Hera (mission spatiale)

Description de l'image Hera in orbit.jpg.
Données générales
Organisation Drapeau de l’Union européenne ESA
Constructeur Drapeau de l'Allemagne OHB
Domaine Étude des astéroïdes
Défense planétaire
Statut en développement
Lancement octobre 2024
Lanceur Ariane 6
Site [1],[2]
Caractéristiques techniques
Masse au lancement ~1128 kg
Propulsion chimique
Contrôle d'attitude stabilisé 3 axes
Source d'énergie panneaux solaires
Orbite
Orbite Orbite héliocentrique
Principaux instruments
AFC Caméra panchromatique
PALT Altimètre Laser
TIRI Imageur dans l'infra-Rouge thermique
Hyperscout-H Imageur hyperspectral
ASPECT
(CubeSat Milani)
Imageur infra-rouge proche
VISTA
(CubeSat Milani)
Thermogravimètre
JuRA
(CubeSat Juventas)
Radar basse fréquence
RSE - X-DST radio science
ISL Liaison inter-satellite

Hera est une mission spatiale en cours de développement par l'Agence spatiale européenne, dans le cadre de son programme de sûreté spatiale, dont l'objectif principal est de contribuer à valider la méthode de l'impact cinétique pour dévier un éventuel astéroïde évoluant sur une trajectoire de collision avec la Terre, en mesurant la taille et la morphologie du cratère, ainsi que la quantité de mouvement transmise par un projectile artificiel lors de son impact avec un astéroïde, ce qui donne la mesure de l’efficacité de la déviation produite par l’impact. S’agissant d’un test, l’astéroïde ainsi que le test de déviation ont été choisis pour ne présenter aucun risque quel que soit le résultat. Par ailleurs, la mission va caractériser entièrement les propriétés de composition et physiques d'un astéroïde binaire, y compris pour la première fois la structure de sous-surface et la structure interne. Elle effectuera aussi des démonstrations technologiques liées aux opérations à proximité d'un petit corps et au déploiement et à la communication avec des Cubesats dans l'espace interplanétaire.

L'engin spatial qui décollera en octobre 2024 doit étudier les résultats obtenus par l'impacteur DART développé par la NASA, 4 ans après la mission américaine. La mission de cette dernière est de percuter le satellite Dimorphos, le plus petit des objets formant l'astéroïde binaire (65803) Didymos.

Hera est une sonde spatiale d'environ 1128 kilogrammes emportant plusieurs instruments (caméras, altimètre, spectromètre). Elle embarque deux nano-satellites de type CubeSat, Milani et Juventas, équipés eux-mêmes d'instruments.

Contexte[modifier | modifier le code]

Menace des objets géocroiseurs[modifier | modifier le code]

Les objets géocroiseurs sont des corps célestes (astéroïde, comète) dont l'orbite autour du Soleil coupe celle de la Terre et qui peuvent donc, dans un délai plus ou moins lointain, s'écraser sur la Terre. Leur impact provoque des dégâts qui dépendent principalement de leur taille, de leur densité, de leur vitesse, de l'incidence de leur trajectoire et de la zone terrestre frappée. La probabilité d'un impact d'astéroïde de taille importante sur la Terre est basse mais ses conséquences sur la société peuvent être particulièrement graves.

Les objets géocroiseurs plus nombreux, qui frappent régulièrement la Terre, ont un diamètre inférieur à 30 mètres et ont une probabilité faible de provoquer une catastrophe. Au-delà d'un diamètre de 30 mètres, l'impact d'un objet géocroiseur peut aller de l'anéantissement d'une ville à celui de la civilisation humaine (objet de plus de 1 000 mètres de diamètre). L'impact d'un objet géocroiseur présentant une menace grave est statistiquement rare (la fréquence d'impact d'un objet de plus de 1 000 mètres est d'environ 1 tous les 500.000 ans).

Prise de conscience du pouvoir politique[modifier | modifier le code]

Depuis qu'elle est identifiée de manière scientifique, la menace des objets géocroiseurs a été négligée par la société car une collision avec la Terre d'un astéroïde de taille conséquente est perçue comme un phénomène très rare. Mais entre le 16 et le les fragments de la comète Shoemaker-Levy 9 s'écrasent de manière spectaculaire sur la planète géante Jupiter. Un impact du même ordre de grandeur sur la Terre aurait eu des conséquences planétaires aux effets similaires à ceux ayant conduit à l'extinction des dinosaures. La menace est désormais tangible et contemporaine. Ce sont les États-Unis qui vont les premiers la prendre en compte en développant des mesures relevant de ce qui sera baptisé par la suite la défense planétaire (planetary defense)[1].

Programme de recensement des objets géocroiseurs[modifier | modifier le code]

Le Congrès américain, sensibilisé par l'impact de la comète Shoemaker-Levy 9 sur la planète géante Jupiter et conseillé par plusieurs scientifiques dont Eugene Shoemaker, prend en 1998 une première mesure destinée à évaluer le danger. Il inscrit dans les objectifs de l'agence spatiale américaine (la NASA) la détection de 90% des objets géocroiseurs ayant plus d'un kilomètre de diamètre. La NASA dispose de 10 ans pour les recenser et déterminer leurs trajectoires et leurs principales caractéristiques[1]. En 2005 le Congrès élargit la mission de la NASA en l'étendant aux objets géocroiseurs de plus de 140 mètres de diamètre. La NASA dispose de 15 ans pour atteindre ce but (date butoir 2020) mais le budget accordé par le Congrès est insuffisant pour réaliser cet objectif dans le délai imparti[2],[3]. Au cours des années suivantes, la NASA finance plusieurs projets de télescopes terrestres (Catalina Sky Survey, Pan-STARRS, LSST...) et spatiaux (NEOWISE) ayant pour objectif d'effectuer ce recensement indispensable pour évaluer la menace et la prévenir. Pour les géocroiseurs plus grands qu'1 km, le but a été atteint mais, pour ceux plus petits, l'objectif calendaire prend beaucoup de retard puisque, en 2019, seuls 1,6 % des géocroiseurs d'une taille supérieure à 30 mètres (16 000 sur un nombre estimé à environ un million) et 31% des géocroiseurs de plus de 140 mètres de diamètre (environ 5 000 sur 16 000) avaient été identifiés[4]. Un télescope spatial dédié à ce recensement, NEO Surveyor, doit être lancé en 2026.

Courant 2021 (avril) aucun des astéroïdes identifiés et dont l'orbite est connue ne présente une menace pour la Terre. La menace viendra donc d'astéroïdes qui n'ont pas encore été découverts[5].

Quelle méthode pour éviter un impact ?[modifier | modifier le code]

Il n'existe courant 2021 aucune méthode opérationnelle permettant de détourner un objet géocroiseur qui menacerait d'entrer en collision avec la Terre. Plusieurs techniques sont envisagées mais elles nécessitent d'être testées. Généralement il s'agit de modifier légèrement l'orbite de l'objet géocroiseur en appliquant une poussée sur le corps céleste de manière que celui-ci évite la Terre. Si la poussée est ponctuelle, il faut appliquer celle-ci lorsque le corps se trouve près de son aphélie (apogée). On peut également choisir d’exercer une poussée plus faible mais continue. Plus on anticipe la correction de la trajectoire, moins celle-ci a besoin d'être importante. Pour éviter un impact avec la Terre, il faut donc recenser le plus tôt possible l'ensemble des objets géocroiseurs susceptibles de menacer la Terre et estimer avec une très grande précision leurs trajectoires pour les décennies à venir. La deuxième condition de réussite est de pouvoir mettre sur pied une mission spatiale permettant de détourner la menace avec une probabilité de succès très élevée. Les principales méthodes de modification de trajectoire sont les suivantes[6] :

  • La première méthode de déviation, déjà mise en œuvre dans un objectif tout autre par la sonde spatiale Deep Impact de la NASA, consiste à lancer un engin spatial contre le géocroiseur. La vitesse de l'astéroïde est modifiée du fait de la loi de la conservation de la quantité de mouvement :
M1 x V1 + M2 x V2 = (M1 + M2) x V3
avec M1 masse de l'engin spatial, M2 masse de la comète, V1 vitesse de l'engin spatial, V3 vitesse de la comète après l'impact, M1 et M2 masse respective de l'engin spatial et de la comète. Les vitesses sont des vecteurs.
  • Une autre méthode consiste à provoquer une explosion nucléaire destinée à fragmenter l’astéroïde. Cette solution est techniquement réalisable mais ses effets sont incontrôlables et son efficacité reste à démontrer. Ce serait une solution à envisager en dernier recours[7].
  • Une méthode plus efficace consisterait à faire exploser une charge nucléaire à la surface ou à faible distance du géocroiseur de manière à lui transmettre une impulsion sans le fragmenter.
  • Le tracteur gravitationnel est une méthode qui utilise l'attraction gravitationnelle mutuelle entre le géocroiseur et un engin spatial.
  • L'utilisation de l'effet Yarkovsky, qui est une force produite par l'écart entre l'absorption solaire et l'émission thermique par rayonnement. Cette force qui contribue en permanence à façonner l'orbite du géocroiseur peut être modifiée par exemple en interposant un écran entre le Soleil et l'astéroïde ou en modifiant l’albédo de celui-ci (par exemple en déposant un revêtement noir ou blanc sur sa surface). L'intensité de cette force est très faible mais elle peut avec le temps permettre d'obtenir la déviation souhaitée. Bien qu'élégante sur le papier, cette solution demeure complexe à mettre en œuvre lors d'une mission spatiale.

Don Quichotte première proposition d'impacteur (2005-2007)[modifier | modifier le code]

L'Agence spatiale européenne (ESA) est la première à se lancer dans l'élaboration d'une mission expérimentale visant à évaluer une méthode de déviation d'un objet géocroiseur. En 2005-2007, suivant les recommandations de son comité NEOMAP (Near-Earth Mission Advisory Panel, soit en français Groupe conseil sur les missions spatiales dédiées aux risques d'impact) constitué de 6 experts européens (Willy Benz, Alan Fitzsimmons, Simon F. Green (en), Alan W. Harris (en), Patrick Michel, Giovanni Valsecchi), elle définit les spécifications de la mission Don Quichotte dont l'objectif est de démontrer qu'il est possible de dévier un astéroïde en utilisant l'énergie cinétique fournie par un impacteur. Le programme ne se concrétise pas pour des raisons de coût et d’absence de programme dédié. Mais la nécessité d'effectuer un tel test est demeuré et les concepts de de Don Quichotte ont servi de référence dans de nombreux rapports dédiés à la défense planétaire[8],[9].

Rôle de l'Union européenne[modifier | modifier le code]

À compter de 2012, l'Union européenne s'implique dans la défense planétaire et finance quatre études portant sur celle-ci[10] pour un montant total d'environ 16 millions € au cours de la décennie. Leur objectif est de mettre au point les différents aspects d'un système assurant la protection de la Terre contre un impact d'un astéroïde géocroiseur : détection, faisabilité du processus de déviation, modélisation de l'impact, guidage de l'impacteur, méthodes d'observations depuis la Terre, etc. Ces quatre études sont :

Historique du projet[modifier | modifier le code]

AIDA, concept des missions.
AIDA, concept des missions.

AIDA le projet conjoint avec la NASA[modifier | modifier le code]

Badge de la mission DART, de la NASA.
Badge de la mission DART, de la NASA.

AIDA est le premier programme opérationnel dont l'objectif est de tester une méthode de déviation d'astéroïde géocroiseur. Il est mis sur pied en 2013 conjointement par des scientifiques soutenus par la NASA et l'Agence spatiale européenne (ESA). Son objectif est de tester le recours à un engin de type impacteur pour dévier un astéroïde qui serait susceptible de frapper la Terre. Ce programme prévoit le lancement à destination de l'astéroïde binaire (65803) Didymos de deux engins spatiaux : l'impacteur DART développé par la NASA chargé de s'écraser à grande vitesse sur le plus petit des deux astéroïdes et l'orbiteur AIM développé par l'ESA qui doit mesurer les effets de l'impact. Après une phase d'évaluation dans les deux agences spatiales, l'agence spatiale européenne décide fin 2016 de renoncer à son développement faute d'obtenir un soutien financier suffisant des états membres[15],[16]. La NASA, de son côté, décide de poursuivre le développement de DART. Dans ce nouveau contexte, des observatoires terrestres sont chargés de reprendre partiellement le rôle de AIM. Le projet DART évoluera par la suite en incorporant le nano-satellite LICIACube, largué avant l'impact et chargé de prendre et de retransmettre les 100 premières secondes de celui-ci.

Renaissance du projet européen[modifier | modifier le code]

Ecusson officiel de la mission Hera de l'European Space Agency (ESA)
Écusson officiel de la mission Hera de l'European Space Agency (ESA)

En 2017, à la demande de plusieurs pays membres de l'Agence spatiale européenne, celle-ci reprend les études d'un remplaçant pour AIM qui est nommé Hera (du nom de la déesse grecque du mariage Héra). Hera doit remplir tous les objectifs assignés à AIM, mais en optimisant au maximum tous les composants de la mission. Hera serait lancé en octobre 2024 et étudierait les effets de l'impact de DART sur Dimorphos, le satellite de Didymos, 4 ans après que celui-ci se soit produit[8]. La mission Hera est approuvée par le conseil ministériel de l'ESA en novembre 2019[17]. En septembre 2020 l'agence spatiale européenne confie la construction de l'engin spatial à un consortium d'entreprises menés par OHB, dans le cadre d'un contrat de 129,4 millions euros[18].Elle formalise l’équipe scientifique de la mission, constituée d’un investigateur principal, d’un conseil scientifique, de quatre groupes de travail couvrant tous les aspects de la missions et des responsables scientifiques des instruments[19].

Objectifs[modifier | modifier le code]

L'objectif principal de la mission Hera est d'évaluer la méthode de l'impacteur cinétique pour dévier un objet géocroiseur qui menacerait de s'écraser sur la Terre. Cette méthode consiste à modifier la trajectoire de l'astéroïde en lançant un engin spatial à une vitesse de quelques kilomètres par seconde. De toutes les méthodes c'est celle qui est la plus mature car elle repose sur l'utilisation des technologies d'engin spatial disponibles et peu coûteuses. Pour remplir cet objectif Hera doit déterminer[20] :

  • dans quelle mesure le transfert de la quantité de mouvement dépend de la densité, de la porosité et des caractéristiques de la surface et de la structure interne de l'astéroïde,
  • quelle proportion de l'énergie cinétique est transférée dans la fragmentation et la restructuration de l'astéroïde ou dans l'énergie cinétique des matériaux éjectés.

Hera a également de grands objectifs scientifiques. Il doit recueillir les caractéristiques des deux astéroïdes : caractéristiques de la surface, porosité interne et structure interne. En particulier, Hera sera la première mission à mesurer la structure de sous-surface et interne d’un astéroïde. Pour cela, elle utilisera le radar basse fréquence JuRA à bord du Cubesat Juventas (voir ci-après). L'ensemble de la lune, Dimorphos, sera cartographiée avec une résolution spatiale de quelques mètres et le voisinage de l'impact avec une résolution de 10 centimètres. La masse de la lune de Didymos sera estimée avec grande précision, permettant une estimation directe de l’efficacité du transfert de la quantité de mouvement consécutif à l'impact de DART[21].

Test à l'Agence spatiale européenne d'un logiciel de navigation exploitant des images fournies par une caméra pour définir la trajectoire au sein du système d'astéroïde binaire que doit explorer Hera.

La mission comprend également plusieurs objectifs technologiques. Le plus important est la réalisation d'un logiciel de guidage qui en utilisant les données de plusieurs capteurs permettra de reconstituer l'espace alentour et ainsi de définir de manière autonome une trajectoire sans danger autour de l'astéroïde[20]. Hera doit également embarquer deux CubeSats qui seront largués une fois l'astéroïde atteint. Ces CubeSats sont :

  • Milani, avec pour mission de récolter des données spectrales de la surface des deux astéroïdes (composition de la surface) et d’identifier la présence de poussières dans l’espace environnant et
  • Juventas qui doit effectuer des mesures de structure interne et de sous-surface, contribuer à la détermination du champ de gravité et donner des informations sur la réponse mécanique de la surface en se posant sur Dimorphos[22].

Déroulement de la mission[modifier | modifier le code]

La mission américaine DART, lancée le 24 novembre 2021 à 06:21 UTC par un Falcon 9 depuis la Base de lancement de Vandenberg va atteindre l'astéroïde binaire (65803) Didymos le 26 Septembre 2022, avec un impact prévu à 23:14 UTC et entrer en collision avec son satellite Dimorphos à une vitesse relative d'environ 6 km/s. L'impact doit changer la période de rotation (11,9 heure) de Dimorphos autour de Didymos de 73 secondes minimum, ce qui devrait pouvoir être constaté par des télescopes terrestres.

Hera doit être lancée en octobre 2024 par une fusée Ariane 6 qui décollera depuis la Base de lancement de Kourou et doit atteindre l'astéroïde binaire (65803) Didymos 4 ans après DART, précisément le 28 décembre 2026, pour un total de 6 mois d'investigations. Hera sera alors une des premières missions scientifiques de l'Agence spatiale européenne qui utilisera le nouveau lanceur d'Arianespace et la première à effectuer un rendez-vous avec un astéroïde binaire. Une fois à proximiter de l'astéroïde double, cinq étapes s'enchaîneront :

  1. la phase de caractérisation précoce,
  2. la phase de déploiement des deux nano-satellites,
  3. la phase de caractérisation détaillée,
  4. la phase d'observation de proximité,
  5. l'atterrissage de Milani et Juventas sur Dimorphos et, enfin, une expérience qui pourrait se terminer par l'atterrissage sur Didymos de la sonde principale.
Hera, entre Didymios et Dimorphos, dans sa phase d'observation de proximité.
Hera, entre Didymos et Dimorphos, dans sa phase d'observation de proximité.

Caractéristiques techniques[modifier | modifier le code]

La mission Hera comprend le satellite principal éponyme et deux nano-satellites embarqués nommés Juventas et Milani (de type CubeSat).

Plateforme[modifier | modifier le code]

Le satellite Hera est de forme cubique de 1,6 × 1,6 × 1,7 mètre et d'une masse d'environ de 1128 kg. Son énergie est fournie par des panneaux solaires d'une superficie de 13 m²[23],[24]. Il comprend une liaison inter-satellitaire afin de communiquer avec les deux nano-satellites.

Le satellite est stabilisé sur 3 axes. L'attitude est maintenue par 4 roues de réactions, des gyroscopes, des viseurs d'étoiles, des capteurs solaires ainsi que deux Asteroid Framing Cameras (AFC) - des caméras de cadrage astéroïdes[25]. Le guidage de l'attitude passe par le Planetary Altimeter (PALT) - un altimètre planétaire[26].

Instrumentation à bord du satellite Hera[modifier | modifier le code]

Les deux caméras de cadrage astéroïdes - AFC[modifier | modifier le code]

Les instruments principaux de Hera sont les deux caméras AFC (Asteroid Framing Cameras), développées par la société JenaOptronik. Identiques et redondantes, elles disposent chacune d'un capteur panchromatique FaintStar de 1020 x 1020 pixels avec un téléobjectif. Le champ de vue est de 5,5 x 5,5 degrés et la résolution spatiale atteint un mètre à une distance de 10 kilomètres. Ces caméras doivent fournir des caractéristiques physiques de la surface de l'astéroïde Didymos et de Dimorphos ainsi que du cratère créé par DART et de la zone d'atterrissage de Juventas[27],[28],[29].

L'imageur hyperspectral - Hyperscout-H[modifier | modifier le code]

Hyperscout-H (Hyperspectral Imager) est un imageur hyperspectral qui doit fournir des images dans une plage spectrale comprise entre 665 et 975 nm (visible et proche infrarouge). L'instrument fait ses observations dans 25 bandes spectrales distinctes. Il est développé par la société Cosine[28],[29]. Il s'agit d'une version spécifique développée pour Hera, différente de l'Hyperscout standard.

L'altimètre planétaire - PALT[modifier | modifier le code]

PALT (Planetary Altimeter) est un altimètre micro-Lidar utilisant un laser émettant un rayon lumineux infrarouge à 1,5 microns. Sa trace au sol est de 1 mètre à une altitude de 1 kilomètre (1 milliradian). La précision de la mesure d'altitude est de 0,5 mètre. Sa fréquence est de 10 Hertz[28].

L'imageur infrarouge thermique - TIRI[modifier | modifier le code]

TIRI (Thermal InfraRed Imager) est un imageur fonctionnant dans l'infrarouge thermique qui est fourni par l'agence spatiale japonaise. La plage spectrale observée est comprise entre 7 et 14 microns et il dispose de 6 filtres. Son champ de vue est de 13,3 x 10,6°. La résolution spatiale est de 2,3 mètres à une distance de 10 kilomètres[28],[29].

Radio science à bandes-X - X-DST[modifier | modifier le code]

La masse des deux astéroïdes composant le système binaire, les caractéristiques de leur champ de gravité, leur vitesse de rotation et leurs orbites seront mesurées en utilisant les perturbations des ondes radio provoquées par l'effet Doppler. Les mesures portent sur les échanges radio entre Hera et les stations terriennes mais également entre Hera et les CubeSats. Du fait de l'orbite basse sur lesquels circuleront les CubeSats, ces dernières mesures sont cruciales pour déterminer la gravité de Didymos[28],[29].

Principales caractéristiques des instruments[29]
Caractéristique AFC Hyperscout-H PALT TIRI
Type Imageur visible Spectro-imageur Altimètre Imageur infrarouge thermique
Masse (kg) <1,5 5,5 4,5 <4,4
Champ de vue (degrés) 5,5 15,5 x 8,3 non-applicable 13,3 x 10
Résolution spatiale (microradians) 94,1 133 1000 226
Bande spectrale (nanomètres) 350-1000 665-975 700-1400
Autres 25 bandes spectrales précision verticale : 0,5 m. 6 filtres
Consommation électrique (Watts) <1,3 2,5 (moyenne) - 4,5 (pic) <14,5 20 (moyenne) - <30

Instrumentation à bord des deux nano-satellites[modifier | modifier le code]

Deux nano-satellites de type CubeSat, baptisés Milani et Juventas, sont transportés par Hera et largués avant l'arrivée dans le système astéroïdal (65803) Didymos. Ils sont chargés d'effectuer des investigations qui viennent compléter celles de leur vaisseau porteur.

Les deux CubeSats sont construits autour d'une plateforme similaire. Ce sont des CubeSats 6U-XL d'une masse (ergols compris) d'environ 12 kilogrammes. Ils sont stabilisés 3 axes et disposent d'un système de propulsion à gaz froid. Ils communiquent avec le vaisseau mère en bande S. L'effet Doppler affectant les liaisons radio est utilisé pour mesurer les caractéristiques du champ de gravitation du système binaire. Ils disposent d'une caméra en lumière visible et de viseurs d'étoiles qui sont utilisés pour déterminer les variations dynamiques de Didymos. Enfin les deux CubeSats sont équipés d'accéléromètres qui seront utilisés pour déterminer les propriétés de la surface de Dimorphos si les CubeSats se posent à sa surface comme cela est envisagé à la fin de leur mission. Juventas est développé par la société Gomspace tandis que Milani est réalisé par Tyvak International[30],[31]

CubeSat Milani[modifier | modifier le code]

Le CubeSat Milani a pour objectif de réaliser des images et de mesurer les caractéristiques de la poussière potentiellement présente. Il doit cartographier les deux astéroïdes formant l'astéroïde binaire (65803) Didymos, caractériser leur surface, évaluer les effets de l'impact de DART, contribuer aux mesures du champ gravitationnel des astéroïdes et déterminer les caractéristiques des nuages de poussière potentiellement situés autour des astéroïdes[30].

Pour remplir ces objectifs il emporte deux instruments[32],[30] :

  • Le spectromètre imageur hyperspectral ASPECT est l'instrument principal. Il fonctionne en lumière visible et proche infrarouge (0,5 à 2,5 microns). Sa résolution spatiale est de 2 mètres à 10 kilomètres et sa résolution spectrale est inférieure à 40 nanomètres (20 nanomètres dans le visible). Il dispose en tout de 72 canaux.
  • Le thermogravimètre VISTA est chargé de détecter la poussière (5 à 10 microns), les volatiles (comme l'eau) et les matériaux organiques légers.

CubeSat Juventas[modifier | modifier le code]

Juventas a pour objectif de déterminer les caractéristiques géophysiques de Dimorphos. Il doit cartographier son champ de gravité et déterminer sa structure interne ainsi que les caractéristiques de sa surface[31].

Pour remplir ces objectifs il emporte les instruments suivants[33],[34],[31] :

  • Le radar JuRa fonctionnant dans le fréquence 50-70 MHz avec une résolution spatiale de 10 à 15 mètres. C'est le premier instrument à effectuer un sondage des couches internes d'un astéroïde. Il utilise deux antennes dipôles dont chaque branche mesure 1,5 mètre. Chaque séance de mesures peut durer jusqu'à 45 minutes. Il occupe un volume inférieur à 1U et sa masse est inférieure à 1 300 grammes.
  • Le gravimètre GRASS dont la plage dynamique est de 5 * 10-4 et la sensibilité est de 5 * 10-7. Sa masse est inférieure à 380 grammes.
  • Une caméra.
  • La liaison radio avec le vaisseau mère (mesure de l'effet Doppler).


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) « How Historic Jupiter Comet Impact Led to Planetary Defense », NASA (consulté le )
  2. (en) Marcia Smith, « Space-Based Infrared Telescope for Planetary Defense Gets Boost from National Academies », sur spacepolicyonline.com,
  3. (en) « National Aeronautics and Space Administration Authorization Act of 2005 - Soustitre C (George E. Brown, Jr. Near-Earth Object Survey) section 321 », Congrès américain,
  4. (en) Center for NEO Studies (CNEOS), « Discovery Statistics », Jet Propulsion Laboratory (consulté le )
  5. (en) Thomas S. Statler, « Overview of the DART Mission Seven Months to Launch », The Planetary Society, , p. 9
  6. (en) P. Michel, « Physical properties of Near-Earth Objects that inform mitigation », Acta Astronautica, nEO Planetary Defense: From Threat to Action - Selected Papers from the 2011 IAA Planetary Defense Conference, vol. 90, no 1,‎ , p. 6–13 (ISSN 0094-5765, DOI 10.1016/j.actaastro.2012.07.022, lire en ligne, consulté le )
  7. Émeline Ferard, « Ils veulent détruire les astéroïdes avec une bombe nucléaire comme dans Armageddon », sur maxisciences.com,
  8. a et b (en) « Hera : The story so far », Agence spatiale européenne (consulté le )
  9. (en) « Don Quichotte », sur www-acc.esa.int (consulté le )
  10. (en) « Planetary Defence », sur Mission Hera, Observatoire de la Côte d'Azur (consulté le )
  11. (en) « Horizon 2000 - A Global Approach to Near-Earth Object Impact Threat Mitigation », sur CORDIS, Union européenne (consulté le )
  12. (en) « Horizon 2000 - Science and Technology for Near-Earth Object Impact Prevention », sur CORDIS, Union européenne (consulté le )
  13. (en) « Horizon 2000 - Near Earth Object Modelling and Payloads for Protection », sur CORDIS, Union européenne (consulté le )
  14. (en) « Horizon 2000 - The NEO Rapid Observation, Characterization and Key Simulations », sur CORDIS, Union européenne (consulté le )
  15. « L'Europe renonce à lancer une sonde vers un astéroïde en 2020 », La Croix,‎ (ISSN 0242-6056, lire en ligne, consulté le )
  16. « L'Europe mise sur la surveillance, faute de mission spatiale », sur LEFIGARO, (consulté le )
  17. (en) « ESA’s Hera asteroid mission is go », Agence spatiale européenne,
  18. (en) « Industry starts work on Europe’s Hera planetary defence mission », Agence spatiale européenne,
  19. (en-US) « HERA Mission Team », sur Hera Mission (consulté le )
  20. a et b (en) « Hera : Planetary Defence », Agence spatiale européenne (consulté le )
  21. (en) « Hera : Bonus Science », Agence spatiale européenne (consulté le )
  22. (en) Chris Bergin, « Hera adds objectives to planetary defense test mission », sur nasaspaceflight.com, .
  23. (en) « Hera : Facts and figures », Agence spatiale européenne (consulté le )
  24. (en) « Hera : Spacecraft », Agence spatiale européenne (consulté le )
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  29. a b c d et e (en) « Hera mission - Instruments », Observatoire de la Côte d'Azur (consulté le )
  30. a b et c (en) « Milani Cubesat », sur Mission Hera, Observatoire de la Côte d'Azur (consulté le )
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  32. HERA (7th IAA Planetary Defense Conference), p. 34-43
  33. HERA (7th IAA Planetary Defense Conference), p. 44-57
  34. HERA (7th IAA Planetary Defense Conference), p. 31

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Michel, P., Cheng, A., Küppers, M., Pravec, P., Blum, J., Delbo, M., Green, S.F., Rosenblatt, R., Tsiganis, K., Vincent, J.B., Biele, J., Ciarletti, V., Hérique, A., Ulamec, S., Carnelli, I., Galvez, A., Benner, L., Naidu, S.P., Barnouin, O.S., Richardson, D.C., Rivkin, A., Scheirich, P., Moskovitz, N., Thirouin, A., Schwartz, S.R., Campo Bagatin, A., Yu, Y. 2016. Science case for the Asteroid Impact Mission (AIM): a component of the Asteroid Impact & Deflection Assessment (AIDA) Mission. Advances in Space Research 57, 2529-2547.
  • (en) Michel, P., Kueppers, M., Sierks, H., Carnelli, I., Cheng, A.F., Mellab, K., Granvik, M., Kestilä, A., Kohout, T., Muinonen, K., Näsilä, A., Penttilä, A., Tikka, T., Tortora, P., Ciarletti, V., Hérique, A., Murdoch, N., Asphaug, E., Rivkin, A., Barnouin, O.S., Campo Bagatin, A., Pravec, P., Richardson, D.C., Schwartz, S.R., Tsiganis, K., Ulamec, S., Karatekin, O. 2018. European component of the AIDA mission to a binary asteroid: characterization and interpretation of the impact of the DART mission. Advances in Space Research 62, 2261-2272.
  • (en) Michel, P., Küppers, M., Topputo, F., Karatekin, Ö. et et l'équipe d'Hera (26 avril 2021) « Session 1: Hera » (pdf) dans 7th IAA Planetary Defense Conference : 57 p., Vienne (Autriche): Nations Unies.  — Présentation détaillée de la mission (objectifs, caractéristiques techniques, déroulement) à l'UNOOSA en 2021 (powerpoint).
  • Michel, P., Küppers, M., Campo Bagatin, A., Carry, B., Charnoz,S., De Leon, J., Fitzsimmons, A., Gordo,P., Green, S.F., Hérique, A., Jutzi, M., Karatekin, Ö., Kohout, T., Lazzarin, M., Murdoch, N., Okada, T., Palomba, E., Pravec, P., Snodgrass, C., Tortora, P., Tsiganis, K., Ulamec, S., Vincent, J.-B., Wünnemann, K., Zhang, Y., Raducan, S. D., Dotto, E., Chabot, N., Cheng, A. F., Rivkin, A., Barnouin, O., Ernst, C., Stickle,A., Richardson, D. C., Thomas, C., Arakawa, M., Miyamoto, H., Nakamura, A., Sugita, S., Yoshikawa, M., Abell, P., Asphaug, E., Ballouz, R.-L., Bottke, Jr., W. F., Lauretta, D. S., Walsh, K. J., Martino, P. and Carnelli, I. 2022. The ESA Hera Mission: Detailed Characterization of the DART Impact Outcome and of the Binary Asteroid (65803) Didymos. The Planetary Science Journal, Volume 3, Number 7 (en accès libre).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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