Manifestations de 2019 au Liban

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Manifestations libanaises de 2019
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Manifestation le 18 octobre à Beyrouth (Liban).
Informations
Date Depuis le
(1 mois et 20 jours)
Localisation Drapeau du Liban Liban
Diaspora :
Drapeau de la France France[1]
Drapeau du Luxembourg Luxembourg[2]
Caractéristiques
Revendications Démission du gouvernement de Saad Hariri et changement dans les partis politiques.
Types de manifestations manifestations, sit-ins, émeutes, occupations de places publiques, grèves, cyberactivisme

Manifestation

Les manifestations libanaises de 2019 sont une série de protestations au niveau national, en réponse à l’échec du gouvernement à trouver une solution à la crise économique qui menace le Liban depuis près d’un an[3]. Les contestations interviennent directement après l’annonce de nouveaux impôts sur l’essence, le tabac et les appels en lignes par le biais d’applications comme WhatsApp[4],[5],[6],[7],[8],[9].

Treize jours après le début du mouvement, le président du Conseil des ministres Saad Hariri annonce sa démission et celle de son gouvernement.

Contexte[modifier | modifier le code]

Inspiration directe[modifier | modifier le code]

Le mouvement a été influencé par le Hirak algérien, en cours depuis le mois de février 2019. Les manifestants ont des revendications similaires[10], dont notamment le départ de la classe politique[11].

Contexte libanais[modifier | modifier le code]

Les protestations sont notamment la conséquence de la situation économique et sociale, dans un pays où 7 milliardaires possèdent 13, 3 milliards de dollars, soit dix fois plus que 50 % de la population à revenu modeste. Les 1 % les plus riches, soit 42 000 personnes, possèdent 58 % de la richesse de l’ensemble de la population[12]..La population, en particulier les classes modestes, est exposée aux pénuries d’eau potable et d’électricité, ainsi qu'au chômage et à la hausse des prix. La corruption est endémique et les infrastructures publiques en déliquescence. L'économie libanaise est aussi fragilisée par les sanctions américaines visant le Hezbollah[13].

Beaucoup de Libanais ont également été choqués par l'apathie des autorités devant les incendies massifs qui se sont déclenchés au début du mois d'octobre. Les hélicoptères anti-feux de forêts n’avaient pas même décollé, étant inopérants en raison d'un défaut de maintenance[14],[15].

Contexte international[modifier | modifier le code]

Les manifestations libanaises se produisent dans un contexte plus général d’essors des manifestations d'ampleur à l'échelle internationale depuis la fin de l’année 2018.

Dans le monde, plusieurs manifestations importantes ont eu lieu avant celles en Irak, à commencer par le mouvement des Gilets jaunes qui a secoué plusieurs pays fin 2018 et début 2019, principalement la France[16], suivi des manifestations à Hong Kong, en Algérie, au Mexique, en Indonésie, et alors qu'une révolution a fait tomber le régime du Soudan[16]. Des manifestations relativement modestes mais inattendues ont également eu lieu à Moscou et au Caire[16]. Les manifestations au Liban font partie d'une autre vague mondiale qui débute en octobre 2019 qui inclut : les sanglantes manifestations en Irak, les manifestations en Équateur, au Honduras, les gigantesques mobilisations au Chili, les manifestations en Catalogne (depuis le 14 octobre), et d'autres en Bolivie qui démarrent peu de temps après celles au Liban[16]. Un mouvement social de moindre ampleur a également lieu en Argentine[16].

Bien qu’ayant des revendications variables, ces manifestations ont pour point commun de démarrer sur des épiphénomènes (le projet de taxe sur What's App au Liban, la hausse du prix de l'essence en Équateur ou en France, ou celle du prix du ticket du métro de Santiago au Chili), pour aboutir sur des dénonciations plus larges des inégalités socio-économiques[16].

Contestations[modifier | modifier le code]

2019 Lebanese protests - Antelias 2.jpg

La nuit du jeudi 17 octobre 2019, une centaine de militants de la société civile ont manifesté contre les impôts proposés au centre-ville de Beyrouth, bloquant des rues très importantes reliant les deux côtés de la capitale. Le ministre de l’Éducation, Akram Chehayeb, et son convoi sont passés par là. Des manifestants ont attaqué la voiture du ministre. Les gardes du corps de ce dernier ont réagi en tirant en l’air. Si cet incident ne fait aucun blessé, il augmente néanmoins la colère des manifestants. Notons que ledit ministre appartient au Parti Socialiste Progressiste (PSP), dont le chef, Walid Joumblatt, a annoncé sur Twitter avoir « parlé au ministre et [lui avoir] demandé de livrer les gardes du corps à la police »[17],[18],[19].

Un nombre plus large de manifestants commencent à investir la Place des Martyrs, la Place de l’Étoile et la rue Hamra, ainsi que d’autres régions libanaises. Une réunion du Conseil des ministres a été annoncée par le président du Conseil des ministre Saad Hariri, à la demande du président Michel Aoun, pour le lendemain (18 octobre). Le ministre de l’Éducation a annoncé la fermeture des écoles et des universités pour le lendemain. Pour sa part, le ministre des Télécommunications, Mohammad Choucair, a annoncé, le 17 octobre à 23 heures, avoir abandonné l’idée de la « Taxe WhatsApp »[20],[21].

Chronologie[modifier | modifier le code]

18 octobre[modifier | modifier le code]

  • 01 : 29 – Les bureaux et les résidences de responsables du Hezbollah et du mouvement Amal sont pris pour cibles par des manifestants à Nabatiyé[22],[23].
  • 02 : 07 – La Ligue des employés du secteur public a annoncé une grève « pour protester contre les réformes proposées »[24].
  • 02 : 24 – Les bureaux du Courant patriotique libre (CPL) à Tripoli sont pris pour cible[25]
  • 03 : 16 – Des gaz lacrymogènes sont jetés sur des manifestants par les Forces de Sécurité Intérieure (FSI), afin de les garder en dehors du Grand Sérail.[26].
  • 07 : 52 – Des axes routiers majeurs sont fermé aux quatre coins du pays par les manifestants[27],[28]
  • 10 : 55 – Les ministres des Forces libanaises (FL) ont annoncé qu’ils ne participeront pas à la réunion du Conseil des Ministres prévue pour cet après-midi.[29].
  • 11 : 45 – Samir Geagea, leader des FL, a appelé à la démission du président du Conseil des ministre Saad Hariri[30].
  • 11 : 45 – Le Conseil des ministres est annulé. Le président du Conseil des ministre s’adressera à la Nation à 18 heures[31].
  • 11 : 54 – Le PSP de Walid Joumblatt appelle à un mouvement pacifique contre le président Michel Aoun[32]. Walid Joumblatt est pourtant lui-même perçu comme un partenaire majeur du système de corruption et comme l’un des emblèmes du régime confessionnel[12].
  • 14 : 16 – Pierre Issa du Bloc National appelle à la formation d’un gouvernement réduit de salut national[33].
  • 17 : 59 – L’ambassade américaine de Beyrouth appelle ses ressortissants à éviter de se rendre au Liban[34].
  • 18 : 45 – Le président du Conseil des ministre s’adresse à la Nation. Il annonce avoir donné 72 heures à ses partenaires de coalition pour trouver une solution, sans quoi il choisira « une approche différente »[35],[36],[37].
  • 20 : 09 – Des gardes du corps de l’ancien député Mishbah el Ahdab tirent sur des manifestants à Tripoli, faisant 2 morts et 4 blessés[38]. Les manifestants en colère s’en sont alors pris à ses bureaux et ont attaqué une société de transport lui appartenant[12].

19 octobre 2019[modifier | modifier le code]

  • 11 : 23 – Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, annonce son opposition à la hausse des impôts sur les pauvres, mais confirme également s’opposer à la démission du gouvernement[39],[40].
  • 13 : 00 – Des militants du mouvement Amal auraient harcelé et tiré sur des manifestants à Tyr[41].

Suite[modifier | modifier le code]

Le 21 octobre, des centaines de milliers de libanais manifestent partout dans le pays pour demander le départ d'une classe politique jugée corrompue[42].

Le 22 octobre, le président du Conseil des ministres Saad Hariri annonce une série de réformes et l'adoption du budget 2020. Sont prévues entre autres des mesures symboliques, d'autres sociales ou d'infrastructures.[43]. Ce plan a été en grande partie rejeté par les manifestants qui ont juré de rester dans la rue jusqu'à la démission du gouvernement actuel. Ils ont appelé à la formation d'un gouvernement technocratique composé d'un petit nombre d'experts chargés de sortir le Liban de son marasme[44].

Le 23 octobre, le président de la République libanaise Michel Aoun s'adresse au public pour la première fois depuis le début des manifestations. Dans son discours, Aoun a déclaré qu'il soutenait les réformes proposées visant à lever le secret bancaire et à supprimer l'immunité juridique des présidents, des ministres et des membres du Parlement, une législation qui pourrait ouvrir la voie à des enquêtes sur la corruption.[45]

Le 26 octobre, des manifestations ont lieu à Beyrouth, à Tripoli et dans d'autres villes, où les manifestants font des sit-ins et installent des barrières pour ouvrir les routes[46]. L'armée libanaise décide de rouvrir les axes vitaux de ces villes par la force dans la matinée[46]. La situation se tend à Beddaoui, près de Tripoli, où des heurts entre les manifestants et les militaires provoquent 6 blessés[46]. Le président du Conseil des ministres Saad Hariri demande une enquête sur cet incident[46]. À Tyr, des militants du Hezbollah et d'Amal tentent de dissuader les manifestants de sortir. La mobilisation baisse dans cette zone, tandis que ces militants attaquent des manifestants qui clament des slogans hostiles à leurs chefs[47]. La situation se calme dans la soirée, et les manifestants construisent des barricades dans les villes où l'Armée est intervenue pour continuer à bloquer les routes[46].

Le 27 octobre, des dizaines de milliers de manifestants parviennent à se rejoindre au bord de l'autoroute qui longe la Mer Méditerranée pour former une chaîne humaine longue de 170 km du nord au sud du pays, de Tripoli à Tyr[48]. D'autres occupent les autoroutes avec leurs voitures garées[49]. La diaspora libanaise organise des manifestations de soutien à Paris, Londres, Amsterdam[48] et Lille[50].

Le 29 octobre, le président du Conseil des ministres Saad Hariri annonce sa démission et celle de son gouvernement[51]. Le lendemain, les blocages des routes sont levés[52]. Le 31 octobre, après une allocution du président Aoun, les manifestants appellent à son départ[53].

Le 4 novembre, les routes sont de nouveau bloquées, au lendemain de nouvelles mobilisations[54].

Le 7 novembre, des milliers de lycéens et d'étudiants manifestent dans tout le pays pour demander une amélioration de l'enseignement public[55]. A Tripoli et dans plusieurs villes côtières, ils bloquent les bureaux du Ministère des Télécommunications ou de la compagnie de téléphone publique Ogero, pour empêcher les fonctionnaires d'y entrer[55].

Le 17 novembre 2019, l'ancien ministre des Finances Mohammad Safadi renonce à devenir président du Conseil des ministres[56].

Revendications[modifier | modifier le code]

Les protestataires réclament le départ de la classe politique dans son ensemble, députés, président, chef du gouvernement, qu'ils accusent d'être corrompus. Le président Aoun estime que le régime ne peut pas être changé dans la rue[57].

Pour Hassan Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah, la situation économique du Liban n’est pas du seul fait de l'actuel gouvernement, mais l’effet d’accumulation de plusieurs décennies. Il estime « inopportune la démission du gouvernement dans la conjoncture actuelle, car tout nouveau gouvernement reviendrait dans la même configuration ». La base sociale du parti est cependant assez fortement engagée dans les manifestations[12]. Nasrallah estime que les risques d'effondrement et de chaos en cas de vide prolongé du pouvoir et des institutions sont réels.[58] Tout en reconnaissant le caractère spontané et légitime du mouvement, il dénonce une tentative de récupération politique et une ingérence étrangère[59].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Le projet de taxe What's App est abandonné le 17 octobre.

Le 29 octobre, le Premier ministre Saad Hariri annonce sa démission et celle de son gouvernement.

Les manifestations, qui mobilisent toutes les minorités contre la classe politique et qui sont largement soutenues par l'opinion publique, permettent de faire baisser les tensions communautaires présentes au Liban[60]. Elles permettent également aux femmes d'être plus présentes dans l'espace public libanais[60].

Le rôle des femmes[modifier | modifier le code]

Alors que les manifestations contre la corruption de la classe politique se poursuivent depuis le 17 octobre dernier au Liban, des milliers de femmes de tous les âges, de toutes les classes sociales et de toutes les appartenances confessionnelles ont rejoint les rangs de la contestation[61]. C’est pour la première fois que les femmes libanaises descendent dans les rues en si grand nombre pour dire qu’elles aussi sont capables de se rebeller et que ce n’est pas uniquement une affaire d’hommes.

Causes de la révolte féminine[modifier | modifier le code]

Pour ces femmes, l’injustice est double parce qu’en outre des torts infligés à tout le peuple, les lois libanaises sont particulièrement discriminatoires envers les femmes. Contrairement aux hommes, elles ne peuvent toujours pas transmettre leur nationalité à leurs enfants[62]. Et puisque ce sont les lois religieuses qui s’appliquent pour gérer les affaires matrimoniales, comme les questions d’héritage, de divorce et de mariage, les femmes sont souvent lésées[63],[64]. De plus, dans les deux dernières années, les violences conjugales ont coûté la vie à 37 femmes[62]. Et même quand elles essaient de travailler pour ne pas être économiquement et socialement dépendantes de leurs maris, elles sont victimes d’inégalité dans le travail.

Demandes des mouvements féministes[modifier | modifier le code]

En parallèle aux protestations qui sévissent dans le pays, les mouvements féministes ont organisé des marches et des veillées pour réclamer une loi laïque unifiée sur le statut personnel qui permettrait aux femmes de bénéficier des mêmes dispositions que les hommes, l’égalité des droits de nationalité, la protection contre la violence et la reconnaissance des femmes en tant que citoyennes égales sur tous les points de vue.

Présence retentissante[modifier | modifier le code]

Dès le deuxième jour du soulèvement, une vidéo a circulé dans laquelle une femme, Malak Alawiye Herz, donne un coup de pied dans l’entrejambe d’un garde de corps d’un ministre armé d’un fusil automatique[65], une réaction inédite dans un pays où, d'habitude, les femmes n'agissent pas. Ce geste lui a valu d’être surnommée l’icône de la révolution, la « Marianne libanaise »[66].

« C'est la première fois que l'on voit une jeune femme réellement employer la force physique contre un homme », confirme l'autrice franco-libanaise Sheryn Kay (mère célibataire de trois filles). « Elle incarne parfaitement l'état d'esprit des jeunes de ce pays : fini l'ordre établi, l'heure du changement est arrivée »[66].

Les femmes ont aussi joué le rôle de tampon en formant à plusieurs reprises une chaîne humaine pour s’interposer entre les manifestants et les forces de l’ordre. Leur rôle est crucial et permet au soulèvement de rester pacifiste[61].

Sur le terrain, les Libanaises sont en permanence dans l’action : elles organisent des groupes de discussions sous des auvents, des opérations de nettoyage ponctuelles pour ramasser les ordures et les débris des nuits précédentes et un soutien médical pour les blessés ; elles cuisinent et distribuent gratuitement de la nourriture aux manifestants[67].

Après le meurtre d’un des manifestants, Alaa Abou Fakher, le 12 novembre 2019, sa femme qui l’accompagnait aux protestations a appelé toutes les personnes à descendre dans la rue et à revendiquer leurs droits et a déclaré : « Je continuerai à protester parce que c'est ce qu'il voudrait »[68].

Notes et références[modifier | modifier le code]

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  2. « Manifestation: Rassemblement en solidarité avec le peuple libanais », RTL 5minutes,‎ (lire en ligne, consulté le 27 octobre 2019).
  3. Dana Khraiche, « Nationwide Protests Erupt in Lebanon as Economic Crisis Deepens », sur www.bloomberg.com (consulté le 18 octobre 2019)
  4. « Lebanese govt to charge $0.20 a day for WhatsApp calls | News , Lebanon News | The Daily Star », sur www.dailystar.com.lb (consulté le 18 octobre 2019)
  5. « Protests erupt in Lebanon over plans to impose new taxes », sur www.aljazeera.com (consulté le 18 octobre 2019)
  6. (en-GB) Deutsche Welle (www.dw.com), « Lebanon: WhatsApp tax sparks mass protests | DW | 18.10.2019 », sur DW.COM (consulté le 18 octobre 2019)
  7. (en) Fadi Tawil | AP, « Protests spread across Lebanon over proposed new taxes », sur Washington Post (consulté le 18 octobre 2019)
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  9. (en-GB) « Lebanon scraps WhatsApp tax as protests rage », {{Article}} : paramètre « périodique » manquant,‎ (lire en ligne)
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  11. « Liban: le gouvernement se penche sur des réformes, la rue reste en colère », sur L'Obs (consulté le 21 octobre 2019)
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  18. Tamara Qiblawi CNN, « WhatsApp tax sparks night of austerity protests across Lebanon », sur CNN (consulté le 18 octobre 2019)
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