Manifestations de 2019 en Irak

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Manifestations irakiennes de 2019
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Parc de la Libération, Bagdad, soir du 25 octobre 2019
Informations
Date Depuis le
(2 mois et 5 jours)
Localisation Drapeau de l'Irak Irak
Caractéristiques
Revendications • Réformes économiques pour lutter contre le chômage et les bas salaires
• Amélioration des services publics
• Lutte contre la corruption
• Changement de gouvernement
• Expulsion des troupes iraniennes présentes en Irak
Types de manifestations manifestations, sit-ins, émeutes, occupations de places publiques, blocage de pont à Bagdad, désobéissance civile, cyberactivisme, attaques et incendies volontaires de domiciles d'hommes politiques et de QG de partis politiques et de groupes armés
Bilan humain
Morts 460[1],[2]
Blessés 15 000 au 10 novembre

Des manifestations anti-gouvernementales ont lieu en Irak à partir du . Les protestataires manifestent contre le chômage, la corruption, la déliquescence des services public, la tutelle de l'Iran et réclament la « chute du régime ». Le mouvement se déroule principalement à Bagdad et dans les villes du sud du pays. La répression, conduite par les forces de sécurité, et notamment par les milices pro-iraniennes des Hachd al-Chaabi, fait au moins 420 morts en octobre et en novembre.

Le mouvement provoque notamment la démission du Premier ministre Adel Abdel-Mehdi le 30 novembre 2019.

Contexte[modifier | modifier le code]

Irakien[modifier | modifier le code]

Depuis l'invasion américaine de l'Irak qui a provoqué la chute du régime de Saddam Hussein en 2003, le pays s'est profondément déstabilisé, provoquant plusieurs guerres civiles - première guerre civile irakienne et deuxième guerre civile irakienne -, ainsi qu'un très fort essor du terrorisme et de la corruption du personnel politique, déjà présente sous Saddam Hussein, et une très forte détérioration de l'économie. Le mélange d'insécurité physique et économique, conjugués à la corruption ont très fortement dégradé la qualité de vie des Irakiens, menant à un taux de chômage élevé et à la multiplication des personnes en situation de travailleurs pauvres. Au cours des guerres civiles, les Gardiens de la révolution islamique sont intervenus sur le territoire irakien pour lutter contre les groupes armés sunnites (notamment l'État islamique), et n'ont pas quitté le territoire irakien depuis 2014, parrainant de nombreux milices chiites ce qui rajoute un motif de mécontentement supplémentaire.

En 2015-2016, Bagdad connait une première vague de manifestations appelée "le Mouvement de la Zone Verte (en)", en référence à la Zone verte où elles se sont déroulées, un quartier ultra-sécurisé de Bagdad où se trouvent les principales institutions politiques irakiennes et plusieurs ambassades. Une autre vague de manifestations nationales (en) y a également lieu en 2018-2019. Les manifestations de 2019, qui ont également lieu entre autre dans cette zone, s'étendent cependant à tout le pays. Ces manifestations avaient les mêmes revendications : amélioration de la situation économique, amélioration des services publics, lutte contre le chômage, lutte contre les bas salaires, lutte contre la corruption surtout chez les hommes politiques, expulsion des troupes iraniennes présentes en Irak.

Déroulement[modifier | modifier le code]

Première vague de manifestations (1er - 6 octobre 2019)[modifier | modifier le code]

La première vague de manifestation a surtout lieu du 1er au 6 octobre[3]. Le mouvement de contestation voit une partie de la population descendre dans les rues à partir du pour protester contre la corruption, le chômage et l'état désastreux des services publics dans le pays, qui connait des pénuries chroniques d'électricité et d'eau potable.

Les manifestants appellent à des réformes et à un changement de gouvernement, et s'étendent de la capitale Bagdad aux régions chiites du sud du pays[4],[5]. L'influence de l'Iran voisin sur le gouvernement irakien est également remise en cause[5]. Les manifestants réclament également le départ de la classe politique actuelle et à un changement de constitution[6].

Les manifestations, apolitiques et centrées sur des revendications autres que tribales ou confessionnelles, sont alors inédites en Irak, pays divisé par de profondes fractures entre chiites et sunnites ainsi qu'entre Arabes et Kurdes[4].

Répression[modifier | modifier le code]

Le gouvernement du Premier ministre Adel Abdel-Mehdi, au pouvoir depuis les élections législatives de mai 2018 tente de mettre fin aux manifestations par l'envoi de forces policières[4] qui ont recours à des tirs à balle réelle et des armes automatiques[5]. À la fin du mois d'octobre, un rapport annonce que 70% des morts ont été touchés « à la tête et au torse » par des tirs à balles réelles[7].

Un couvre feu est également décrété[5]. Une centaine de personnes sont tuées, dont six policiers, et environ 4000 blessées sur la période allant du premier au cinq octobre, selon la commission gouvernementale des droits de l’Homme irakienne[8]. Selon cette dernière, la plupart des manifestants auraient été tués par balle[4]. L'armée irakienne finit par admettre le 7 octobre un « usage excessif de la force », tandis que le gouvernement dénonce la présence de « saboteurs » et d'infiltrés. L'Iran dénonce de son côté un « complot » tandis que les miliciens du Hachd al-Chaabi, proches de l'Iran, affirment être prêts à épauler le gouvernement[9].

Les protestataires accusent les milices pro-iranniennes des Hachd al-Chaabi d'être particulièrement impliquées dans la répression et d'être responsables des tirs de sniper[10],[11]. Ils scandent alors des slogans comme : « L’Iran dehors, l’Irak restera libre »[11]. Moqtada al-Sadr soutient également les protestataires et annonce le déploiement de ses miliciens des Brigades de la paix pour « protéger les manifestations »[11].

Selon Le Monde, l'ayatollah Ali al-Sistani « reste la seule autorité du pays à n’être pas encore totalement délégitimée aux yeux de ceux qui, depuis le 1er octobre, réclament à Bagdad et dans le Sud chiite « la chute du régime » »[12]. Dés les premières semaines, il prend la défense des manifestants et appelle la classe politique à des réformes[12].

Réponses du régime[modifier | modifier le code]

Le gouvernement annonce lors d'un conseil des ministres extraordinaire organisé le 6 octobre, 17 mesures sociales. Celles-ci comprennent des aides au logement, des allocation pour jeunes chômeurs, la construction de 100 000 logements et l'installation de halles pour les marchands ambulants[13]. Fin octobre, le gouvernement annonce le limogeage de plusieurs commandants militaires[7].

Le 27 octobre, deux députés communistes et deux autres sadristes démissionnent de leurs fonctions, alors que les députés sadristes organisent un sit-in au Parlement[14]. Le 29 octobre, Hadi al-Amiri et Moqtada al-Sadr retirent leur confiance au gouvernement[15].

Moqtada al-Sadr, membre de la coalition gouvernementale et dont le parti est arrivé en tête des législatives de 2018, appelle à la démission du gouvernement et à des législatives anticipées[16]. Une cinquantaine de députés proches de son courant entament un sit-in au sein même du Parlement[17].

Le 31 octobre, le président Barham Salih propose des législatives anticipées après l'approbation d'une nouvelle loi électorale, et éventuellement un départ du Premier ministre, qui a accepté le principe, si un successeur lui est trouvé par la coalition au pouvoir[18].

Le 9 novembre, la coalition au pouvoir, sous pression de l'Iran, se rétracte, et décide de stopper le mouvement[19].

Deuxième vague de manifestations (depuis le 24 octobre 2019)[modifier | modifier le code]

Après quelques semaines d'interruptions, le mouvement de contestation reprend le soir du 24 octobre[20]. Le 25 octobre, les protestataires incendient deux sièges de gouvernorat et attaquent des dizaines de QG de partis politiques et de milices armées[20]. Les miliciens d'Asaïb Ahl al-Haq abattent notamment neuf personnes à Nassiriya et huit autres à Al-Amara[11]. À Diwaniya, douze personnes périssent dans l'incendie d'un siège de l'Organisation Badr[11]. Au total, au moins 63 personnes trouvent la mort pendant la journée, étouffées par les incendies ou tuées par balles, et 2 300 autres sont blessées[20],[11]'[21].

Vers fin octobre, « L’Iran dehors » devient le mot d’ordre de ces manifestants[3].

Le 1er novembre, des dizaines de milliers de personnes manifestent[22].

Une grève générale débute le 4 novembre[23]. Elle vise à obtenir « la chute du régime ». Le Premier ministre Adel Abdel Mahdi appelle à « retourner à la vie normale »[24]. Il rejette également le principe d'élections anticipées, sous la pression des factions favorables à l'Iran[25].

Le 5 novembre, internet est de nouveau coupé[26].

Le soir du 27 novembre, le consulat iranien de Nadjaf est incendié par les manifestants[27]. Le 28, les forces de l'ordre abattent 45 personnes, dont 29 à Nassiriya, 12 à Nadjaf et 4 à Bagdad, et font plusieurs centaines de blessés[28],[29]. Le lendemain, l'ayatollah Ali al-Sistani demande au parlement de remplacer le Premier ministre[30].

Le 29 novembre, le Premier ministre Adel Abdel-Mehdi annonce qu'il va présenter sa démission[31]. Il la présente officiellement devant le Parlement le 30 novembre[32]. Cependant les manifestations se poursuivent[30]. Par ailleurs, la contestation atteint les régions sunnites, dont Mossoul, jusqu'alors à l'écart de la contestation, étant accusés d'être partisans de l'organisation terroriste État islamique, accusations dont font également l'objet les protestataires du sud de la part des autorités[33].

Analyses[modifier | modifier le code]

Selon Fanar Haddad, « La contestation, qui a commencé par réclamer des emplois, des services et la fin de la corruption avant de promettre d'"arracher par la racine" tous les politiciens, est "le défi le plus important pour le système post-2003. Cependant, les politiciens ne semblent pas l'avoir réalisé et tentent encore d'utiliser la situation pour marquer des points les uns contre les autres »[34].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. https://www.rudaw.net/arabic/middleeast/iraq/0412201914
  2. « Les Irakiens dans la rue malgré l’intention du premier ministre de démissionner », samedi, 30 novembre 2019 (consulté le 30 novembre 2019)
  3. a et b Hélène Sallon,« On doit rester unis jusqu’à la chute du régime » : à Bagdad, la contestation de la place Tahrir résiste à la répression, Le Monde, 2 novembre 2019.
  4. a b c et d « Contestation en Irak : près de 100 morts et 4 000 blessés depuis mardi », sur SudOuest.fr (consulté le 5 octobre 2019)
  5. a b c et d La-Croix.com, « Nouvelles manifestations contre le pouvoir en Irak, tirs entendus », sur La Croix (consulté le 5 octobre 2019)
  6. « Irak: les contestations font 24 morts, les autorités appellent à la "retenue" », sur LExpress.fr (consulté le 29 octobre 2019)
  7. a et b « Les manifestations en Irak ont fait 157 morts, en majorité à Bagdad ; des commandants limogés », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  8. « Manifestations en Irak : près de 100 morts et 4.000 blessés depuis mardi », sur Europe 1 (consulté le 15 octobre 2019)
  9. Le Point, magazine, « Contestation en Irak: l'armée admet un "usage excessif" de la force », sur Le Point (consulté le 7 octobre 2019)
  10. Armin Arefi, Irak : derrière la répression, l'ombre des milices pro-Iran, Le Point, 21 octobre 2019.
  11. a b c d e et f Hélène Sallon, « Nous sommes prêts à manifester indéfiniment » : en Irak, la mobilisation contre le gouvernement reprend dans le sang, Le Monde, 26 octobre 2019.
  12. a et b Hélène Sallon, En Irak, l’ayatollah Ali Al-Sistani soutient la contestation, Le Monde, 23 novembre 2019.
  13. Le Point, magazine, « Bagdad annonce des mesures sociales pour tenter de calmer la protestation », sur Le Point (consulté le 6 octobre 2019)
  14. « Irak: quatre députés démissionnent en solidarité avec les manifestants », sur RTBF Info (consulté le 30 octobre 2019)
  15. « En Irak, le Premier ministre lâché par ses partenaires alors que la contestation enfle », sur Le Point (consulté le 30 octobre 2019)
  16. « Contestation en Irak : 100 morts et 4000 blessés », sur TV5 Monde, (consulté le 5 octobre 2019).
  17. « Irak. Le gouvernement a choisi le bain de sang », sur L'Humanité, (consulté le 29 octobre 2019)
  18. Le Point, magazine, « Irak: le président propose des élections anticipées, la rue veut plus », sur Le Point (consulté le 2 novembre 2019)
  19. « Irak: accord politique pour en finir avec la contestation (responsables) », sur Al HuffPost Maghreb (consulté le 13 novembre 2019)
  20. a b et c Plus de 40 morts dans de violentes manifestations en Irak, Franceinfo avec AFP, 25 octobre 2019.
  21. « Irak : nouvelles manifestations pour la "chute du régime", plus de 60 personnes tuées en deux jours », sur france24.com, (consulté le 6 décembre 2019)
  22. « En Irak, l’une des plus grosses manifestations depuis le début de la contestation », sur Le Monde.fr (consulté le 2 novembre 2019)
  23. « En Irak, les syndicats déclarent la grève "jusqu'à la chute du régime" », sur LExpress.fr (consulté le 4 novembre 2019)
  24. « L’Irak en grève « jusqu’à la chute du régime » », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  25. « Dans l'Irak en crise, le Premier ministre sous la pression des pro-Iran », sur L'Obs (consulté le 6 novembre 2019)
  26. Le Point, magazine, « Tirs à Bagdad où Internet coupé fait craindre aux manifestants un retour au pire », sur Le Point (consulté le 6 novembre 2019)
  27. Hélène Sallon, L’incendie du consulat iranien de Nadjaf marque un tournant dans la contestation en Irak, Le Monde, 28 novembre 2019.
  28. Irak: au moins 45 morts, l'une des journées les plus meurtrières de la contestation, Le Figaro avec Reuters, 29 novembre 2019.
  29. Un consulat iranien incendié, plus de 25 manifestants tués : colère et violences dans le sud de l’Irak, Le Monde avec AFP, 28 novembre 2019.
  30. a et b Irak : de nouvelles manifestations, malgré l’annonce de la démission du premier ministre, Le Monde avec AFP, 30 novembre 2019.
  31. En Irak, le premier ministre Adel Abdel Mahdi annonce sa démission, Le Monde avec AFP, 29 novembre 2019.
  32. Alissa J. Rubin et Falih Hassan, Iraqi Prime Minister Resigns in Deepening Political Crisis, The New York Times, 30 novembre 2019.
  33. « Irak: le Parlement accepte la démission du gouvernement, le pays en deuil », sur TV5MONDE, (consulté le 4 décembre 2019).
  34. « En Irak, le pouvoir paralysé par la plus grande manifestation depuis le début du mouvement », sur France 24 (consulté le 2 novembre 2019)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]



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