Manifestations de 2019 en Haïti

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Manifestations de 2019 en Haïti
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Rues de Hinche le .
Informations
Date Depuis le
(10 mois et 6 jours)
Localisation Drapeau d'Haïti Haïti
Caractéristiques
Revendications Démission de Jovenel Moïse
Types de manifestations manifestation, émeute, incendie volontaire, pillage
Bilan humain
Morts 77

Des manifestations se déroulent dans les villes d'Haïti depuis le 7 février 2019 pour demander la démission du président d'Haïti Jovenel Moïse. Les manifestants déclarent que leur objectif est de créer un gouvernement de transition chargé de fournir des programmes sociaux et de poursuivre en justice des responsables présumés corrompus[1] [2]. Au 22 octobre, 77 personnes ont été tuées dans le cadre des manifestations[3].

Événements[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

Jovenel Moïse, président de la République depuis 2016.

Les protestations ont commencé à la suite de rapports de tribunaux selon lesquels de hauts responsables du gouvernement haïtien auraient utilisé frauduleusement jusqu'à 3,8 milliards de dollars d'emprunts du programme vénézuélien Petrocaribe et que le président Jovenel Moïse serait impliqué dans des affaires de corruption (de même que quinze anciens ministres et hauts fonctionnaires, dont deux ex-chefs du gouvernement) [4][5][6]. Des entreprises de Jovenel Moïse sont épinglées comme étant « au cœur d’un stratagème de détournement de fonds[7] ».

Les problèmes économiques, notamment l'augmentation du coût de la vie, ont également alimenté les manifestations dans le pays[5]. Près d’un quart de la population est affectée par l'insécurité alimentaire et la situation sanitaire tend à se détériorer en raison de la pénurie d’essence, rendant les hôpitaux sont de moins en moins opérationnels[3].

D'autre part, inspirée par le Fonds monétaire international (FMI), une hausse allant jusqu’à 50 % des prix des carburants contribue à la colère de la population. La mesure est qualifiée d’« irresponsable et inopportune » et de « mépris total de la population » par l’économiste Camille Chalmers, secrétaire exécutif de la Plateforme de plaidoyer pour un développement alternatif[8].

Les manifestations[modifier | modifier le code]

La majorité des manifestants sont issus des quartiers les plus pauvres. Marc-Arthur Fils-Aimé, directeur général de l’Institut culturel Karl-Lévêque, déclare : « Les revendications se sont radicalisées à un point tel qu’elles ont pris l’allure d’une lutte de classe. Les luttes conjoncturelles se sont superposées à des luttes structurelles. Il est presque impossible de bien cerner le contour des actuelles perturbations si on les sépare de la charpente socio-économique et culturelle du pays où les élites exportatrices ont prospéré au point de réduire l’île à l’état de néo-colonie[9]. »

Le premier jour des manifestations, les manifestants ont pris pour cibles les véhicules de luxe de riches Haïtiens, les endommageant[5]. Le lendemain, le 8 février, les maires de certaines villes ont annoncé l'annulation des manifestations précédant le Carnaval d'Haïti[5]. Les manifestations du 9 février ont donné lieu à de nouveaux affrontements avec la police. Des manifestants ont jeté des pierres sur la maison du président Moïse après que des membres des forces de sécurité de l'un de ses alliés eurent frappé la voiture d'une femme et commencé à la battre[10].

Le 12 février, les manifestants ont incendié un marché populaire, pillé plusieurs magasins et participé à une évasion de prison entraînant la libération de tous ses prisonniers[4][11]. Le bâtiment abritant les consulats généraux d'Italie et du Pérou a également été pillés par les manifestants[6],[12]

Le 14 février, le président Moïse s'est adressé au pays, affirmant qu'il ne se retirerait pas, déclarant : « Moi, Jovenel Moïse, chef de l’État, je ne donnerai pas le pays aux gangs armés et aux trafiquants de drogue »[13].

Le 11 juin, les manifestations reprennent et font deux morts[14].

Du 15 septembre à début octobre, au moins 17 personnes sont tuées et près de 200 blessées par balles et armes blanches, d'après le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), qui indique : « Les autorités actuelles, depuis leur avènement au pouvoir, bafouent les acquis démocratiques du peuple haïtien et violent systématiquement ses droits. Elles n’ont jamais pris au sérieux les différents mouvements de protestation réalisés dans le pays depuis juillet 2018 par une population en proie à tous les maux et qui réclame la jouissance de ses droits civils, économiques, politiques et sociaux[9]. »

Actes[modifier | modifier le code]

Gouvernement Moïse[modifier | modifier le code]

Jean-Charles Moïse, chef de l'opposition et candidat à la présidentielle de 2016.

Le président Moïse a appelé l'opposition à participer à un dialogue pacifique en déclarant que « les problèmes du pays ne sont pas uniquement politiques. Les problèmes du pays sont sociaux, économiques et politiques »[5]. La police nationale a déclaré qu'il y avait des « individus malveillants » qui avaient interrompu des manifestations pacifiques dans le pays[15].

Opposition[modifier | modifier le code]

L’opposition est dirigée par Jean-Charles Moïse[1], chef du parti Platfom Pitit Desalin. L'opposition a décliné les offres de dialogue du président et exigé sa démission[5], puis a organisé une grève générale dans l'ensemble du pays pour le contraindre à démissionner de ses fonctions[11]. Jean-Charles Moïse et les députés de l'opposition ont appelé à un gouvernement de transition pour remplacer Jovenel Moïse. Le chef de l'opposition a déclaré: « Si Jovenel Moïse ne veut pas quitter le pouvoir, nous allons nommer un président par intérim dans les prochains jours »[1] [2]. Six militants du parti ont été assassinés[16].

Après les premiers mois de manifestations, les autres partis d'opposition se dressent contre la politique du président. L'ancien président du Sénat, Youri Latortue, président du parti Haïti en Action, accuse l'exécutif de corruption et tentative d'intimidation envers des membres de son parti et appel à rejoindre les manifestations. Le parti Inite demande quant à lui la tenue de nouvelles élections générales avant la fin d'année 2019.

Médias[modifier | modifier le code]

Selon le Comité pour la protection des journalistes, certains reporters ont été pris pour cibles par les manifestants[15]. Un journaliste de Reuters, Robenson Sanon, a été blessé lors des manifestations, mais pense que c'était une coïncidence, car il avait été pris entre deux affrontements[15]. Un journaliste est blessé le 23 septembre par des éclats de balle lorsqu'un sénateur du parti au pouvoir fait feu (vers le ciel) pour disperser des manifestants rassemblés devant le Sénat[17].

Réactions internationale[modifier | modifier le code]

Les États-Unis appellent au retour au calme et félicitent les forces de police[8].

L'Union européenne semble maintenir son soutien au président Jovenel Moïse, bien que moins ouvertement que les États-Unis. Le 3 octobre, Jovenel Moïse accueille la nomination de la nouvelle ambassadrice de l’UE en Haïti comme « un acte de raffermissement des relations déjà excellentes entre Haïti et l’Union européenne »[3].

Références[modifier | modifier le code]


  1. a b et c (en-GB) « Haiti: Thousands protest against corruption | DW | 8 February 2019 », Deutsche Welle, (consulté le 13 février 2019)
  2. a et b (en) Lemaire et Vilme, « Angry Haitians Demand Regime Change », Voice of America, (consulté le 13 février 2019)
  3. a b et c Frédéric Thomas, « Haïti : entre complicité et ingérence », sur CETRI - Centre Tricontinental, (consulté le 24 octobre 2019)
  4. a et b (en-GB) « Inmates escape from Haiti prison », BBC News,‎ (lire en ligne, consulté le 18 février 2019)
  5. a b c d e et f (en) « As protests and deaths escalate in Haiti, mayors cancel pre-Carnival parties », sur miamiherald (consulté le 18 février 2019)
  6. a et b (en) « US Deplores Haiti Violence », Voice of America, (consulté le 13 février 2019)
  7. « Des milliers de manifestants anti-Jovenel à Haïti », sur www.20minutes.fr (consulté le 21 octobre 2019)
  8. a et b « Pour comprendre la révolte des Haïtiens », sur www.cadtm.org,
  9. a et b « Haïti. Le président Jovenel Moïse, un roi nu à Port-au-Prince », sur L'Humanité,
  10. (en) « Protesters Stone Haitian President's Home, Battle Police », Voice of America, (consulté le 13 février 2019)
  11. a et b (en) « Haiti president recalls top envoy amid ongoing violent protests, calls for resignation », The Miami Herald, (consulté le 13 février 2019)
  12. « Haiti - FLASH : 6th day of paralysis, the country sinks into chaos... - HaitiLibre.com : Haiti news 7/7 », sur www.haitilibre.com (consulté le 18 février 2019)
  13. (en) « Haiti's president defies violent protests, will not step down », Reuters,‎ (lire en ligne, consulté le 18 février 2019)
  14. « Haïti : plusieurs morts en marge d'une manifestation réclamant le départ du président », sur France 24 (consulté le 25 juin 2019)
  15. a b et c « Haiti President Jovenel Moise defiant amid deadly protests and calls for his resignation », CNN,‎ (lire en ligne)
  16. « 6 militants Pitit Dessalines assassinés et portés disparus », sur www.loophaiti.com (consulté le 24 octobre 2019)
  17. « Lyonel Trouillot. Silence complice sur Haïti : solitude des morts sans importance », sur L'Humanité, (consulté le 24 octobre 2019)


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