marocaines, il se serait éteint au XIXe siècle. En revanche, les oiseaux sont encore relativement très présents avec une grande diversité d'espèces, bien que l'autruche à cou rouge, par exemple, ait été totalement exterminée, ainsi au Sahara que l'Outarde houbara. Un assez grand nombre d'espèces de serpents (25 dont 17 espèces non dangereuses ; les 8 autres restantes n'attaquent jamais et sont moins répandues), et de lézards sont présentes au Maroc, dont un pourcentage important d'endémiques. Toutefois nombreuses sont les espèces menacées. Elles sont victimes de l'ignorance, de la cruauté de la population et de l'irresponsabilité en matière d'écologie.

Flore

Cédraie, région d'Ifrane.
Palmeraie de Marrakech.

Le Maroc possède une flore riche du fait de sa position stratégique. En effet, il possède deux façades maritimes totalisant plus de 3 500 km, dont 500 en mer Méditerranée. Il reçoit de ce fait les courants chargés de pluie de l'océan qui s'accumulent contre la barrière montagneuse de l'Atlas, ce qui permet de fortes précipitations à Rabat, Casablanca, Fès et la formation des neiges à Ifrane et Azrou et dans les hauts sommets de l'Atlas, pendant que le sud et l'est restent arides. Plus de 4 500 espèces configurent la flore marocaine. Les variations du climat et du relief sont des éléments fondamentaux pour expliquer une telle richesse florale. L'intérêt botanique du Maroc est intense et on citera seulement les 2 500 000 hectares de forêt qui contiennent des cèdres, des palmiers, des thuyas, des dattiers, des amandiers, des figuiers, des oliviers, des acacias, des fruitiers, des chênes verts, des chênes-lièges, des pins, l'eucalyptus, des arbousiers, l'alfa et l'endémique arganier, dont le Maroc et le seul pays au monde à disposer de cette espèce et qui est inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco. La forêt représente environ 15 % de la surface totale.

Environnement

Depuis 2009, le roi Mohammed VI s'intéresse au développement durable, notamment poussant les centrales solaires. En 2016, le pays accueille la COP 22[101]. De même, depuis février 2017, le Maroc s'est doté d'une « police de l'environnement » qui se chargera de lutter contre les infractions environnementales[102].

Organisation territoriale

Subdivisions administratives

Carte des régions du Maroc depuis le nouveau découpage régional de 2015.

Le Maroc compte douze régions ayant chacune à sa tête un wali, ainsi qu’un Conseil régional, représentatif des « forces vives » de la région. Ces régions ont le statut de collectivité locale[103]. L’article 101 de la Constitution indique : « Elles [Les collectivités locales] élisent des assemblées chargées de gérer démocratiquement leurs affaires dans les conditions déterminées par la loi. Les gouverneurs exécutent les délibérations des assemblées provinciales, préfectorales et régionales dans les conditions déterminées par la loi. »

  1. Tanger-Tetouan-Al Hoceima ;
  2. Oriental ;
  3. Fes-Meknes ;
  4. Rabat-Salé-Kénitra ;
  5. Beni Mellal-Khenifra ;
  6. Casablanca-Settat ;
  7. Marrakech-Safi ;
  8. Drâa-Tafilalet ;
  9. Souss-Massa ;
  10. Guelmim-Oued Noun ;
  11. Laâyoune-Sakia el Hamra, dont la majeure partie est au Sahara occidental ;
  12. Dakhla-Oued Ed-Dahab, dans le Sahara occidental.

Villes principales

Vue sur Casablanca, plus grande ville et capitale économique du Maroc.
Vue sur Marrakech, 1re ville touristique du royaume.
Agadir.
Vue sur la vieille Médina de Fès, capitale spirituelle du royaume.
Vue depuis Rabat, capitale administrative du royaume, sur la marina de Salé.

La capitale administrative et politique du Maroc est Rabat. La capitale économique et la plus grande ville du pays est Casablanca.
Les sept plus grandes villes du Maroc, selon le recensement général de la population 2014, sont dans l'ordre : Casablanca, Fès, Tanger, Marrakech, Salé, Meknès et Rabat.

Liste des villes ayant plus de 300 000 habitants en 2014
Ville Divers Population (2014)
Casablanca
  • Capitale économique
  • 1re métropole du Maroc et du Maghreb
  • Chef-lieu du Casablanca-Settat
3 359 818
Fès
  • Capitale spirituelle
  • Ville impériale
  • Chef-lieu du Fès-Meknès
1 112 072
Tanger 947 952
Marrakech
  • 1re ville touristique du royaume
  • Ville impériale
  • Chef-lieu du Marrakech-Safi
928 850
Salé 890 403
Meknès
  • Capitale agricole
  • Capitale ismaélienne
  • Ville impériale
  • Une ville principale de Fès-Meknès
632 079
Rabat 577 827
Oujda 494 252
Kénitra
  • 3e pôle industriel du pays
431 282
Agadir
  • Ville agricole par excellence
  • le plus grand port de pêche
  • Chef-lieu du Souss-Massa
421 844
Tétouan
  • Perle du Nord
380 787
Taounate 67 942
Témara 313 510
Safi
  • Important port d'exportation de sardines
308 508
Vue sur la médina de Meknès, la capitale ismaélienne.

Villes du Sahara occidental contrôlées par le Maroc (provinces du Sud) :

Économie

Le Maroc est la cinquième puissance économique en Afrique en étant classé onzième pays africain en nombre d'habitants et 25e en superficie. Il est certes la troisième puissance économique d'Afrique du nord, derrière l'Égypte et l'Algérie, classés respectivement troisième et huitième populations africaines et douzième et premier pays plus vastes du continent, néanmoins, le royaume chérifien devient deuxième[104] pays investisseur sur son propre continent. L'évolution de l’économie marocaine a manifesté un degré de résilience remarquable au sein de son environnement régional : le Maroc a enregistré un rythme de croissance parmi les plus élevés de la zone MENA, région ayant, relativement, bien surmonté la crise mondiale en réalisant une croissance moyenne supérieure à la zone euro, les PECO et l’Amérique latine. Ainsi, le Maroc a réalisé une croissance annuelle moyenne de 4,3 %[105] durant la période 2008-2013 contre 4 % pour la zone MENA, -0,3 % dans la zone euro, 2,3 % dans les PECO et 3,2 % dans l’Amérique latine et caraïbes. Cette performance est le résultat de la hausse de 9,2 % par an de la valeur ajoutée du secteur primaire et de la bonne tenue du secteur non agricole, grâce, notamment, aux performances du secteur tertiaire. De 2004 à 2014 le PIB marocain est passé de 56 à 107 milliards de dollars avec une inflation bien maîtrisée se situant à une moyenne annuelle de 1,8 %. Selon le ministère de l'économie le Maroc a enregistré en 2015 une inflation de 1,6 % et une croissance de 4,8 %[106] tirée par une bonne année agricole, un chiffre supérieur aux prévisions de la loi de finances 2015 qui tablait sur une croissance de 4,4 %.

Répartition de l'économie marocaine en 2014.

En 2014 la valeur ajoutée du secteur tertiaire atteint 55,8 %[107] du PIB suivie de 29,6 % pour l'industrie et 13,6 % pour l'agriculture. L'industrie manufacturière est dominée par le textile, les articles de cuir, la transformation des aliments, du raffinage de pétrole et du montage électronique. De nouveaux secteurs offrent un potentiel de croissance élevé et diminuent la dépendance du royaume à son secteur agricole : chimie, équipement automobile, informatique, électronique et industrie aéronautique.

En 2019, le Maroc « reste le pays le plus inégalitaire du nord de l’Afrique et dans la moitié la plus inégalitaire des pays de la planète, En 2018, les trois milliardaires marocains les plus riches détenaient à eux seuls 4,5 milliards de dollars, soit 44 milliards de dirhams. L’augmentation de leur fortune en un an représente autant que la consommation de 375 000 Marocains parmi les plus pauvres sur la même période », souligne un rapport de l’ONG Oxfam[108].

La Maroc progresse régulièrement au classement Doing Business — ou « indice de facilité de faire des affaires » — établit chaque année par la Banque mondiale. En 2020, il occupe la 53e place, ce qui représente un progrès de sept rangs par rapport à l'année précédente. Néanmoins, les investissements ne profitent qu'à une faible portion de la population. L’indice de développement humain (IDH) établi par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) place en 2019 le royaume à la 121e place, loin derrière l’Algérie (82e) et la Tunisie (91e). L'économiste Taïeb Aisse, conseiller du gouverneent marocain, rem«rque qu' Ii y a 10 % de citoyens en situation de pauvreté extrême, totale. C’est-à-dire qu’ils n’ont rien. Aucun revenu. C’est très dangereux[109].f »

Sources : Fonds monétaire international[110]
Indicateur 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015
Produit intérieur brut en milliards de dollars US 65,64 74,41 85,21 91,41 90,80 99,17 100,35 105,50 107 112*
Croissance du PIB (prix constants) 7,8 % 2,7 % 6,5 % 5,5 % 3,6 % 4,2 % 3,1 % 4,1 % 2,4 %[111] 4,8 %[106]
PIB par habitant en dollars US 2 151* 2 422* 2 901* 2 868 2 823* 3 044* 2 900* 3 095* 3 140* 3 275*
Taux d'inflation1 3,3 % 2,0 % 3,7 % 1,0 % 1,0 % 0,9 % 1,3 % 1,9 % 0,4 % 1,6 %[106]

(*) Donnée estimée (1) Banque mondiale

PIB par région

Twin Center, Bd. Zerktouni Casablanca.
Centre des affaires de Rabat.
Aéroport de Marrakech Menara.
Gare ONCF de Tanger ville.
Baie d'Agadir (2011).
Vue panoramique de Fès.
ville d'Ifrane en Hiver.
Kitesurf sur la lagune de Dakhla.
Ancien découpage régional
Rang Régions La part du PIB total PIB régionalisé (million de $)/équivalent
1 Grand Casablanca 18,8 % 16 709 Drapeau de Bahreïn Bahreïn
2 Souss-Massa-Drâa 12,2 % 10 843 Drapeau du Sénégal Sénégal
3 Rabat-Salé-Zemmour-Zaër 9,8 % 8 710 Drapeau du Cambodge Cambodge
4 Marrakech-Tensift-Al Haouz 8,2 % 7 288 Drapeau de la Macédoine Macédoine
5 Tanger-Tétouan 7,4 % 6 577 Drapeau du Mali Mali
6 L'Oriental 7,1 % 6 310 Drapeau de Malte Malte
7 Gharb-Chrarda-Beni Hssen 6,9 % 6 132 Drapeau d'Haïti Haïti
8 Doukkala-Abda 5,4 % 4 799 Drapeau du Nicaragua Nicaragua
9 Chaouia-Ouardigha 5,2 % 4 621 Drapeau de la Guinée Guinée
10 Drâa-Tafilalet 4,9 % 4 355 Drapeau de la Moldavie Moldavie
11 Fès-Boulemane 4,2 % 3 732 Drapeau de la Mongolie Mongolie
12 Tadla-Azilal 4,2 % 3 732 Drapeau du Tadjikistan Tadjikistan
13 Provinces du Sud 3,0 % 2 666 Drapeau de la Mauritanie Mauritanie
14 Taza-Al Hoceïma-Taounate 2,7 % 2 399 Drapeau du Togo Togo

Direction des Études et des Prévisions Financières (DEPF)[112]

Carte des nouvelles régions (depuis 2015)

Le nouveau découpage territorial marocain comporte douze régions ; le Maroc dans sa nouvelle constitution adoptée en 2011 donne une grande autonomie et responsabilité aux régions afin d'agir pour le développement économique local. L'objectif du nouveau découpage est de former des régions assez grandes en vue d'une meilleure complémentarité économique et sociale, contrairement à plusieurs pays européens qui ont eu une expérience plus avancée en organisations territoriales qui spécifient des langues locales à introduire dans l'enseignement public par régions, au Maroc deux langues officielles sont retenues (l'arabe, et l'amazigh) et qui sont enseignées dans toutes les régions. Afin de mieux organiser les départs en vacances un calendrier de vacances scolaires décalées selon les régions est en cours d'élaboration.

Les aménagements futur du territoire seront calqués sur ce découpage régional actuel à savoir les nouvelles zones d'activités économiques, les zones logistiques, les nouveaux aéroports, les nouvelles autoroutes pour relier les régions, les voies express, les lignes ferroviaires et les nouveaux ports. Mis à part les trois régions centrales qui n'ont pas accès à la mer toutes les autres régions qui n'ont pas de port commercial seront dotées chacune d'un port en eau profonde, la région 6 quant à elle, hérite de deux grands ports avec le nouveau découpage le port de Casablanca et le Port de Jorfsfar. Rabat qui n'avait pas de port dans l'ancien découpage aura à disposition le futur grand port Kénitra Atlantique, le grand port de Safi en construction sera baptisé le port de Marrakech sa capitale de région (région 7), pour les régions qui n'ont pas accès à la mer un arc d'autoroute de 900 km reliera les régions 7, 5, 3 et 1 sous forme d'une nouvelle autoroute Safi - Marrakech - BeniMellal - Fès - Tanger. La région 11 détient un grand port commercial à Laayoune, la région 12 voisine sera dotée d'un port en eau profonde (Dakhla Atlantique) ces deux régions seront reliées aux régions 9 et 10 par une voies express de 1 200 km partant de Agadir - Tiznit - Laayoune - Dakhla[113].

Nouveau découpage (depuis janvier 2015[114])
Rang Régions Part du PIB total Population PIB/Habitant (en $)/équivalent
1 Casablanca - Settat 24,5 % 6 085 000 en augmentation 4 369 Drapeau de la Tunisie Tunisie
2 Rabat-Salé-Kenitra 15,8 % 4 272 901 en augmentation 4 025 Drapeau du Paraguay Paraguay
3 Marrakech - Safi 11 % 4 108 000 en diminution 2 870 Drapeau des Philippines Philippines
4 Souss-Massa 10,5 % 2 475 143 en augmentation 4 681 Drapeau de la Jordanie Jordanie
5 Fes-Meknes 9 % 4 022 128 en diminution 2 407 Drapeau du Honduras Honduras
6 BeniMellal-khenifra 8,1 % 2 611 499 en augmentation 3 333 Drapeau de l'Eswatini Eswatini
7 Oriental-Rif 7,6 % 2 434 870 en diminution 3 127 Drapeau du Sri Lanka Sri Lanka
8 Tanger-Tétouan 7,2 % 2 830 101 en diminution 2 751 Drapeau du Vanuatu Vanuatu
9 Drâa‐Tafilalet 3,3 % 1 392 501 en diminution 2 716 Drapeau de la Bolivie Bolivie
10 Laâyoune‐Saguia al Hamra 1,4 % 364 000 en augmentation 4 993 Drapeau de la Jamaïque Jamaïque
11 Guelmim‐Oued Noun 1,2 % 428 857 en augmentation 3 210 Drapeau de l'Égypte Égypte
12 Ed Dakhla‐Oued ed Dahab 0,3 % 152 000 en diminution 2 140 Drapeau de la Moldavie Moldavie

Croissance commerciale

Accords de libre échange :
  • Maroc
  • Accord de libre échange Maroc - États Unis
  • Accord de libre échange Maroc - Union Européenne
  • Accord d'Agadir
  • Accord de libre échange Maroc - Turquie
  • Accord de libre échange Maroc - Émirats arabes unis
  • Accord de libre échange Maroc - EFTA

Le Maroc dispose d'un produit intérieur brut relativement fort au regard de la moyenne africaine. La population marocaine constitue 2,5 % du continent africain, en 2008 avec ses 85,2 milliards de dollars son produit intérieur brut contribuait à hauteur de 9 % du PIB global du continent, fin 2013 après que le baril de pétrole dépassa 100 dollars ce ratio s'est rétrécie à 5 %. Le Maroc est appelé à consolider ce point puisque malgré une croissance relativement rapide depuis l'accession au trône du souverain Mohammed VI en 1999 cette dernière demeure variable et volatile car tributaire des résultats de plusieurs facteurs internes et externes. La proximité du Maroc avec le continent européen a favorisé l'économie nationale dans la mesure où cette dernière a très largement bénéficié des nombreuses délocalisations effectuées par les entreprises européennes. Depuis le début des années 2000, le Maroc a mis en place une politique fiscale attractive en matière de délocalisation, à tel point que l'OCDE plaçait en 2008 le royaume en troisième position dans la progression des emplois créés par le secteur de l’offshoring, derrière l’Estonie et la Chine[115]. L'exemple le plus typique en la matière est celui des centres d'appel. On peut aussi évoquer l'exemple aéronautique. Longtemps repoussée au second plan sous le règne de Hassan II, la façade méditerranéenne marocaine a souvent été retardé malgré le potentiel immense qu'offre cette route maritime, preuve de l'incompétence des anciens responsables du secteur maritime marocain avant les deux dernières décennies ces derniers voulaient ériger le nouveau port tangérois sur la côte atlantique[116]. Replacé sur la route majeure du trafic de conteneurs, la construction du port de Tanger Med a constitué un tournant majeur pour le transport maritime marocain. Lancé en 2004 à 22 km à l'est de l'ancien port de Tanger ville sur la côte méditerranéenne à 15 km des côtes sud espagnoles le nouveau port tangerois est inauguré en 2007[117]. En 2014 ce complexe portuaire a pu totaliser le traitement de 3 millions[118] de conteneurs, deux autres tranches Tanger Med 2 et Tanger Med 3 sont prévues afin d'atteindre une capacité maximale de 8,5 millions de conteneurs ce qui ferait de lui le plus grand port africain en matière de transport de marchandises. La construction de Tanger Med 2 a été confiée en 2009[119] au groupe Bouygues le même concepteur de Tanger Med 1 qui a prouvé son efficience, l'infrastructure portuaire est à présent terminée depuis janvier 2015 et livré au gestionnaires des terminaux pour finaliser les équipements portuaires. La zone franche adjacente accueille entre autres la nouvelle usine Renault depuis 2012.

Le Maroc est par ailleurs le troisième producteur mondial de phosphates avec ses 26,40 millions de tonnes produites en 2013 soit 12 % du total de la production mondiale estimée à 220 millions de tonnes derrière la Chine le premier producteur mondial (100 millions de tonnes) et les États-Unis (27,10 millions de tonnes), le phosphate étant une ressource minière nécessaire à la fabrication d'engrais et dont les cours avaient fortement augmentés avant la crise mondiale de 2008 pour atteindre 400 dollars la tonne quand cette ressource constituait presque 5 % du PIB marocain. Le phosphate a déjà baissé de plus de 60 % et intervient pour moins de 3,5 % du PIB face à la montée en puissance de la production chinoise assurant leur autosuffisance et au dumping de l'Arabie Saoudite détenteur de gisements quasiment en surface et qui a raflé une bonne partie des marché d'Asie et d'Afrique de l'est. La baisse du prix du phosphate est donnée comme irréversible pour atteindre 75 dollars la tonne en 2025[120] cependant, cela semble ne pas être en mesure de provoquer de maladie hollandaise au Maroc à l’instar des autres pays mono exportateurs africains qui s’appuient sur un PIB issue à 90 % d'une seule richesse minière. À la suite du dumping de l'Arabie Saoudite beaucoup de mines de phosphates à travers le monde notamment au Sénégal, en Tunisie, Jordanie et en Égypte sont redevenues déficitaires, et les mines marocaines naturellement moins rentables que par le passé. Située près du gisement d'Ouled Abdoun dans la province de Khouribga, à 120 km au sud est de Casablanca, est ainsi le premier centre minier de phosphate au monde, le phosphate extrait est exporté à travers les ports de Casablanca et de Jorf Lasfar, un nouveau port construit en 1982 à proximité d'El Jadida le transfert vers Jorf Lasfar est assuré par convoies ferroviaires. Deux autres sites phosphatiers sont exploités au nord de Marrakech à Ben Guerir (Gantour) et à Chichaoua (Meskala) et leurs produits transportés par train vers le port de Safi. L'Office chérifien des phosphates, quant à elle, est la première entreprise publique du pays, en 2014 les exportations de phosphates sont détrônées par le secteur agricole et l'industrie automobile[121]. Une partie des réserves se trouve à Bocraa au Sahara elle est mise en production par Phosbocraa une filiale de l'OCP, une activité que le front Polisario caractérise de pillage de richesses et que le groupe OCP rétorque affirmant que cette mine a toujours été déficitaire depuis 1976 jusqu'à 2008[122]. Selon l'OCP les sites de Meskala et Bocraa ont constamment été déficitaires et vivaient aux dépens des mines de Khouribga et de Ben Guerir, en conséquence la mine de Skala est fermée temporairement à l'heure actuelle par contre le site de Bocraa continue son activité afin de pérenniser les trois mille emplois de cette filiale, le phosphate produit est acheminé par bande transporteuse sur 150 km jusqu'au port de Layoune. Étant donné la volatilité des prix du phosphate, l'OCP a mis en place en 2014 un minéroduc entre Khouribga et le port de Jorf Lasfar et projette d'ériger un deuxième pipeline également entre Ben Guerir et le port de Safi afin de minimiser les coûts de transport. L'OCP souhaite ainsi rester compétitif face aux groupes asiatiques qui commencent à acheter les compagnies africaines déficitaires[123] afin de produire du phosphate pour garantir leur future auto-suffisance alimentaire.

Malgré les récentes contre-performances consécutives à la crise financière de 2008, la bourse des valeurs de Casablanca consolida temporairement son statut de deuxième place boursière africaine, derrière celle de Johannesbourg et devant celle du Caire avant que le printemps arabe n'affecte négativement les deux places financières nord africaines qui restent au coude à coude tout en étant devancées par l'émergence de la bourse de Lagos.

Marché de l'emploi

Emploi par secteur de l'économie en 2014.

Le Maroc n'ayant jamais été affecté par un système à économie dirigée, beaucoup d'habitants des régions rurales ont constitué des entreprises familiales dans le domaine de la pêche et de l'agriculture de telle manière à assurer une autonomie alimentaire et exporter les surplus de la production. À la suite de sécheresses importantes survenues à partir des années 1980 les populations rurales migrent en masse vers les villes et provoquent plusieurs crises induites entraînant le développement de bidonvilles, du chômage et de l'insécurité, la réponse des autorités furent certes relativement tardives mais cela a permis de stopper l’hémorragie: le roi Hassan II sort dans un de ses célèbres discours avec une promesse d'irriguer un million d'hectares à l'horizon de l'an 2000. Un programme de construction de barrages est lancé, des canalisations d'eau sont érigées, des milliers d'écoles rurales construites et les crédits bancaires furent facilitées pour les agriculteurs, cependant, le manque de développements routiers constituait encore un grand fardeau dans les zones rurales marocaines, l'exode rurale continue et augmente le taux de chômage en ville.

Le taux de chômage au Maroc comme dans tous les autres pays d'Afrique du nord est assez approximatif, il varie entre 9 et 10 % selon les chiffres officiels (HCP, ministère du Travail) mais quelques organisations marocaines non gouvernementales tablent sur des chiffres plus élevés, dernièrement le gouvernement a mis en place une allocation pour perte d'emploi et se penche sur l'éventualité de créer une allocation pour les nouveaux diplômés. Comme tous les pays du tier-monde l’économie informelle est toujours présente au Maroc dans plusieurs secteurs et empêche des centaines de milliers de travailleurs d’avoir accès à la couverture sociale. Durant la dernière décennie les autorités ont lancé un programme de couverture sociale et d'assurance maladie obligatoires pour les petits artisans et les différents secteurs d'activité. À fin 2014 la CNSS couvre 3 millions d’affiliés[124] sur une population active de 12 millions, malgré les différentes incitations gouvernementales la croissance moyenne de la couverture sociale tourne autour de 7 % par an depuis 2009, les mentalités des couches marocaines aisées sont souvent d'une tendance libérale relativement semblables à la société américaine, l'ironie du sort est qu'une grande partie des non inscrits à la CNSS sont les indépendants qui bénéficient d'un revenu assez confortable, des médecins, des architectes, et d'autres cadres qui ne souhaitent pas cotiser et exprimer leur devoir de solidarité avec les autres couches sociales. Concernant l'Assurance Maladie Obligatoire gérée elle aussi par la CNSS le nombre d'employés couvert atteint 4,9 millions. Pour les demandeurs d'emploi, les indépendants dans des secteurs précaires l'État marocain a développé un programme baptisé Régime d'assistance médicale (RAMED) qui englobe 9 millions[125] de bénéficiaires à bas revenus en plus de 288 000 étudiants et de 20 000 immigrants soit 64 % de la population totale couverte. L'objectif à court terme est d'atteindre un taux de 95 %[126] de la population où un projet de loi est adopté en ce sens. Afin d'anticiper les déficits de la caisse des retraites une loi a été adoptée afin de passer l'âge de la retraite de 60 à 63 ans et de relever le minimum des pensions de retraites à 1 500 dirhams par mois à partir de 2018[126], 1 500 dirhams (160 $) pourrait sembler dérisoire comparé aux retraites appliquées dans les pays membre de l'OCDE cependant, cette allocation correspond aux SMICs des autres pays d'Afrique du nord et au double de la moyenne des SMICs des pays d'Afrique subsaharienne.

La situation de l’emploi a souffert pendant les années 1970-80 d’événements internes et externes bouleversants : l’augmentation des naissances des familles marocaines, les chocs pétroliers, la baisse de la parité du dirham, le plan d’ajustement structurel… tous ont touché les équilibres financiers de l’État et entraîné la baisse des dépenses d’investissement et de promotion de l’emploi. Les émeutes sociales des années 1981, 1984 et 1990 s'inscrivaient dans cette logique d'ensemble.

L’Europe occidentale avec ses besoins énormes en main d'œuvre pour la reconstruction après la seconde guerre mondiale et les trente glorieuses a beaucoup fait appel à des vagues successives de travailleurs issus du Maghreb et de l'Europe du Sud, les populations berbères marocaines et algériennes persécutées par les années de plomb sous les pouvoirs autoritaires de Hassan II et de Boumédiène constituèrent les premières vagues d'émigration. Le Maroc depuis l'indépendance n'a jamais été gouverné par un parti unique, son modèle politique est caractérisé par son multipartisme et son aspect libéral, une seule fois un parti socialiste a pu arriver au pouvoir, il en résulte que la plus grande partie des réformes ont été conduites par des gouvernements libéraux moins protecteurs des acquis sociaux excepté dans le secteur public. Le salaire minimal (SMIG) au Maroc est de 3 000 Dirhams (300 $) dans le secteur public, le gouvernement s'appétait à appliquer le même minimum salarial au privé avant que les organisations patronales s'y opposent fermement, un accord a été trouvé sur une augmentation de 10 % effective des salaires pour atteindre un SMIG de 2567 Dirhams (265 $). Il s'ensuit que, bien que le royaume chérifien ne détienne aucune richesse minière de valeur, le SMIG appliqué au Maroc est de loin plus élevé que l'ensemble des pays du contient africain y compris au sein des quatre puissances économiques africaines riches en ressources minières et énergétiques:

Pays Salaire minimum interprofessionnel garanti
Drapeau du Maroc Maroc 265 $
Drapeau d'Afrique du Sud Afrique du Sud 175 $
Drapeau de l'Algérie Algérie 165 $
Drapeau de l'Égypte Égypte 155 $
Drapeau du Nigeria Nigeria 90 $

Les SMIG au sein des 5 premiers PIB africains (Source : ILO.org)

Comme il existe plusieurs partis politiques marocains il existe presque autant de syndicats qui leur sont fidèles. Pendant les années 1970 de grandes luttes ouvrières eurent lieu, à la suite desquelles le roi Hassan II eut recours à l'armée[127] pour faire conduire les trains et les bus publics. Depuis lors, la plus grande partie des transports a été privatisée, maiscela n'a pas empêché le premier ministre Abdelilah Benkirane de faire appel à l'armée pour assurer un service minimum dans le transport ferroviaire durant la journée de grève générale du 24 février 2016[127], une grève organisée par les syndicats contre le projet de réforme des retraites[128] en cours.

Pendant longtemps les différents gouvernements successifs marocains embauchaient d'office une grande partie des jeunes diplômés dans les administrations ou les entreprises publiques par clientélisme voire par corruption, cela engendrait des entreprises publiques riches en salariés très pauvres en productivité, après de vastes programmes de privatisations partielles ou totales d'entreprises publiques les derniers gouvernements ont supprimé les recrutements automatiques de diplômés chômeurs, les postes à pourvoir sont accessibles selon les besoins et par un concours, aussi de grands plans de départs volontaires ont eu lieu. Grâce à ces réformes aujourd'hui à l'échelle continentale les entreprises marocaines sont largement en tête en matière de compétitivité, seuls le Kenya a été capable de mener des réformes aussi audacieuses et réussies. La baisse des recrutements dans la fonction publique engendra des manifestations énormes de jeunes diplômés devant le parlement séparés par les forces publiques parfois de façon répressive. Si le gouvernement actuel semble manquer de compétences dans la gestion de ce dossier, M. Seddiki le ministre du travail de ce même gouvernement, un ministre issu du parti communiste marocain (PPS) a affirmé dans une de ses interviews qu'il étudiait la possibilité d'indemniser les jeunes diplômés sans emploi six mois afin qu'ils préparent leur période de transition entre leur bourse d'études et leur premier emploi, annonce à ce jour non suivie d'effet.

Depuis l’alternance politique en 1997, l’économie marocaine s’est ouverte progressivement avec le démantèlement des droits de douanes, les privatisations, la réforme du secteur bancaire, la réforme du code de travail, la création de zones industrielles, la promotion fiscale, les grands chantiers, dynamisant ainsi quelque peu le marché de l’emploi. Depuis le début du millénaire, la situation de l’emploi a connu une nette amélioration par rapport aux années 1990, mais l’offre n’arrive pas à couvrir toutes les catégories, et ne touche pas certaines régions pauvres et enclavées du royaume.

La mise en place récente des agences nationales pour la promotion de l’emploi et des compétences (ANAPEC) ainsi que l’instauration d’une assurance maladie obligatoire (AMO) couvrant les affiliés de la CNSS et leurs familles, démontre une prise en compte et une sensibilité améliorée aux sujets sociaux.

Début 2014 le taux de chômage au Maroc grimpe à 10,2 %[129] avant de repasser légèrement sous la barre de 10 % en 2015[130]. Le taux de chômage des jeunes serait de 42,8 % en 2017. Environ 80 % des emplois sont informels et les écarts de revenus très élevés[131].

Depuis les années 1970, les autorités ont fait le choix de tout miser sur l’économie de marché et sur le secteur privé, largement subventionné par l’État, avec l’idée qu’il allait s’autonomiser et devenir le principal investisseur. Cette politique a pourtant abouti à un échec patent. Outre qu’il investit faiblement, le privé ne salarie que 10 % de la population active. D'autre part, au sein de ces 12 millions de personnes actives, 2 millions sont recensées comme telles, mais ne sont pas rémunérées, costituant la catégorie dite des « travailleurs fantômes ». Figurent notamment dans cette catégorie les ouvriers agricoles employés au sein de l’exploitation familiale ou les jeunes travaillant dans l’artisanat[109].

Secteur tertiaire

Bancassurance

Malgré la faible population du Maroc, son marché d'assurance s'est hissé en 2014[132] à la deuxième place à l'échelle continentale et au 45e rang mondial en gagnant deux places par rapport à l'année 2013. Sur ce secteur comme sur le secteur bancaire depuis ces dernières années les groupes marocains et les sud africains sont les seuls acteurs actifs sur la scène africaine. Quatre groupes d'assurances marocains sont partis à la conquête de l'Afrique pour atteindre la moitié des pays du continent : Wafa Assurances, RMA, Atlanta et Saham qui a été le plus agressif dans sa prolifération, ayant été convoité par le géant mondial Axa[133], Saham a préféré s'associer à un groupe d'assurances sud africain (Sanlam) en lui cédant 30 %[134] de ses actions. L'accord s'inscrit dans un cadre gagnant gagnant qui permettra à Saham de s'appuyer sur son associé sud africain Sanlam afin d'étoffer son marché qui comprenait 20 implantations africaines en s'introduisant dans les pays d'Afrique de l'est et d'Afrique australe, en échange le groupe sud africain, grâce à cette même participation, intégrera le juteux marché de l'assurance des pays de la zone MENA[135] en se basant sur son partenaire marocain déjà présent au Moyen-Orient. Étant donné l'immense potentiel du marché saoudien de l'assurance automobile où jusqu'à très récemment les femmes furent interdite de conduire et où l'assurance de véhicules ne fut pas obligatoire, l'assureur sud africain Sanlam frappe un grand coup en s'associant à Saham. D'autre part, le géant mondial de l'assurance Axa réalise de bonnes performances sur le marché marocain, il décrocha en 2014 une licence au sein du hub financier Casablanca Finance City (CFC) afin de centrer ses activités africaines au CFC.

Le secteur bancaire marocain est le fruit d'une politique libérale qui a fait ses preuves face à des modèles à économie dirigée, alors que même en Europe occidentale il existe plusieurs banques détenues totalement ou partiellement par des États, il existe plusieurs grandes banques marocaines toutes privées[136]. À fin 2015 il existe 29 banques accréditées[137] auprès de la banque centrale marocaine dont 11 banques régionales et 18 banques opérant à l'échelle nationale. Les banques régionales marocaines ont pour objectif de participer au développement inclusif des régions grâce au financement des projets de proximité, elles sont en ce sens un complément au crédit agricole marocain et à Al Barid Bank qui sont relativement axés sur l'accompagnement des couches sociales les plus modestes respectivement en milieu rural et urbain.

Parts de marché des banques marocaines en 2012.

La fusion de deux banques privées Wafa Bank et Attijari Bank en 2003 a donné naissance à un grand groupe bancaire marocain baptisé Attijariwafa Bank (AWB) qui a pu avoir les moyens de partir à la conquête du continent, pendant ces dix dernières années ce dernier a été rejoint par les deux banques marocaines Banque populaire (BP) et BMCE Bank[138]. Depuis 2012 sur les 29 banques accréditées les trois dernières banques constituent deux tiers de parts de marché au Maroc, elles sont également présentes en Afrique où elles représentent un précieux atout dans le financement des petites et moyennes entreprises africaines notamment avec des produits adaptés à des populations locales semblables aux régions marocaines, le modèle des microcrédits aux petits agriculteurs au Maroc a été transféré avec succès aux pays sub sahariens, pour les mêmes raisons depuis longtemps les banques marocaines éditaient des cartes de crédit prépayées à leurs clients afin de limiter les incidents bancaires et les pénalités, aussi les guichets des banques marocaines permettent-ils des transferts d'argent des expatriées avec des frais réduits à partir de leurs agences situées en Europe vers leurs propres agences ouvertes aussi bien en Afrique du nord qu'en Afrique subsaharienne, depuis 2006 les banques marocaines ont ouvert plus d'agences en zone UEMOA que l'ensemble des autres groupes bancaires locaux[139].

Casablanca Finance City

Casablanca Finance City (CFC) est une plateforme financière régionale marocaine lancée en 2010 et qui ambitionne de nouer des partenariats avec les principales places financières mondiales afin d'ouvrir les flux financiers vers le continent africain. L'objectif fixé dès le début de ce projet fut d’atteindre un background de 100 groupes mondiaux qui souhaiteraient investir en Afrique et profiter de la croissance du ce continent. En pleine crise financière mondiale, le départ fut poussif le bouclage des entreprises certifiées CFC a certes mis plus de temps que prévu, néanmoins, à fin 2015 Casablanca Finance City réussit à attirer 101 groupes[140] financiers différents. En mars 2015, CFC s'est classée 42e place financière mondiale selon le GFCI (en), gagnant 20 places en un an et prenant la seconde place continentale, derrière Johannesburg, un an plus tard le selon le même indice la place financière de Casablanca détrône son homologue sud africaine[141] et se hisse au premier rang africain et à la 33e place mondiale[142]. Le 15 mars 2016 Bank of China s'installe au CFC pour accompagner le développement des entreprises chinoises sur le continent africain[143], l'arrivée de Bank Of China arrive à peine après un an de l'installation de la première banque chinoise Exim Bank Of China au Maroc, Exim Bank ambitionne de couvrir 26 pays africains à partir du Maroc[144].

Monétique, billets de banque, biométrie

À fin 2014 le Maroc compte onze millions de cartes bancaires en circulation, au sein d'un contient où le taux de bancarisation reste encore en dessous de 10 % de la population le Maroc est leader à l'échelle continentale avec un taux de 64 % de bancarisation suivi de l'Afrique du Sud avec 52 %, un pays qui souffre encore des séquelles de l'Apartheid envers sa majorité noir. Alors que la majeure partie des pays du continent noir n'ont pas encore usage des cartes bancaires 3D secure, les premières banques marocaines ont commencé cette technologie depuis plusieurs années et la Banque Nationale a sommé les banques restantes à passer obligatoirement à cette technique de sécurité à partir de fin 2013 afin de promouvoir le commerce électronique. Néanmoins, la technologie NFC commence à peine à faire son apparition[145]. Les cartes et les systèmes sécurisés de paiement sont assurés par trois entreprises marocaines de pointes (HPS, M2M group et S2M) qui opèrent dans plusieurs pays à travers le monde, l'adoption du système sécurisé de cartes bancaires à puces dès le départ a conféré une assez large avance aux sociétés monétiques marocaines face à leur rivales sud africaines qui utilisaient des cartes bancaires magnétiques. Les spécialistes monétiques M2M et HPS sont leader à l’échelle du continent à ce jour sans concurrent direct[146], HPS part avec une longueur d'avance grâce à sa solution HPS Powercard que le cabinet Gartner classe depuis 2008 dans le top 5 mondial des meilleures solutions de paiement électronique[147]. En 2008 HPS voulait s'offrir 100 %[148] de sa rivale S2M une tentative d'achat non fructueuse[149] en plein tourbillon de la crise mondiale. En 2011 la banque française Crédit agricole sélectionne la solution PowerCard de HPS pour sa filiale CEDICAM[150], en 2015 HPS est présent dans 85 pays sur les 5 continents et compte parmi ses clients quelques-unes des 100 plus grandes institutions financières à travers le monde, son dernier grand client en date est la banque sud africaine FNB Bank[151]. S2M après l'avortement de son rachat, le groupe s'est introduit en bourse et continue à voler de ses propres ailes, il est présent aujourd'hui sur 35 pays dont 20 pays africains, au Maroc il est émetteur de 70 % de cartes bancaires en circulation, en Afrique subsaharienne où les distributeurs automatiques de billets sont encore rares S2M y implante des solutions de M-Banking. Malgré l'impact du contexte de crise au sein de trois pays où S2M est présent à savoir la Syrie, la Libye et l'Iran (à cause des sanctions), S2M a relativement bien consolidé son chiffre d'affaires, afin de minimiser les risques d'investissement notamment à cause de la loi 49/51, le groupe monétique S2M a préféré sélectionner un intégrateur local (CACM) pour le marché algérien[152]. Le 9 décembre 2015 S2M emet la première carte bancaire NFC au Maroc en faveur de AttijariWafa Bank[153]. M2M Group mis à part la gestion des solutions de paiement de la plus grande institution émettrice de cartes bancaires en Algérie à savoir Algérie poste, ce dernier est plus présent sur le segment de la biométrie, des documents officiels sécurisés et des titres de transport. M2M, après avoir déployé avec succès sa solution MX de cartes multiservices sans contacts aux 100 000 étudiants du campus de Dakar[154], ce dernier groupe a décroché un contrat pour équiper les quinze universités marocaines de ce même système leur permettant de recevoir leurs allocation d'études sur leurs cartes, d'emprunter des livres, retirer de l'argent, régler les photocopies, le restaurant universitaire, accéder aux espaces protégés, etc. Grâce à la dernière génération de sa solution MX Payment de transactions électroniques sécurisées M2M Group a accompagné la fusion de deux Banques mauriciennes MPCB et NCB[155], la nouvelle plateforme implémentée est opérationnelle depuis janvier 2016. Le Maroc est actuellement parmi les pays leaders à l'échelle continentale en matière de biométrie, toutes les cartes d'identité et documents de voyages sont biométriques ainsi que les cartes grises et permis de conduire.

Concernant les titres bancaires, depuis 1987 le royaume chérifien inaugura son propre hôtel des monnaies baptisé Dar As-Sikkah et fabrique sa propre monnaie et ses propres billets de banque ainsi que les billets de banque de plusieurs autres pays, il convient de rappeler à titre d'exemple qu'à à peine quelques mois avant les printemps arabes les billets de banque syriens furent imprimés à Dar As-Sikkah au Maroc, en effet l'Iran l'allié majeure de la Syrie en zone MENA ne disposant pas de matériel à la pointe à cause de l'embargo occidental. Le 25 novembre 2014 la Banque centrale du Maroc conclut avec le groupe américain Crane Currency, un partenariat stratégique dans la fabrication des billets de banque pour le marché international. Si cette alliance sera bénéfique pour le fabricant mondial de produits fiduciaires depuis plus de 200 ans, en lui permettant « de soutenir l’expansion de son activité fiduciaire à l’échelle mondiale », elle l’est surtout pour Dar As-Sikkah qui profitera désormais des commandes de Crane Currency via les contrats que ce dernier passera pour chacun des projets de fabrication de billets au profit des clients à l’international. À noter, que le groupe américain dispose d’un réseau de plus de 50 banques centrales qui lui ont fait confiance pour la conception et la fabrication de leurs billets de banque nationaux. Du pain béni donc pour Dar As-Sikkah. « Le partenariat stratégique entre Bank Al Maghrib et le Groupe Crane vise à se positionner, ensemble, sur le marché international, pour réaliser des projets de fabrication de billets au profit de différents clients potentiels, se trouvant sur tous les continents, avec une préférence naturelle pour le marché africain », explique une source officielle à Bank Al Maghrib.

Grande distribution

Le Maroc de par sa démographie constitue un petit marché comparé aux pays du continent africain, l'ensemble du commerce intérieur y est inférieur à 10 milliards de dollars soit environ 10 % du PIB, le commerce emploie 13 %[156] de la population. La grande distribution est apparue au Maroc à partir du début des années 1990, depuis, la croissance moyenne annuelle des GMS durant les cinq dernières années est de 15 % et de 600 % de 2002 à 2012 où le secteur représente 2,5 milliards de dollars pour un nombre de 250 GMSs correspondant en majeure partie aux chiffres des hypermarchés et supermarchés des groupes Inna, SNI et Hyper SA, les statistiques du hard discounter turc qui détient à lui seul 258 points de vente ne figurent pas dans ces chiffres car ses supérettes sont généralement inférieures à 1 000 m2 et ne peuvent donc être qualifiées de moyenne surface. Le groupe Inna ne possède pas de formule supermarché, il exploite 13 hypermarchés sous l’appellation commerciale Aswak Assalam de 5 000 m2 de surface moyenne, les groupes SNI et Hyper SA exploitent des points de vente sous forme de supermarchés de 2 000 m2 à 3 000 m2 de surfaces moyennes et des hypermarchés de surfaces plus grandes.

En 2012 les parts de marchés des différents acteurs sont comme suit :

  • Groupe SNI (37 hypermarchés Marjane / 12 Electroplanet / 36 supermarchés Acima) : 65 % ;
  • Groupe Hyper SA (6 hypermarchés Carrefour / 12 hypermarchés Atacadao / 41 supermarchés Labelvie) : 28 % ;
  • Groupe Inna (13 hypermarchés Aswak Salam) : 7 %.

Ces chiffres correspondent à 2012 quand le groupe hard discounter turc BIM détenait 200 points de vente et réalisait 70 millions de dollars, BIM envisage d'ouvrir 1 000 supérettes d'ici 2020. Cependant, malgré la prolifération rapide des points de vente du hard discounter BIM le marché de la grande distribution est toujours largement dominé par les holdings SNI et Hyper SA avec 260 000 m2 et 152 000 m2 de surface de vente et respectivement 13 milliards de dirhams (1,30 milliard de dollars) et 6 milliards de dirhams (600 millions de dollars) de chiffres d'affaires réalisés en 2014.

À la fin 2012 le Maroc dispose de cinq malls composés de 4 000 points de vente issus de 584 franchises différentes dont, parmi les plus connues, Galeries Lafayette et la Fnac. En 2008 le ministère du commerce a conçu un plan baptisé « Rawaj » en vue de moderniser le commerce intérieur grâce à l'élaboration de 15 nouveaux malls, 50 hypermarchés et 600 supermarchés en 2020, l'objectif est de générer 106 000 emplois et de porter la part du commerce de 10 à 15 % du PIB en 2020[156].

Marjane et Labelvie avaient annoncé à leur tour qu'ils s’apprêtent à s'installer dans cinq pays africains. Afin de préparer son entrée en Côte d'Ivoire, Labelvie se retrouve en compétition avec son partenaire Carrefour sur le sol marocain, Labelvie prend une participation dans le géant de la distribution en Côte d'Ivoire[157] on ignore si les deux groupes vont s'associer pour attaquer ensemble le marché de la CEDEAO, comprenant le Nigeria. Outre l'alimentaire, les grandes surfaces spécialisées sont encore moins développées au Maroc, les plus répandues sont actives dans le prêt-à-porter ou les matériaux comme Bricoma (12 magasins), Mr Bricolage (4 magasins), Décathlon (4 magasins), etc.

Concernant les meubles l'activité au Maroc recèle tout un art de vivre avec une compétition constante en zone MENA entre les produits types salons marocains et salons turcs les deux anciens empires du monde musulman d'autant plus que ces deux derniers pays sont soumis à un accord de libre échange commercial. Autrefois concentré dans les zones spéciales réservées aux artisans des villes impériales, le secteur de la construction des meubles constituait une activité ancestrale au Maroc, depuis environ un demi-siècle ce secteur s'est enrichi grâce à deux groupes marocains qui prospèrent dans ce domaine : Richbond[158] et Dolidol[159] qui réalisent de bons résultats en interne et à l'export. Plus tard Kitea (22 magasins) est venu agrandir l'offre avec des meubles modernes, Le groupe Kitea a commencé depuis 20 ans avant qu'il soit rejoint par un autre groupe marocain Mobilia qui totalise 23 points[160] de vente puis par le géant turc Istikbal avec dix magasins et le français Atlas avec cinq magasins, le groupe suédois Ikea a construit un premier hypermarché de meubles et projette d'ouvrir à terme cinq points de vente[161]. Affecté par la rude concurrence sur le marché marocain, Kitea s'est associé avec le groupe belge Casa à qui il a rebaptisé ses petits magasins au nom de la marque belge, Kitea s'est aussi installé dans sept autres pays d'Afrique (Angola, Burkina, Guinée, RDC, Centrafrique et Congo).

Côté culture il existe un seul magasin FNAC au Morocco Mall de Casablanca, cependant, alors que Virgin Megastore ferme son activité en France cette dernière enseigne disposait quatre magasins[162] au Maroc et prévoit d'en ouvrir quatre autres. L'enseigne Megarama a ouvert trois complexe cinématographiques à Fez, Marrakech et Casablanca et a mis en chantier trois autres à Agadir, Rabat et Tanger, la date d'ouverture du Megarama de Tanger est programmée pour mars 2016 simultanément avec l'inauguration du Mall Tanger City Center[163].

Cafés restaurants

Le secteur des enseignes de cafés modernes et de restauration rapide est relativement récent au Maroc et constitue un grand potentiel mais se confronte à la difficulté de trouver du foncier pour une expansion rapide, McDonald's qui détient une relative grande force de frappe a pu décrocher beaucoup d'emplacements privilégiés sur des corniches avec vue sur mer, actuellement la chaîne américaine totalise 35 restaurants et un premier McCafé inauguré en 2014 à la Gare de Casa-Port, l'enseigne de restauration rapide américaine se voit en compétition avec la belge Quick comme nouvel arrivant et le groupe Burger King qui comprend cinq restaurants. À défaut d'avoir les mêmes moyens que son concurrent pour une prolifération rapide, Burger King a réussi à trouver un partenariat avec le groupe pétrolier Shell[164] afin d'équiper ses aires de repos autoroutières de points de restauration estampillées Burger King. Une autre manière d’accélérer l'expansion des enseignes de restauration est le système des aires de restauration qui est relativement nouveau au Maroc, les aires de restauration sont disponibles dans les premiers centres commerciaux ouverts ainsi qu'au sein de l'aéroport de Casablanca. L'enseigne franco-belge Quick inaugura son premier restaurant à Rabat le 11 février 2016[165] deux autres restaurants en travaux seront livrés à Marrakech et Casablanca courant du premier semestre 2016, Quick projette d'atteindre 15 restaurants au Maroc dans les cinq ans à venir[165]. Pizza Hut et KFC sont présents avec respectivement 35 et 12 restaurants, Pomme de Pain sept points de vente, l'enseigne bretonne Brioche dorée trois restaurants, Paul, présent dans 35 pays différents détient sept boulangeries actuellement au Maroc parmi lesquelles sa boulangerie casablancaise de la villa Zévaco réalise le cinquième plus grand chiffre d'affaires[166] à l'échelle mondiale ces dernières années. La prestigieuse marque de boulangerie française a implanté son site de production à Mohammadia et expérimente des produits adaptés aux habitudes alimentaires locales, elle ambitionne de décrocher des partenariats avec l'ONCF et l'ONDA pour servir les passagers des gares et des aéroports marocains.

À côté des ténors de la restauration rapide plusieurs enseignes de cafés modernes ont fait leur apparition au Maroc et il est difficile de leur assurer une expansion aussi rapide que la restauration moderne dans la mesure où la consommation du thé au Maroc est toute une institution notamment du fait que ce pays maghrébin n'a pas été colonisé par l'empire ottoman, l'empire qui a propagé la consommation du café dans toutes ses anciennes colonies et à travers ses exportations vers l'Europe continentale. Généralement la consommation du café est largement inférieur à la consommation du thé au Maroc, cependant, cela n'a pas empêché plusieurs enseignes internationales de s’installer au royaume chérifien à commencer par le numéro un mondial Starbucks qui démarre avec six cafés, du britannique et numéro deux mondial Costa Coffee, de l'enseigne française Columbus Café, et des deux marques prestigieuses l'émirati Rotana Cafe et l'allemand Cafe extrablatt (de) qui ont mis un grand accent sur la qualité de leurs décors qui sont aussi originaux que somptueux. Il n'existe pas à ce jour de grande enseigne de café marocaine néanmoins, dans un pays où il fait souvent plus de 30 degrés à l'ombre un glacier marocain, Venezia Ice, a le vent en poupe ces dernières années il détient 13 glaceries dans plusieurs villes différentes, il est confronté à plusieurs enseignes européennes dont le dernier arrivant étant la marque française Amorino qui projette d'ouvrir 10 points de vente[167] en cinq ans.

Commerce en ligne

Le secteur du commerce en ligne est comparativement assez en retard en Afrique en général et assez récent au Maroc en particulier, à l'échelle continentale sans doute plusieurs facteurs entraveraient ce mode de consommation à savoir la sécurité informatique, le taux de bancarisation, l'émergence des couches moyennes, etc. Au Maroc le commerce électronique serait certes affecté par la qualité de la logistique cependant, ce secteur connait une croissance rapide ces dernières années, la Fédération Nationale du E-commerce au Maroc (FNEM) comptabilise à ce jour 500 sites de commerce électronique. Les premiers sites à voir le jour furent des sites de vente de produits high tech à l'instar de Microchoix.ma, supercou.ma, suivis de sites de ventes de différentes marchandises allant de produits frais avec epicerie.ma, de discounter comme Jumia.ma jusqu'au prêt à porter comme Laredoute.ma.

Les commerçants et e-marchands affiliés au Centre Monétique Interbancaire CMI ont enregistré 32,8 millions d'opérations de paiement, par cartes bancaires marocaines et étrangères durant l'année 2015, pour un montant global de 22,9 milliards de dirhams (MMDH), soit une progression de +17,1 % en nombre et +9,6 % en montant par rapport à 2014, selon le Centre Monétique Interbancaire (CMI). Cependant, une grande partie de ces transactions concerne des paiements de titres de transport, d'hébergement ou de créances fiscales. Pour ce qui est de l'activité e-Commerce, les sites marchands affiliés au (CMI) ont réalisé 2,5 millions (+22,5 %) d'opérations de paiement en ligne au Maroc via cartes bancaires, pour un montant global de 1,33 milliard de dirhams (MDH) durant l'année 2015, en progression de +12,4 % en montant par rapport à l'année précédente, a indiqué le CMI. Par ailleurs, l'activité reste très fortement dominée par les cartes marocaines à hauteur de 96,1 % en nombre de transactions et de 90,3 % en montant, relève la même source.

Offshoring

Le secteur de l'offshoring a connu une croissance soutenue depuis 2003 jusqu'à 2013 l'année où le secteur a connu sa première stagnation pour se stabiliser à un chiffre d'affaires de 7,30 milliards de dirhams. Onze sociétés principales réalisent la majeure partie des revenus du secteur dont le groupe marocain Intelcia qui ambitionne de franchir la barre de un milliard[168] de dirhams de chiffre d'affaires en 2016. Intelcia possède plusieurs sites au Maroc et a également investi en France où le groupe marocain réalise 40 % de son chiffre d'affaires, afin de rester compétitif Intelcia s'apprête à ouvrir des sites en Afrique subsaharienne francophone dont la première ouverture est réalisée au Cameroun[168] avec un investissement de 18 millions de dirhams et un recrutement de 500 collaborateurs camerounais. Le Maroc ambitionne d'atteindre 15 milliards de dirhams en valeur ajoutée et une masse salariale de 100 000 employés en offshoring à l'horizon de l'an 2020.

Conseil aux entreprises

Tourisme

Jamea el Fna de Marrakech.
Une vue panoramique de la Médina de Fès.
Oasis de Figuig.
Village du Haut Atlas

Le tourisme occupe une bonne partie de l'économie marocaine, le nombre d'arrivées de touristes est passé de 4,4 millions en 2001 à 9,3 millions en 2010 avec une croissance des revenus touristiques passant de 31 milliards de dirhams à près de 60 milliards de dirhams à la fin de la dernière décennie à la veille du printemps arabe. La progression du secteur touristique au Maroc a été accompagnée par un plan stratégique dit vision 2010 d'un objectif de 10 millions de touristes vers l'année 2010, un plan enclenché le 10 janvier 2001 à Marrakech[169].

Alors que la vision 2010 arrive à échéance avec un succès palpable consistant en la réalisation de 93 % des objectifs, le Maroc lance le 30 novembre 2010 un nouveau programme baptisé vision 2020 ambitionnant d'atteindre 20 millions de touristes horizon 2020. La crise économique des principaux marchés émetteurs ainsi que les instabilités post printemps arabe ont beaucoup affecté le tourisme marocain qui a stagné depuis 2010. En 2015 le nombre d'arrivées touristiques au Maroc a même subi une baisse de 0,2 % totalisant 10,25 millions contre 10,28 millions en 2014, cependant, Malgré cette baisse le Maroc conserve la première place à l'échelle continentale en nombre d'arrivées de touristes depuis 2013[170]. Afin de remédier aux baisses de tourisme sur ses marchés classiques le Maroc se prépare à développer les marchés émergents de Russie, Brésil, Asie, Europe de l'Est et des Amériques, dans ce même objectif une ouverture de 57 nouvelles[130] lignes aériennes est projetée afin de cibler les touristes issus des marchés émergents et notamment capter une bonne partie de touristes russes boycottant l'Égypte, la Turquie et les pays européens à cause des crises syrienne et ukrainienne. Le fait marquant dans cette création de lignes consiste à assurer des dessertes directes des villes de Marrakech et d'Agadir via des lignes long courrier vers la Russie, les Amériques, et le Moyen-Orient ce qui sera en soi une première. Néanmoins, concernant l'Asie, la compagnie nationale RAM ne disposant pas de flotte d'avions longs courriers conséquente vendra des vols longs courriers vers plusieurs destinations asiatiques en partage de code avec Qatar Airways.

Nombre de touristes par an[170] (millions)
Pays 2010 2011 2012 2013 2014
Drapeau du Maroc Maroc 9,29 9,34 9,38 10,05 10,28
Drapeau de l'Égypte Égypte 14,05 9,50 11,20 9,17 9,63
Drapeau d'Afrique du Sud Afrique du Sud 8,07 8,34 9,19 9,54 9,55
Drapeau de la Tunisie Tunisie 6,90 4,79 5,95 6,27 6,07
Drapeau de l'Algérie Algérie 2,07 2,40 2,63 2,73 N.C.

Tourisme au sein des 5 premières destinations africaines (Source : afbd.org[170])

Le Maroc a accueilli en 2014 un total de 10,28 millions de touristes, en hausse de 2 % par rapport à 2013 (10,05 millions) générant 57,4 milliards de dirhams de recettes en baisse de 4,3 % par rapport aux 60 milliards de dirhams réalisées en 2013, ci-dessous les statistiques du tourisme pour l'année 2014[171] :

Les principaux indicateurs touristiques en 2014 :

  • Arrivées aux postes frontières : 10 282 944 touristes
  • Nuitées dans les établissements classés : 19 633 475 nuitées
  • Capacité d'hébergement (en lits) : 216 386 lits
  • Taux d'occupation des chambres : 30 %
  • Recettes voyages (en dirham MOR) : 57 400 milliards MAD

La ville de Marrakech est la première ville touristique du Maroc. En 2014, la ville possédait une capacité d’hébergement équivalente à 65 640 lits devant Agadir avec 34 773 lits et Casablanca avec 16 529 lits. Le Maroc est 2e pays le plus touristique d'Afrique et 29e à l'échelle mondiale, le programme baptisé vision 2020 ambitionnait de placer le Maroc en tant que 20e destination touristique mondiale, les efforts en matière de construction d'hôtel haut de gamme n'ont pas manqué en plus des destinations classiques comme Marrakech et Agadir qui totalisaient à elles seules 45 % des capacités classées, d'autres complexes luxueux ont été construits à Mazagan, Tanger, Saidia et Casablanca sauf que la crise économique conjoncturelle a lourdement affecté les budgets des touristes habituels de la destination Maroc, cela se traduit par un faible taux de remplissage des hôtels classés, le taux global de remplissage passe de 44 % en 2008 à 30 % en 2014. Afin de financer les compagnes de communication de l'Office du tourisme le gouvernement marocain adopte une taxe aéroportuaire sur les vols internationaux, une taxe que l'Association internationale du transport aérien alertait[172] les autorités marocaines sur de possibles effets inverses. Ladite taxe de 100 dirhams est certes relativement supportable pour les classes économiques cependant, s'élève à 400 dirhams pour les vols premières classes ce qui aurait pu affecter le tourisme de luxe.

Ci-dessous la répartition des capacités d'hébergement classée (en nombre de lits) en 2014[173] :

En 2017, le Maroc est le pays le plus visité en Afrique avec 11,35 millions de touristes[174].

Transport

Transport routier
Autoroute A3 Rabat-Casablanca en 2008

L'apparition de la voiture et sa propagation coïncide avec l'incidence de l'impérialisme français dans le Maghreb au début du XXe siècle, le Maroc tout comme la Tunisie furent considérés comme des territoires sous protectorat contrairement à l'Algérie qui fut considéré comme un territoire français soumis, en voie de conséquence, aux mêmes obligations d'aménagement du territoire que les autres régions françaises. Il en résulte qu'à l'indépendance le Maroc et la Tunisie héritent d'un réseau routier d'à peine environ une dizaine de milliers de kilomètres bitumées chacun contre approximativement une centaine de milliers de kilomètres de routes érigées en Algérie pendant la même période. Après l'indépendance le Maroc central anciennement sous protectorat français découvre d'abord l'état encore plus délabré des infrastructures routières dans le Rif anciennement sous protectorat espagnol, dans la foulée la première route lancée par le roi Mohammed 5 fut la route reliant Fez à Al Hoceïma, une route traversant des régions très montagneuses qui fut baptisée Tariq el Wahda (route de l'union) et est encore appelée ainsi à ce jour. Une fois cette route achevée le Maroc lance la première étude du schéma routier national en 1969 où il s'agissait d'étendre le réseau routier existant. En 1972 une autre étude fut lancée pointant l’insuffisance des infrastructures routières autour de Casablanca notamment vers le nord malgré les trois routes existantes qui reliaient cette ville à Rabat, il fut décidé de convertir la route principale entre ces deux villes en autoroute. Dès 1975 l'année stipulée comme début de ce projet autoroutier l'Espagne se retire du Sahara et la Maroc se retrouve en pleine guerre ouverte contre le front indépendantiste Polisario massivement appuyé par un soutien technique des pays du bloc soviétique et par un généreux soutien financier des mannes pétrolières des leaders révolutionnaires Boumedyen et Ghadafi à partir du sol algérien, le Maroc se trouve lâché par les Américains qui furent très occupés par le développement du marxisme sur leur propre continent, le seul soutien symbolique au Maroc émanait de la France qui le trouvait comme allié contre l'avancée des soviétiques en Afrique, le soutien de la France s'est vu efficace de telle manière à infléchir le rôle de la Mauritanie et la rendre neutre dans ce conflit. Pendant toute la durée de ce conflit et notamment les premières années où le choc pétrolier a alourdi la facture du Maroc et où le prix du baril a permis à Ghadafi d'ouvrir des ressources inestimables pour le Polisario le développement des infrastructures de transport au Maroc était quasi nul, ainsi au lieu de lancer l'autoroute Casablanca - Rabat le projet initial a été converti en un simple doublement partiel de la route principale sur 40 km de Casablanca vers le nord, ce doublement est lancé en 1975 et achevé en 1978[175], parallèlement à ce doublement routier partiel et afin de limiter les importations de pétrole les autorités marocaines ont lancé un chantier unique en son genre à cette époque en Afrique il s'agit du doublement des voies de chemin de fer électrique pour trafic passagers entre Rabat et Casablanca un projet qui est inauguré par un train rapide en 1984 soit 25 ans avant le Gautrain qui a vu le jour à la veille de la coupe du monde de football en Afrique du Sud sur une portion de 20 km de Johannesburg à son aéroport en 2010[176].

A3 Rabat-Casablanca après triplement en 2013.

La mise en service du Train navette rapide a laissé relativement plus de répit aux autorités de tutelle pour imaginer un schéma global de réseau autoroutier, plusieurs études complémentaires ont été effectuées durant les années 1980 et ont mis en exergue la croissance du trafic routier de 6 % par an et la nécessité de se doter à horizon 2010 d'une armature autoroutière nationale de 1 500 km. La société ADM est créée afin d'étendre le réseau vers Kénitra et Larrache vers le nord puis Settat vers le sud de Casablanca, par la suite plusieurs autoroutes viennent se greffer à ce réseau initial notamment vers l'orientale et la consolidation du réseau autoroutier s'est vue considérée comme une priorité nationale. Géré par la Société nationale des autoroutes du Maroc, le réseau autoroutier marocain est à ce jour un des plus denses en Afrique avec 1 588 km ouvertes à la circulation et dessert toutes les villes de plus de 200 000 habitants à savoir entre autres Tanger, Tétouan, Fès, Meknès, Larache, Oujda, El Jadida, Marrakech, Agadir et Béni Mellal. À l'horizon 2015, il devrait compter 1 804 km et desservir les villes de Oualidia et de Safi.

Le développement des infrastructures routières au Maroc devrait aussi passer par le renforcement du réseau de voies express, alternatives intéressantes aux autoroutes puisque moins coûteuses. Le réseau qui comporte (à fin 2013) 730 km de voies en service devrait être étendu à plus de 1 600 km d'ici 2016.

Le Maroc comptait en 2007 68 550 kilomètres de routes dont 69 % étaient goudronnées. Le réseau routier est généralement considéré comme de qualité satisfaisante et l'un des meilleurs d'Afrique. Le deuxième Programme National des Routes Rurales (PNRR2) envisage la construction de 15 500 kilomètres de routes rurales supplémentaires à l'horizon 2015 afin de faire passer le taux de désenclavement rural de 54 % à 80 % à cette même échéance[177]. Toutefois, 22 % des localités demeurent injoignables en véhicule et 35 % sont difficiles d'accès[178].

Transport ferroviaire

A contrario, le chemin de fer a longtemps pâti au Maroc du manque de volontarisme de la part des pouvoirs publics. L’ONCF, entreprise publique chargée de l’exploitation du réseau ferroviaire marocain semble cependant avoir repris les choses en main, pragmatique dans ses choix, au lieu de s’aventurer dans le quantitatif, l'opérateur marocain a misé avant tout sur la qualité et semble à priori réussir son pari : selon le dernier classement du forum économique mondial le Maroc se classe premier en Afrique et 34e à l'échelle mondiale en ce qui concerne la qualité du réseau ferroviaire[179]. En matière de ferroviaire l'héritage colonial et notamment de par les parties sous ancien protectorat espagnol a certes fait du Maroc un des pays les moins équipés d'Afrique au regard de sa population à l'indépendance, la ligne rail Marrakech - Agadir ayant été projetée durant les années 1970[180] mais stoppée par la guerre du Sahara, cependant, durant les deux dernières décennies le Maroc a beaucoup modernisé son réseau notamment concernant l’électrification. À fin 2013 l'ONCF dispose de 3 657 km[181] de voies ferroviaires toutes à écartement standard UIC dont 2 238 km de voies électrifiées soit en 2014 plus du total de tous les pays[182] du continent africain réunis. Les 3 657 km de voies ferrées sont toutes toujours en activité et gérées par l'ONCF comme opérateur unique de maintenance y compris les embranchements particuliers vers ses clients cimentiers, ports, sidérurgistes, industriels, agricoles, miniers, etc. Autrefois l'OCP gérait ses propres lignes minières, il a confié depuis la fin du siècle dernier la gestion et la maintenance de ses embranchement miniers à l'ONCF. Au premier janvier 2014 le réseau marocain de voies ferrées est composé comme suit :

  • 3 657 km total de voies ferroviaires en activité (dont 2 238 km électrifiées) ;
  • 2 921 km de voies de circulation principales ;
  • 736 km d'embranchements particuliers, de voies de service et de traitement logistique ;
  • 2 110 km de lignes principales à écartement UIC exploité pour le transport de Fret et passagers ;
  • 1 965 km de ces lignes sont en Long Rail Soudé LRS (93 % du réseau principal) ;
  • 1 300 km de lignes électrifiées (60 % du réseau principal) ;
  • 640 km de lignes à double voies (30 % du réseau principal).

Le réseau de l'ONCF s'étend sur 2 110 km en 2014. Il est certes d'un linéaire assez modeste (8e réseau en Afrique), cependant, malgré sa taille restreinte il est de loin le réseau qui totalise le plus de passagers à l'échelle continentale. En effet, les pays anglophones africains introduisent les chiffres des passagers du Métro et des trains de banlieue alors que le transport passagers longues distances est quasiment réduit à néant depuis l'arrivée des autoroutes dans ces derniers. Le réseau actuel marocain est à écartement uniforme UIC et relativement bien entretenu : 93 % du rail marocain est renouvelé et transformé en Long Rail Soudé (LRS) ce qui confère un bon confort d'usage pour le trafic passagers notamment pour les trains couchettes, l'axe le plus sollicité du réseau est situé entre Casablanca et Tanger (~400 km), il est en cours de triplement grâce à une nouvelle ligne à grande vitesse Tanger - Kénitra et un triplement de lignes classiques Kénitra - Casablanca, le taux d'électrification (actuellement de 60 %) est censé atteindre 90 % en 2018 avec la mise en service de la LGV Kénitra-Tanger et l'électrification de la ligne Fès - Oujda.

Les infrastructures ferroviaires actuelles devraient être augmentées de deux lignes de TGV :