Jamal Khashoggi

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Jamal Khashoggi
جمال خاشقجي
Image illustrative de l’article Jamal Khashoggi
Jamal Khashoggi en mars 2018.

Nom de naissance Jamal Ahmed Khashoggi
Naissance
Médine (Arabie saoudite)
Décès (à 59 ans)
Istanbul (Turquie)
Nationalité Saoudienne
Profession Journaliste
Spécialité Politique
Médias
Presse écrite Arab News
Al-Watan
The Washington Post
Télévision Al-Arab News
Fonction Rédacteur en chef
Chroniqueur

Jamal Khashoggi (en arabe : جمال خاشقجي (Jamāl Khāshuqjī) [ ʒaˈmaːl χaːˈʃoɡʒi]), né le à Médine (Arabie saoudite) et mort assassiné le au consulat d'Arabie saoudite à Istanbul (Turquie)[1], est un journaliste saoudien[2], ayant notamment été directeur général de la chaîne Al-Arab News[3]. Il a également été rédacteur au journal saoudien Al-Watan, qu'il a transformé en plateforme progressiste[4].

Initialement proche du pouvoir saoudien, il entre en dissidence à partir de 2017, à la suite de l'avènement de Mohammed ben Salmane au statut de prince héritier et de dirigeant de fait du pays. Il fuit l'Arabie saoudite en septembre 2017. Il déclare alors que le gouvernement saoudien l'a « banni de Twitter »[5] et écrit ensuite des articles de presse critiques vis-à-vis du régime saoudien. Extrêmement critique à l'égard du prince héritier, Mohammed ben Salmane, et du roi Salmane ben Abdelaziz Al Saoud[6], Khashoggi s'oppose fermement à l'intervention au Yémen[7].

Khashoggi entre dans le consulat d'Arabie saoudite en Turquie le et y est assassiné par un commando saoudien. Le prince héritier est soupçonné d'avoir commandité l'opération. Une inspection par des officiels saoudiens et turcs a lieu le , alors que la presse affirme qu'il a été démembré vivant à l'intérieur du consulat[8]. Après avoir initialement nié sa mort, affirmant que Khashoggi avait quitté le consulat vivant, l'Arabie saoudite finit par reconnaître le que Jamal Khashoggi a été tué à l'intérieur du consulat[9], mais donne successivement plusieurs versions contradictoires des circonstances de son décès avant d'admettre que le meurtre était prémédité.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille et jeunesse[modifier | modifier le code]

Jamal Khashoggi naît le 13 octobre 1958[10] dans une famille de Kayseri aux origines ottomanes[2]. Il est issu d'une grande famille de la ville portuaire de Djeddah très liée à la famille royale. Son grand-père, Mohammed Khashoggi, qui a épousé une saoudienne[11], était par ailleurs le médecin personnel du roi Ibn Séoud, le fondateur du royaume d'Arabie saoudite[12]. Il est le neveu[13] d'Adnan Khashoggi, qui était considéré comme l'homme le plus riche du monde au début des années 1980 grâce aux ventes d'armes[14], et le cousin germain de Dodi Al Fayed, tué à Paris dans un accident de voiture aux côtés de Diana, princesse de Galles[15].

À la fin des années 1970, comme beaucoup de jeunes Saoudiens, il soutient la résistance afghane contre les Soviétiques, tout comme le pouvoir saoudien de l'époque et la CIA. Il se rend lui-même en Afghanistan, et pose à l'époque en photo avec une kalachnikov : ses amis assurent cependant qu'il aurait peu combattu et que, bien qu'étant un musulman conservateur, il n'avait rien d'un extrémiste. C'est également en Afghanistan qu'il réalise ses premières interviews d'Oussama ben Laden, un autre jeune Saoudien originaire de Djeddah, qui combat alors les Soviétiques : les familles Khashoggi et ben Laden sont par ailleurs amies de longue date. Après son passage en Afghanistan, il étudie aux États-Unis puis, de retour en Arabie saoudite, rejoint les Frères musulmans, courant mal vu à Riyad[16].

À la fin de sa vie, il souffre de diabète et d'hypertension[17].

Carrière de journaliste[modifier | modifier le code]

Jamal Khashoggi en 2011.

Diplômé en administration de l'université d'État d'Indiana (1982), Jamal Khashoggi commence sa carrière en tant que directeur régional de la librairie Tihama Bookstores de 1983 à 1984[18]. Il débute ensuite une carrière de journaliste dans différents quotidiens et hebdomadaires saoudiens, dont Saudi Gazette[2], avant d'être nommé rédacteur en chef de Al Madina, en 1992[19]. De 1991 à 1999, il est correspondant à l'étranger (Afghanistan, Algérie, Koweït, Soudan), puis devient rédacteur en chef adjoint de Arab News, le principal journal en anglais d'Arabie saoudite (1999-2003)[réf. nécessaire].

Outre son travail de journaliste, il entretient des liens avec les services de renseignements saoudiens, dont le chef, le prince Turki Al-Faycal, le considère longtemps comme un protégé. Dans les années 1990, il est chargé par les services secrets de contacter Oussama ben Laden pour le persuader de renoncer à la clandestinité et de rentrer au pays. Il échoue cependant à convaincre son ami[16]. Khashoggi prend ensuite ses distances avec ben Laden qui bascule dans le terrorisme contre l'Occident[20] ; en 2011, à la mort de ben Laden, il écrit à propos de ce dernier « Tu étais magnifique et plein de bravoure aux beaux jours de l'Afghanistan, avant que tu succombes à la haine et à la passion[16]. »

Avec les années, Khashoggi se fait le promoteur de la démocratie dans le monde arabe, critiquant les pouvoirs corrompus et plaidant pour un accroissement de la participation politique, y compris au sein des monarchies du Golfe[16]. En 2003, il est très brièvement rédacteur en chef d'Al-Watan mais, jugé trop progressiste, il est licencié par le ministre saoudien de l'Information après avoir publié plusieurs commentaires à propos de l'influence du pouvoir religieux en Arabie saoudite[21]. Il s'exile quelque temps à Londres, puis, au cours des années suivantes, il devient un conseiller très proche de Turki Al-Faycal[2] et un adversaire de Mohammed ben Salmane[12].

En 2007, il est à nouveau nommé à la tête de la rédaction de Al-Watan. Il quitte le journal en 2010 après avoir critiqué les salafistes[22] et est nommé directeur de Al-Arab News à Bahreïn, collaborant aussi à différents médias internationaux comme commentateur politique spécialiste du Moyen-Orient[2].

Demeuré en lien avec les Frères musulmans — ce qu'il reconnaît ou nie en fonction de ses interlocuteurs — Jamal Khashoggi soutient en 2011 les printemps arabes en jouant la carte de l'islam politique. Mais l'échec de ces révolutions vient s'ajouter à la liste de ses déceptions, après les dérives du « djihad » afghan et de ben Laden[16].

Disgrâce et exil[modifier | modifier le code]

Initialement proche de Mohammed ben Salmane, en qui il voit au départ un réformateur, il rompt peu après avec lui[23]. En , Khashoggi est puni par son pays pour avoir ouvertement critiqué Donald Trump et il lui est interdit d'exercer son métier[24].

En septembre 2017, il s'exile aux États-Unis, où il tient une chronique au Washington Post. Il s'oppose alors de plus en plus ouvertement au prince héritier, Mohammed ben Salmane[25].

Assassinat[modifier | modifier le code]

Chronologie des faits[modifier | modifier le code]

Le , Jamal Khashoggi, à la demande de l'ambassade d'Arabie saoudite à Washington D.C.[26], entre au consulat d'Arabie saoudite à Istanbul pour obtenir un document nécessaire à son remariage, prévu pour le lendemain[27], avec sa fiancée une journaliste turque, Hatice Cengiz, rencontrée peu auparavant[28]. Le journaliste s'était rendu une première fois au consulat le 30 septembre[29]. Selon la police turque, le 2 octobre, il y aurait été arrêté, torturé et assassiné par des forces spéciales saoudiennes, puis son corps aurait été démembré et transporté hors du consulat en direction d'un autre pays[30],[31].

Khashoggi dénonçait depuis un certain temps la politique conduite par le prince Mohammed ben Salmane dans le royaume et le désastre de la guerre du Yémen[32],[33].

Dans son édition du , The Washington Post laisse une colonne blanche sous la photo de Khashoggi et le titre A Missing Voice[34].

Le , le gouvernement turc demande aux Saoudiens l'autorisation de fouiller le consulat[35]. Le jour même, le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, appelle les autorités saoudiennes à prouver que le journaliste a bien quitté le consulat comme ils l'affirment[32]. Le , la Turquie est autorisée à fouiller le consulat, tandis que la chaîne de radio-télévision turque TRT World affirme que les autorités turques soupçonnent que des individus entrés dans l'ambassade au moment de la disparition, auraient emporté avec eux les images de vidéosurveillance[36], que les autorités saoudiennes affirment ne pas posséder[37].

Le 12 octobre, The New York Times affirme que le commando du consulat transportait une scie à os[38]. The Washington Post ajoute pour sa part que la Turquie possède des enregistrements audio et vidéo qui prouvent que le journaliste a été interrogé, torturé, assassiné puis démembré[39]. Le journaliste porterait également sur lui une montre connectée, qui aurait enregistré une dispute[40], ce qui serait corroboré par l'enregistrement[41]. L'appareil, de type Apple Watch, aurait été ainsi relié à son iPhone, qu'il avait laissé à sa fiancée, mais dont certains enregistrements auraient été supprimés après sa mort[42]. Ces dernières informations ne seraient pas compatibles avec les capacités techniques des produits Apple[43]. Selon The Guardian, les enregistrements pourraient en fait avoir été recueillis grâce à des appareils de surveillance implantés dans le consulat à l'insu du gouvernement saoudien[44].

Le 13 octobre, Mevlüt Çavuşoğlu, ministre turc des Affaires étrangères, demande à Riyad d'autoriser les enquêteurs à perquisitionner le consulat d'Arabie saoudite à Istanbul. Une demande à laquelle les autorités saoudiennes ne répondent pas immédiatement[45], avant finalement d'autoriser la fouille qui a lieu le 15 octobre[46]. La police turque a notamment emporté des échantillons de la terre du jardin du consulat[47]. Elle découvre aussi que des façades ont été fraîchement repeintes[48].

Le 15 octobre, CNN affirme que le régime saoudien serait sur le point d'admettre la mort du journaliste à la suite d'un interrogatoire qui aurait mal tourné[49]. Le jour même, le consul saoudien est limogé[50].

Le dissident saoudien Omar Abdulaziz affirme que son téléphone a été piraté alors qu'il aurait discuté à plusieurs reprises avec Khashoggi de sujets sensibles[51]. Un analyste turc affirme pour sa part que Khashoggi aurait prévenu des membres des Frères musulmans[12] qu'ils étaient espionnés par le pouvoir saoudien[52].

La police turque fouille la résidence du consul général saoudien[53],[54] à partir du 17 octobre[55]. Le jour même, le consulat est de nouveau fouillé[56].

Le 17 octobre, The New York Times rapporte qu'un proche du prince héritier a participé à l'assassinat[57]. Le Yeni Şafak, qui dit avoir eu accès à des enregistrements, affirme que le journaliste a eu les doigts coupés puis a été décapité[57]. Pour sa part, le Middle East Eye, qui affirme avoir également eu accès aux enregistrements, ajoute que le journaliste n'a pas été interrogé mais torturé puis démembré vif tandis que son bourreau — qui serait un médecin — écoutait de la musique[57],[58].

Le 18 octobre, l'un des membres du commando décède, officiellement dans un accident de voiture[59]. Par ailleurs, la presse du régime saoudien présente les membres du commando comme de « simples touristes »[60]. Pour sa part, The New York Times affirme que les autorités saoudiennes allaient faire porter la responsabilité de l'opération au général Ahmed Assiri[61] afin d'essayer de dédouaner Mohammed ben Salmane[62]. Par ailleurs, la police turque procède à des fouilles dans la forêt de Belgrad, à Marmara[63].

Le 20 octobre, l'Arabie saoudite confirme la mort de Jamal Khashoggi le 2 octobre dans le consulat d'Istanbul et limoge effectivement le général Assiri[64] conseiller de haut rang à la cour royale ainsi que Saoud Al-Qahtani, responsable média et homme clé de l'entourage du prince héritier[62]. 18 personnes sont également arrêtées par le royaume[65]. Pour sa part, Ali Shihabi, proche des cercles du pouvoir saoudien, estime que la mort a eu lieu par « étranglement et pas à une rixe à coups de poings »[66]. Les autorités saoudiennes affirment ne pas savoir ce qui est advenu du corps, en ajoutant qu'il a été confié à un « opérateur local »[67].

Ce même jour, Ömer Çelik, ministre des Affaires européennes du gouvernement turc, fait la première déclaration officielle turque : « Nous ne blâmons personne de manière préemptive mais nous n'autoriserons pas non plus une dissimulation »[68].

Le 21 octobre, l'Arabie saoudite change de version et affirme que sa mort aurait eu lieu alors qu'une discussion visant à « négocier de façon pacifique » son retour au pays aurait « mal tourné »[69]. Le jour même, Hatice Cengiz est placée sous protection policière[70].

Le 22 octobre, le Yeni Şafak affirme que Mohammed ben Salmane aurait parlé au téléphone avec Khashoggi, peu avant son exécution et alors qu'il était détenu au consulat[71]. Un des membres du commando a également quitté le consulat en portant les habits de la victime[72]. Le jour même, un véhicule diplomatique saoudien est retrouvé abandonné sur un parking[73].

Le 23 octobre, Sky News affirme que des restes du corps auraient été retrouvés dans le jardin du consulat[74]. Le jour même, Reuters affirme que Saoud al-Qahtani, conseiller de Mohammed ben Salmane, aurait supervisé les opérations via Skype et aurait demandé aux membres du commando de lui apporter la tête de Khashoggi[75].

Le , l'Arabie saoudite admet que le meurtre de Jamal Khashoggi était prémédité[76].

Le 26 octobre, le parquet turc lance une procédure d'extradition des 18 suspects saoudiens[77]. Le lendemain, Adel al-Joubeir, ministre saoudien des Affaires étrangères, refuse cette demande[78].

Le 31 octobre, le procureur général turc affirme que le journaliste a été étranglé puis son corps démembré[79]. Le jour même, la presse turque révèle que des employés consulaires auraient détruit des documents le lendemain de l'assassinat[80].

Le 1er novembre, citant un responsable turc anonyme, The New York Times affirme que le corps aurait pu être dissout dans de l'acide[81].

Le 5 novembre, des responsables turques et le quotidien Sabah révèle qu'une équipe de nettoyage de deux personnes, dont un chimiste, auraient détruit les preuves entre le 12 et le 17 octobre[82].

Le 8 novembre, une source policière révèle que de l'acide fluorhydrique a été utilisé pour dissoudre le corps[83]. Le 10 novembre, Sabah affirme que le corps dissout aurait été jeté dans les canalisations[84].

Le 13 novembre, The Daily Sabah affirme que le commando transportait des scalpels, des ciseaux, des instruments servant à donner des chocs électriques[85], des agrafeuses, des seringues dans leurs bagages tandis que The New York Times affirme que des sources des renseignements américains estiment que l'un des membres du commando téléphone à une personne, en lui demandant de prévenir « patron », qui serait MBS, du succès de l'opération[86].

Le 15 novembre, le parquet saoudien affirme que le journaliste a été drogué avant d'être tué[87]. Dédouanant le prince héritier de tout rôle, le procureur général saoudien requiert la peine de mort à l'encontre de cinq accusés[88]. La diplomatie turque juge les explications « insuffisantes »[89].

Le 16 novembre 2018, selon le quotidien turc Hürriyet, un journal proche du pouvoir turc, il existe des enregistrements contredisant les conclusions de la justice saoudienne. Notamment 15 minutes de conversations avant le meurtre démontrant la préméditation, et des appels téléphoniques internationaux passés par le commando[90].

Le 17 novembre 2018, The Washington Post affirme que la CIA a conclu que le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane Al Saoud était le commanditaire de l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi à Istanbul[91]. La CIA est parvenue à ces conclusions en se fondant sur le renseignement, notamment des appels téléphoniques entre le frère du prince héritier, Khaled ben Salmane, ambassadeur d'Arabie saoudite aux États-Unis, et Jamal Khashoggi[92],[93].

Le 21 novembre, le journal turc Hürriyet affirme que la CIA posséderait un enregistrement qui montre que le prince héritier aurait demandé à « faire taire » le journaliste[94].

Le 22 novembre, Régis Le Sommier, directeur adjoint de Paris Match, affirme avoir eu accès à des photos extraites de l'enregistrement qui montreraient le corps sur un chariot élévateur pendant son démembrement[95].

Le 5 décembre 2018, un procureur turc a émis deux mandats d’arrêt contre deux responsables saoudiens, proches de Mohammed ben Salmane, Ahmed Assiri et Saud al-Qahtani impliqués dans le meurtre de l'éditorialiste saoudien[96],[97].

Liste des membres du commando saoudien[modifier | modifier le code]

Les presses turque et américaine publient la liste des quinze membres du commando saoudien accusé d'avoir perpétré l'assassinat[98],[99],[100] :

  • Maher Abdelaziz Mutreb (47 ans) (arabe : ماهر عبد العزيز مطرب) : agent de Mohammed ben Salmane, visible sur plusieurs photos avec ce dernier, il serait le chef du commando[101] ;
  • Salah Mohammed Al-Tubaigy (47 ans) (arabe : صلاح محمد الطبيقي) : médecin légiste, responsable de la médecine légale au département de la sécurité générale d'Arabie saoudite, président de l'ordre saoudien des médecins légistes et membre de l'association saoudienne de médecine légale, celui qui aurait démembré le journaliste ;
  • Abdelaziz Mohammed Al-Hasawi (31 ans) (arabe : عبد العزيز محمد الحساوي) : membre de la garde royale ;
  • Thaer Ghaleb Al-Harbi (39 ans) (arabe : ثائر غالب الحربي) : militaire ;
  • Mohammed Saad Al-Zahrani (30 ans) (arabe : محمد سعد الزهراني) : membre de la garde royale ;
  • Meshal Saad Al-Bostani (31 ans) (arabe : مشعل سعد البستاني) : membre de l'armée de l'air, décédé dans un accident de voiture le 18 octobre[59] ;
  • Naif Hassan Al-Arifi (32 ans) (arabe : نايف حسن العريفي) : membre des forces spéciales ;
  • Moustapha Mohammed Al-Madani (57 ans) (arabe : مصطفى محمد المدني) : officier des services secrets, doublure physique de Jamal Khashoggi quittant le consulat saoudien par la porte de derrière, habillé avec les vêtements de Khashoggi, ses lunettes, portant une fausse barbe et une paire de chaussures différentes. Le même homme est filmé à la Mosquée bleue afin d'essayer de montrer que Jamal Khashoggi aurait quitté le consulat vivant[102],[103],[104] ;
  • Mansûr Othmân Abahussein (46 ans) (arabe : منصور عثمان أباحسين) : militaire, membre des services secrets ;
  • Waleed Abdallah Al-Shehri (38 ans) (arabe : وليد عبد الله الشهري) : membre de l'armée de l'air ;
  • Tourki Moucharraf Al-Shehri (36 ans) (arabe : تركي مشرف الشهري : pas d'information ;
  • Fahad Shabib Al-Balawi (33 ans) (arabe : فهد شبيب البلوي) : membre de la garde royale ;
  • Saïf Saad Al-Qahtani (45 ans) (arabe : سيف سعد القحطاني) : agent de Mohammed ben Salmane ;
  • Khaled Aedh Al-Taibi (30 ans) (arabe : خالد عايض الطيبي) : membre de la garde royale ;
  • Bader Lafi Al-Otaibi (45 ans) (arabe : بدر لافي العتيبي) : pas d'information.

Fausses pistes[modifier | modifier le code]

L'affaire est émaillée de fausses pistes de part et d'autre.

D'abord, l'enregistrement des conversations dans le consulat avec la montre Apple Watch 3 portée Khashoggi, reliée à l'iPhone confié à sa fiancée restée à l'extérieur du consulat. Les assaillants auraient essayé de deviner le code, avant d'utiliser l'empreinte digitale de Khashoggi pour débloquer la montre et supprimer certains fichiers[105]. Or l'Apple Watch n'utilise pas de système Touch ID contrairement à l'iPhone, lequel téléphone était resté à l'extérieur et aurait été nécessaire pour débloquer l'Apple Watch. De plus la fonction enregistrement n'est pas native dans une montre Apple, seulement accessible avec des fournisseurs externes. Pour être transférée de la montre vers le téléphone à la fin de l'enregistrement, Khashoggi aurait eu besoin d'une connexion Bluetooth, qui s'avère de portée très limitée. En deuxième lieu, la connexion mobile également envisageable pour un enregistrement vers iCloud n'est cependant pas possible en Turquie avec cette version de montre[105]. Il est donc très vraisemblable que l'histoire de la montre a été avancée pour masquer l'usage d'autres modes de renseignements par les services turcs (système d'écoutes). L'écoute électronique d'une mission étrangère enfreint pourtant la convention de Vienne[106].

Ensuite, l'assassinat. Des sources officielles turques, non citées, ont d'abord affirmé que Jamal Khashoggi avait été torturé et démembré vivant, puis tué par une injection mortelle. Cette version a été contredite par la version officielle turque plus récente du 31 octobre 2018, qui fait état d'une strangulation dès l'entrée dans le consulat, qui entraîne la mort, puis du démembrement de la victime une fois mise à nu[107]. Les officiels saoudiens ont d'abord nié l'assassinat, puis allégué d'un meurtre non prémédité après une rixe, et finalement reconnu le meurtre pour lequel ils blâment une initiative non contrôlée dirigée par Ahmad al-Assiri et Saud al-Qahtani. Par la suite, le procureur saoudien reconnaît que le journaliste a été drogué, tué puis démembré[108].

Enfin, l'évacuation du corps depuis le consulat. Les officiels saoudiens disent que le corps a été enlevé entier enroulé dans un tapis puis confié à un collaborateur local, puis démembré comme rappelé précédemment[109]. À l'inverse, les sources officielles turques affirment que le corps a été découpé en morceaux puis mis dans cinq valises[110]. Selon ces sources, le corps morcelé a été éliminé dans la résidence du consul, distante de 200 m, par trempage dans un bain d'acide fluorhydrique ou bien caché dans le puits du jardin de la résidence, ou une combinaison de ces deux méthodes selon les révélations d'un officiel turc à la presse le 8 novembre ; des traces d'acide auraient en effet été retrouvées au fond du puits de la résidence de même que dans les égouts jouxtant la maison du consul. Au 21 novembre 2018, aucun reste du corps n'a pourtant été localisé, malgré les demandes réitérées pour sa restitution, de la part de la famille, d'officiels des États-Unis, comme du président turc Erdoğan[111].

Par ailleurs, l'utilisation d'un sosie, membre du commando de Riyad, Mustafa al-Madani, qui se promène dans la ville d'Istanbul l'après-midi de la disparition de Jamal Khashoggi. Il est vêtu des mêmes affaires que le journaliste, des mêmes lunettes de vue et porte selon toute vraisemblance une fausse barbe ; seules ses chaussures diffèrent de celles de la victime[112]. Il se serait plaint que les chaussures du journaliste étaient trop petites pour lui, et sera autorisé à utiliser ses propres baskets plutôt que les chaussures modèle Derby de la victime[113]. Cet individu est filmé par une vidéosurveillance en sortant du consulat par la porte arrière. Il sera filmé plus tard à la Mosquée bleue, haut lieu touristique d'Istanbul, avant de se changer dans des toilettes publiques pour remettre les habits qu'il utilisait le matin à l'entrée dans le consulat [114]. Al-Madani est de même âge et corpulence que le journaliste. Il ne sera présent au consulat que quelques heures avant l'arrivée de Khashoggi puis quelques heures après. Il repart pour Riyad le soir même. Ce point confirme que le commando saoudien avait connaissance que les environs du consulat et que différents points de la ville étaient sous vidéosurveillance, qu'il souhaitait leurrer les caméras en faisant croire à la sortie du journaliste vivant. Pour les renseignements turcs, en revanche, il confirme la préméditation du meurtre, car si le commando saoudien avait eu simplement l'intention d'interroger le journaliste voire de le ramener vivant en Arabie saoudite, le choix d'un sosie n'était alors pas nécessaire[115]. Le changement de chaussures contribuera à révéler l'existence du complot aux enquêteurs turcs[116].

Écoutes et vidéosurveillance[modifier | modifier le code]

L'assassinat s'étant produit dans le huis clos du consulat d'Arabie saoudite à Istanbul, les écoutes et les images de vidéosurveillance sont au cœur des preuves à charge contre les exécutants et commanditaires du crime. Elles sont égrainées au fil des jours et témoignent de l'état des technologies à disposition des services de renseignement :

  • l'enregistrement d'un appel entre Mohammed ben Salmane et son frère Khaled, ambassadeur du royaume saoudien aux États-Unis, lui demandant de mettre sous silence Jamal Khashoggi « aussi vite que possible » (origine : renseignement des États-Unis, CIA). Cet enregistrement aurait été confirmé par la directrice de la CIA, Gina Haspel ; cette dernière témoigne d'un enregistrement audio hautement incriminant pour le pouvoir saoudien, lors de sa visite à Ankara en octobre 2018[117].
  • l'enregistrement d'un échange téléphonique entre Khaleb ben Salmane et Jamal Khashoggi, où l'ambassadeur aurait indiqué au journaliste qu'il ne lui arriverait rien en se rendant au consulat d'Istanbul (origine : CIA)[118],[119]
  • un enregistrement audio d'écoute d'une durée de 15 minutes est réalisé au consulat, un quart d'heure avant l'arrivée de Jamal Khashoggi dans l'établissement. Il décrirait comment l'équipe saoudienne va procéder à l'exécution. Celle-ci est minutieusement agencée et chacun se voit rappeler sa mission respective lors de la réunion préparatoire (origine : renseignement turc)[120].
  • un enregistrement audio d'écoute réalisé dans l'enceinte diplomatique à l'arrivée de Jamal Khashoggi. Il témoigne que le journaliste est appréhendé immédiatement après son entrée dans l'édifice par 4 membres de l'unité A de l'équipe de choc. Une querelle survient dans le département visas du consulat gravée durant 7 minutes d'enregistrement. Le journaliste est alors conduit par les assaillants vers l'unité B, qui l'attend dans le département administratif ; des bruits de querelle verbale, de lutte physique, de coups et de torture sont alors perceptibles dans la suite de l'enregistrement d'une durée de 4 minutes. Jamal Khashoggi est enfin conduit dans l'unité C, le bureau du consul, localisé au deuxième étage, où il sera étranglé (première bande audio - origine : renseignement turc)[120],[121]. La bande son enregistre alors des bruits de scie qui confirment que le corps du journaliste a été démembré[122]. La transcription de l'enregistrement indique en clair qu'il ne s'agit pas d'une tentative d'appréhender Jamal Khashoggi qui aurait mal tourné, mais de l'exécution d'un plan prémédité pour exécuter le journaliste en informant Riyad à chaque étape[123].
  • cet enregistrement audio d'une durée totale de 11 minutes sera suivi d'un silence d'une heure et quart, au cours duquel les services de renseignement turcs suspectent le recours à des brouilleurs de fréquences par l'équipe de frappe saoudienne . On entend alors trois fonctionnaires saoudiens descendre les escaliers, l’un d’eux verrouiller la porte de l’unité A et l’autre effacer les images de la caméra de sécurité avant de retirer les disques durs[121].
  • l'enregistrement des appels internationaux établis par l'équipe de choc pendant le meurtre de Jamal Khashoggi afin de décrire le déroulement de l'opération très violente[122] : 19 appels sont donnés depuis le bureau du consul, le premier a lieu seulement 13 minutes après l'entrée de Khashoggi dans l'enceinte diplomatique. Il a pour origine Mutreb le leader de l'équipe de frappe du consulat, celui-ci appelle Saud-al-Qahtani en Arabie saoudite (seconde bande audio - origine : renseignement turc)[120]. Qahtani s'est servi du Centre d'études et de relations avec les médias de la cour royale (CSMARC), le département des médias de la cour, pour l'organisation du meurtre (origine : document CIA)[124].
  • la détection d'au moins onze messages envoyés par le prince héritier Mohammed Ben Salmane à son proche conseiller Saoud al-Qahtani, qui supervise l'opération turque, dans les heures qui précèdent et celles qui suivent l'assassinat (origine : CIA)[125]. La CIA déclare ignorer le contenu des messages, mais affirme avec un degré « moyen à élevé » que le prince « ciblait personnellement » Khashoggi et « a probablement ordonné sa mort » [126],[127].

La suite de l'enquête révèlera que les services de renseignement saoudiens ont aussi procédé à des écoutes, dès les mois qui ont précédé l'assasinat de Jamal Khashoggi :

  • Les messages privés de l'opposant sur WhatsApp étaient lus certainement en direct par les services de renseignement du royaume. L'examen du téléphone portable du dissident saoudien Omar Abdulaziz résident au Canada, avec lequel Jamal Khashoggi a été en contact durant l'année précédant son élimination, montre qu'il a été piraté par un logiciel espion de niveau militaire, car considéré comme une arme en raison de ses capacités très intrusives , dénommé Pegasus. Ce logiciel espion est développé depuis 2010 par la société israélienne NSO Group[128]. Le mouchard a bien été déployé à la demande du gouvernement saoudien, affirme Bill Marczak, chercheur du Citizen Lab (en) de l'Université de Toronto[129],[130]. Ce seront près de 400 messages échangés entre Omar Abdulaziz et Jamal Khashoggi qui seront collectés, au cours desquels ce dernier débat sur un ton beaucoup moins retenu que lors de ses interventions publiques. Mohammed ben Salmane y est décrit comme une « bête », un « Pac-man » qui dévore tout sur son passage, y compris ses soutiens. Le contenu des échanges porté à la connaissance des services saoudiens pourrait avoir été un mobile du meurtre, en particulier l'intention du duo de créer un mouvement de protestation en ligne de la jeunesse saoudienne, une « armée électronique ». Ce mouvement devait faciliter la dénonciation sur les réseaux sociaux des exactions, atteintes aux droits de l'homme du royaume, et contrer la propagande d'État[131],[129]. Leur programme prévoyait l'envoi de cartes SIM étrangères aux dissidents retournant en Arabie saoudite, afin qu'ils puissent tweeter sans être repérés ; il devait être assorti d'un support financier avec l'argent collecté auprès de riches donateurs. Le duo apprendra la mise au jour de leur plan par les officiels saoudiens au début du mois d'août 2018, mais sans en connaître l'origine de façon certaine. Ils témoignent à cette période leur préoccupation[129]. En 2017, l'Arabie saoudite aura dépensé 55 millions d'USD pour l'utilisation de ce logiciel de cyberespionnage selon des sources journalistiques israéliennes, utilisé tant pour combattre l'extrémisme que les dissidents du Royaume à l'image de Khashoggi[128],[132].

La vidéosurveillance dans l'enceinte du consultat a été sujette à débat :

  • Le prince Khalid, frère du prince ben Salmane, et ambassadeur aux États-Unis, a d'abord affirmé que les preuves vidéos de la sortie de Khashoggi du consulat ne pouvaient être produites, car les caméras diffusaient seulement en mode direct du fait d'un dysfonctionnement au lieu d'enregistrer les séquences vidéo[133]. Cette version des faits rapportée au début de l'affaire lors d'un échange direct avec le président de la commission des Affaires étrangères du Sénat américain, Bob Corker, a été mis en brèche par la suite. L'implication personnelle du prince Khalid dans la tentative saoudienne de dissimulation des suites du meurtre, lui vaut au 7 décembre 2018 les demandes du Congrès américain au Département d'État pour l'expulser des États-Unis[134].

Réactions[modifier | modifier le code]

Dessin de l'agence de presse iranienne Fars news.

Les réactions des pays occidentaux sont mesurées afin de préserver leurs relations économiques et militaires avec le royaume saoudien[135]. Certains médias soulignent le contraste entre l'ampleur des réactions des puissances occidentales dans l’affaire Skripal, qui a conduit à la plus grande expulsion de diplomates russes de l’Occident depuis la fin de la guerre froide et leur retenue vis-à-vis de l'Arabie saoudite à propos du cas « plus choquant et prouvable » du journaliste assassiné Jamal Khashoggi[136],[137] .

Le 12 octobre, Donald Trump, le président américain, fait savoir qu'il estime que l'Arabie saoudite serait impliquée dans la disparition du journaliste. Il annonce également que si cela est prouvé, les États-Unis réagiraient en « infligeant un châtiment sévère » aux autorités saoudiennes, mais exclut toute limitation des ventes d’armes au royaume wahhabite[138],[139]. Le 15 octobre, celui-ci formule l'hypothèse de tueurs hors de contrôle[140]. Le 20 octobre, il dit juger les explications saoudiennes crédibles et déclare « préférer que nous n'utilisions pas, comme représailles, l'annulation de l'équivalent de 110 milliards de dollars de travail, ce qui veut dire 600 000 emplois »[141].

Le même jour, le président français, Emmanuel Macron, affirme, pour sa part, que « les faits sont très graves » et qu'il souhaite « que la vérité et la clarté soient établies »[142],[143].

Le 16 octobre 2018 à Riyad, rencontre entre le Secrétaire d'État américain Mike Pompeo et le prince saoudien Mohammed ben Salmane pour discuter du cas Khashoggi.

Le 13 octobre, Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) annonce qu'elle est « horrifiée » par cette affaire, mais ira à Ryad[144]. Le 17 octobre, elle fait savoir que finalement elle n'ira pas au sommet économique « Davos du désert » de Riyad. Le ministre néerlandais des Finances, Wopke Hoekstra, fait également savoir qu'il annule sa visite[145].

Plusieurs manifestations de protestation ont lieu, notamment le 10 octobre devant l'ambassade d'Arabie saoudite aux États-Unis[146].

Le 18 octobre, Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières, dénonce un « crime d'État d’un autre âge. On pensait cet âge presque révolu mais avec l'affaiblissement des démocraties, les régimes autocratiques se sentent de plus en plus légitimés, même dans leurs actes les plus vils »[59]. Pour Sarah Leah Whitson, directrice de la section MENA de Human Rights Watch, qui s'exprime le 18 octobre, « si l'Arabie saoudite est responsable de la disparition de Khashoggi et peut-être de son assassinat, les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Union européenne et d'autres alliés de ce pays doivent réviser fondamentalement leurs relations avec des autorités dont le comportement ressemble à celui d'un régime-voyou »[147]. Amnesty International, Human Rights Watch, Reporters sans frontières, le Comité pour la protection des journalistes, ainsi que la famille Khashoggi, appellent à une enquête internationale[148]. Le 20 octobre, Audrey Azoulay, directrice générale de l'UNESCO, a « condamné fermement l'assassinat »[149].

Le 21 octobre, dans un communiqué commun, les chancelleries françaises, britanniques et allemandes appellent à des « clarifications urgentes » tandis que Donald Trump « évoque tromperies et mensonges »[150]. Pour sa part, le Canada « condamne le meurtre » du journaliste[151].

Le 22 octobre, la chancelière allemande Angela Merkel annonce la suspension de ventes d'armes aux Saoudiens, et appelle les autres pays européens à faire de même[152]. L'Allemagne est le premier pays à prendre une sanction contre l'Arabie Saoudite[153]. Emmanuel Macron déclare qu’il ne veut pas remettre en cause les ventes d’armes à Riyad, affirmant que « c’est pure démagogie que de dire d’arrêter les ventes d’armes »[154] tandis qu'un mois plus tard, le Danemark et la Finlande[155], emboîtant le pas à l'Allemagne, annonce suspendre ses ventes d’armes à l’Arabie saoudite[156].

Le 23 octobre, le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, confirme l'essentiel des révélations de la presse, ajoute que l'assassinat était « politique, était planifié », et appelle à juger les coupables en Turquie[157]. Le , le prince Mohammed ben Salmane qualifie les faits de « crime haineux qui ne peut être justifié »[158].

Le 24 octobre, le président iranien, Hassan Rohani déclare dans une allocution retransmise par la télévision d'État iranienne que le « meurtre odieux » du journaliste saoudien Jamal Khashoggi serait impensable sans le soutien des États-Unis[159].

Manifestation suivant l'assassinat de Jamal Khashoggi devant le consulat d'Arabie saoudite à Istanbul le 25 octobre 2018.

Le 25 octobre, Agnès Callamard, rapporteur spécial de l'ONU sur les exécutions extrajudiciaires, estime qu'il s'agit d'une « exécution extrajudiciaire » de la part du régime saoudien, et qu'au vu du rang des suspects, ce n'est pas un cas isolé[160].

Le 26 octobre, Hatice Cengiz, la fiancée de Khashoggi, appelle à punir les responsables[161].

Le 6 novembre 2018, un collectif d'artistes, comprenant Meryl Streep, J. K. Rowling et Zadie Smith, appelle l'ONU à enquêter sur l'affaire[162].

Le 14 novembre, la Turquie réclame une enquête internationale[163], prérogative qui revient à l'un ou l'autre des deux pays. L'Arabie saoudite refuse une telle enquête[164].

Le 16 novembre, une prière funéraire rassemblant des dizaines de milliers de fidèles a lieu en son honneur à Istanbul[165].

Le 20 novembre 2018, Donald Trump reconnait qu'il « se pourrait très bien que le prince héritier ait eu connaissance de cet événement tragique – peut-être et peut-être pas »[166]. Cependant, un peu plus tard, il affirme que la CIA n'a « rien trouvé d'absolument certain »[167]. Il affirme que même si le prince héritier était au courant du meurtre de Jamal Khashoggi, cela ne remettrait pas en cause l'alliance entre Washington et Ryad. À la question d’un journaliste qui lui demandait jeudi qui, selon lui, devrait être tenu pour responsable de la mort de Khashoggi, il répond : « Peut-être que le monde devrait être tenu pour responsable, parce que le monde est un endroit féroce » [168].

Le 23 novembre, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu, accuse Trump de vouloir « fermer les yeux » au sujet de l'affaire[169].

Analyses[modifier | modifier le code]

Selon la journaliste Christine Ockrent, cet assassinat « porte la marque de MBS », ce qui concorderait avec son tempérament et ses méthodes brutales[170].

Pour Karim Sader, spécialiste des pays du Golfe, « cette affaire témoigne de la nervosité et de l’agressivité du prince héritier ainsi que de la brutalité de ses méthodes, et un tel excès de confiance ne peut venir que du sentiment d’impunité que lui procure le blanc-seing américain[171] ».

Selon John Sawers, ancien directeur du Secret Intelligence Service (MI6), Mohammed ben Salmane a forcément un rôle dans l'élimination de Khashoggi, et la théorie d'un acte isolé ne tient pas[172].

Selon David Rigoulet-Roze, chercheur associé à l'Institut français d'analyse stratégique (IFAS), « les personnes qui ont été destituées sont des gages qui sont donnés à l'administration Trump pour proposer une version crédible. Ceux qui sont formellement incriminés sont juste en-dessous du prince héritier »[173].

D’après Daniel Shapiro, membre de l'Institut israélien d'études stratégiques, l'assassinat de Khashoggi serait « un désastre pour Israël ». Selon lui, « ce meurtre, au-delà de son immoralité, montre le manque de fiabilité de l'Arabie saoudite dirigée par MBS (Mohammed ben Salmane) en tant que partenaire stratégique ». Il ajoute qu’Israël est confrontée à une nouvelle réalité : l'Arabie saoudite est devenue le maillon faible de la coalition régionale anti-Iran en raison de l’impulsivité, de l’imprudence et du manque de fiabilité du prince héritier, son dirigeant de facto[174].

Un grand nombre de journaux rappellent les affaires embarrassantes qui jettent une ombre sur la personnalité du prince ben Salmane, allant de la guerre au Yémen à l’assassinat d’un journaliste, en passant par la « prison dorée » du Ritz-Carlton, sans oublier la détention du président du Conseil libanais Saad Hariri[175],[176].

De nombreux journaux[177], comme le quotidien espagnol El Mundo et l'écrivain et poète marocain Tahar Ben Jelloun font la comparaison entre la disparition de Jamal Khashoggi et celle du Marocain Mehdi Ben Barka, homme politique marocain, enlevé et disparu en 1965 dans des conditions très mystérieuses[178],[179].

Le 8 novembre 2018, Edward Snowden émet l'hypothèse que le journaliste aurait été espionné grâce au logiciel espion "Pegasus", vendu par l'entreprise de surveillance israélienne NSO Group[180].

Le dissident saoudien Omar Abdulaziz réfugié au Canada et avec lequel Jamal Khashoggi a correspondu régulièrement pendant une année, pense devoir la vie sauve au fait d'avoir écouté le conseil de prudence de Jamal Khashoggi. Faute de le respecter lui-même, il lui en coûtera la mort[129]. Au cours de la visite de deux émissaires du gouvernement saoudien au Canada en mai 2018, Omar Abdulaziz rapporte que ceux-ci ont tenté de le persuader de retourner au Royaume. Ils ont aussi insisté pour qu'il se rende à l'ambassade saoudienne d'Ottawa pour y récupérer des documents. Sur les remarques de Jamal Khashoggi, il n'en fera rien : « ll m'a dit de ne pas y aller et de ne les rencontrer que dans des lieux publics ». Le 2 octobre, Jamal Khashoggi franchissait la porte de son consulat d'Istanbul pour un funeste destin.

Références[modifier | modifier le code]

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